Voilà la suite de mon histoire :
En émergeant d´un sommeil sans rêves, Alexandre sentit, avant même d´ouvrir les yeux, qu´il était assis adossé à un arbre, et que ses poignets comme ses chevilles étaient solidement attachés. Il tendit l´oreille dans l´espoir de capter un quelconque indice quant au lieu où il se trouvait, supposant que, puisqu´il n´était pas encore mort, il ne risquait rien tant que ses paupières restaient closes. Il n´eut cependant pas le loisir d´entendre quoi que se soit, car une voix forte s´éleva immédiatement.
- Lève-toi ! Je sais que tu es réveillé !
Le Prince ouvrit les yeux et découvrit Draxor debout devant lui. Sa curiosité naturelle prit aussitôt le dessus.
- Comment l´avez-vous su ?
- Mon masque me confère bien des pouvoirs, dont certains me permettent de sonder l´esprit des autres, répondit le guerrier.
- Et où vous l´êtes-vous procuré ?
- Dans les... Ce n´est pas ton problème ! s´emporta Draxor. A ta place je me préoccuperais avant tout de ce qui m´arrive ! Tu n´as pas idée de la gravité de la situation !
Alexandre prit soudain conscience qu´il était prisonnier du guerrier, et observa les environs. Le terrain était parsemé de buissons épais. Quelques chênes s´élevaient ici et là. Presque malgré lui, le Prince remarqua une branche morte apparemment solide qui traînait près de lui, et qui aurait fait une arme efficace, au cas où...
- Bon, alors dites-moi tout, demanda-t-il finalement. Pourquoi avez-vous devancé votre Ordre ? Pourquoi nous avez-vous attaqués de cette manière ? Et surtout, que voulez-vous ?
- Tout cela ne te concerne pas vraiment...
- Au contraire, je suis en plein dedans !
- . ..mais au cas où les choses tourneraient mal, il vaut mieux que tu saches ce qui se passe, poursuivit le guerrier sans tenir compte de l´interruption. Si j´ai choisi d´agir seul, c´est que les Paladins, en constatant que tu ne pouvais te servir des Bracelets, auraient jugé qu´ils n´avaient plus aucun pouvoir et classé aussitôt l´affaire. Mais moi, je sais que ces objets possèdent encore toute leur puissance, et qu´ils représentent une menace, c´est pourquoi je suis intervenu. Voilà la réponse à ta première question.
- Pourquoi n´avoir pas simplement signalé à votre Ordre que vous saviez que les Bracelets étaient toujours utilisables ?
- Parce qu´ils ne m´auraient pas cru. La plupart du temps, les artefacts dont nous retrouvons la trace n´ont réellement aucun pouvoir. Mais les résultats de mes recherches sont formels : Arzhan et ses successeurs ont disposé d´une puissance phénoménale, et les Bracelets ont toujours été transmis de plein gré. Simplement, ta famille et toi ne savez pas vous en servir.
- Cela, nous le savions déjà, remarqua Alexandre.
- Les Paladins, eux, n´auraient pas tardé à conclure que plus personne ne pouvait les utiliser. Ils ont déjà trop à faire pour s´encombrer des intuitions de chacun de leurs chercheurs. Pour répondre à ta deuxième question, sache que j´ai tout d´abord tenté de te tuer pour retirer leur pouvoir aux bracelets. C´est dans ce but que j´ai engagé une meute de Wolks.
- L´attaque dans la vallée, c´était vous ! Espèce de... Mais pourquoi ne pas m´avoir supprimé de manière sûre, en m´abattant de loin avec un arc, par exemple ?
- Le fait que j´aie cherché à te faire assassiné ne semble pas t´émouvoir outre mesure.
- Ce qui est fait est fait. De plus il semble que vous ne cherchiez plus à me tuer désormais, je n´ai donc pas à m´inquiéter. Mais répondez à ma question.
- Je ne voulais pas que l´on comprenne que c´était toi qui étais visé. L´Ordre m´aurait immédiatement reconnu derrière un meurtre en règle, et m´aurait pourchassé impitoyablement, par vengeance. Tandis qu´une attaque de bêtes sauvages, c´est un accident...
- Vous dites vouloir supprimer une menace pour le monde, et vous pensez avant tout à sauver votre peau...
- Si je veux protéger ce monde, c´est surtout pour y vivre, répliqua Draxor. Je ne vais pas me faire tuer pour plus de sûreté.
- Je suis écrasé par cet altruisme...
- Je m´en doute. Quoi qu´il en soit, les Wolks ont échoué. Je me préparais à organiser un second " accident" lorsqu´un événement imprévu s´est produit : un Zahr a tenté de te dérober les Bracelets.
- Comment le savez-vous ?
- Je te suivais, à Fodam. Lorsque tu es sorti de la maison, je suis allé voir ce qui c´était passé, et devant l´Assermenteur, le plateau de jeu et le corps du Zahr, j´ai facilement compris. Tu avais donc un nouvel ennemi, qui connaissait l´existence des Bracelets, et qu´il me fallait donc éliminer. Je sais ce que tu vas me dire : qu´il suffisait de te supprimer pour régler le problème. Mais voilà : quelqu´un qui s´intéresse aux Bracelets d´Arzhan peut très bien avoir des vues sur d´autres objets de pouvoir. Le priver de l´un d´eux ne sert à rien, il faut l´exterminer. Et puisque c´était à toi que cet ennemi s´intéressait, il me fallait t´enlever. Malheureusement, vous avez été trop prompts à quitter la caravane, et j´ai dû improviser lorsque je vous ai retrouvé.
- Vous avez failli vous faire tuer...
- Je sais. Je ne pensais pas que Namâric était aussi fort. J´avais néanmoins prévu une fiole de Durionne, au cas où l´opération s´avérerait plus ardue que prévue. Et j´ai eu raison...
- Vous avez tué les autres ? questionna le Prince.
- Non. Cela n´avait pas d´intérêt. Ils ne peuvent pas nous retrouver.
- Et maintenant ?
- Maitenant, déclara Draxor, tu vas me servir d´appât pour attirer notre ennemi. Ensuite je le tuerai, puis tu auras le choix entre me remettre les Bracelets et mourir.
Alexandre resta silencieux, se demandant s´il devait ou non signaler au guerrier qu´un long serpent s´était silencieusement glissé derrière lui, et s´était maintenant dressé, prêt à mordre...