Ben ça par exemple :
Le lever du soleil illumina la vallée du Lanor, faisant scintiller la neige fraîche et éblouissant le baron Tarlaq.
- Que se passe-t-il, Monseigneur ? lui demanda le capitaine Vladek en amenant son cheval à la hauteur de celui de son maître. Vous ne cessez de regarder en arrière depuis que nous nous sommes mis en route.
- Ce n est rien, le rassura le baron. Je suis un peu nerveux, c est tout.
- Dites plutôt que vous aimeriez bien repérer quelque chose d anormal, histoire de rompre avec la monotonie de ce trajet !
Tarlaq sourit. Encore une fois, son second avait parfaitement pénétré ses pensées. Le baron soupçonnait parfois son vieil ami de dissimuler soigneusement une faculté à lire dans les esprits. Il était vrai qu en tant qu homme d action, l idée de s éloigner pour tout l hiver des champs de bataille du Nord-Est, que le roi Elfe Itraïr tentait d annexer depuis bientôt un an, lui déplaisait. Mais il avait pour habitude de ne jamais contester les ordres de son souverain. Si le roi Alexandre VII l avait désigné pour cette mission, c était qu il le considérait comme l homme de la situation.
- Mais je dois vous avouer, reprit Vladek, que je suis moi aussi quelque peu inquiet. On nous confie une grande responsabilité ! Je serai plus tranquille lorsque la marchandise sera arrivée à destination.
En prononçant ces derniers mots, il désigna le carrosse qui, tiré par quatre chevaux, traçait péniblement sa voie dans la neige au milieu de l escorte.
- Vous ne devriez pas parler ainsi du Prince, l avertit Tarlaq. On en a pendu pour moins que ça.
- Je suis désolé, s excusa le capitaine, mais c est ainsi que je perçois les choses. Ni le Prince ni son garde du corps ne sortent jamais de leur véhicule, c est pourquoi il m arrive de penser qu ils ne sont que des objets de valeur. Et puis avouez que nous n avons pas l allure d une escorte princière !
Le baron considéra le convoi. Il était vrai qu un Prince aurait d ordinaire voyagé avec une troupe plus conséquente. Mais, soucieux de la rapidité du voyage, et désireux de conserver le maximum de troupes sur le front, le roi n avait confié à Tarlaq qu une escorte réduite pour protéger son fils et l éloigner de la zone des combats. Ainsi la troupe n était constituée que du carrosse, d un chariot transportant des vivres et du matériel, de son conducteur, et d une vingtaine de soldats.
- Cependant, poursuivit le capitaine, je pense que nous sommes en sécurité, malgré notre nombre réduit. La région est tranquille, et surtout nous ne risquons rien tant que les deux Paladins nous accompagnerons !
Tarlaq tourna ses yeux vers l avant du convoi, où chevauchaient deux guerriers protégés de la tête aux pieds par d imposantes armures noires. Le baron avait peu d informations sur eux au début du voyage, sinon qu ils appartenaient à l Ordre des Paladins Noirs, une organisation obscure présente dans de nombreuses contrées et récemment alliée au roi, et qu ils avaient reçu de leurs supérieurs l ordre de protéger le Prince en toutes circonstances. Au fil des conversations, Tarlaq avait appris de nombreuses choses sur leur compte, à commencer qu ils se prénommaient Jorund et Namâric.