Voilà la suite :
Dario, Tarlaq et Namâric rejoignirent Alexandre dans les couloirs du palais, alors qu il regagnait sa chambre.
- A quoi joues-tu ? lui demanda le maître Chanteur.
- Mais à rien, répondit le Prince sur un ton innocent. Je veux protéger les centres d un saint homme, est-ce mal ?
- Alexandre, tu n as jamais accordé la moindre importance aux reliques. Alors pourquoi as-tu pris cette décision. N essaye pas de me mentir.
- Très bien, très bien. Je veux me rendre à Kridall le plus tôt possible, pour des raisons qui ne regardent que moi. Je n en dirai pas plus !
- Je ne chercherai pas à savoir ce que tu comptes faire, assura Dario. Si tu as décidé de garder tes intentions secrètes, je pourrais passer des heures à tenter de te faire parler, en vain. Mais je vais t accompagner.
- Je doute que mon père laisse un membre du Conseil quitter la ville en temps de guerre, répliqua Alexandre. Mais rassurez-vous, maître, je m en sortirai.
- Mais.. . vous ne pouvez pas partir sans escorte ! intervint Tarlaq.
- Mon père a malheureusement décidé qu il ne risquerait pas un seul soldat, non ?
- Je ne peux ni venir avec vous, ni vous confier un de mes hommes, déclara Namâric. Les instructions de l Ordre sont très claires : tous les Paladins Noirs doivent rester à Dümrist pour défendre la ville.
- Un de vos hommes ? s étonna le Prince. Vous commandez les Paladins qui protègent la cité, maintenant ?
- Ce n est pas nouveau, répondit Namâric. Mais je n en n avais jamais parlé. Je commandais déjà cette unité avant notre rencontre. Mais là n est pas la question.
- Bon, si vous ne pouvez pas m aider, il n y a qu un seul moyen de contourner les ordres de mon père.
Alexandre se tourna vers Tarlaq.
- Vous devez me faire escorter par des membres de votre garde personnelle.
- Aucun problème, assura le baron. Tektus fera-t-il l affaire ?
- Non, il sera mieux employé ici. Il ne serait pas très discret, sur les routes.
- Hustouk ou Vladek, alors ? proposa Tarlaq.
- Comment va Vladek, d ailleurs ? questionna soudain Dario.
- Très bien, je vous remercie, dit une voix dans leur dos.
Tous se retournèrent. Tarlaq reconnut sans surprise son vieil ami. Le capitaine Vladek était son compagnon d armes depuis de nombreuses années. Durant l hiver, il avait perdu la main gauche en défendant Alexandre. Il arborait désormais, à la place de son membre coupé, trois longues griffes de métal conçues sur le modèle des redoutables armes des Wolks.
- L opération s est très bien passée, poursuivit le capitaine. J ai hâte de pouvoir essayer ce jouet !
- Voilà donc un souci de moins, répondit Tarlaq. Tu vas pouvoir accompagner notre Prince à Kridall. Je suppose que Hustouk est prêt à reprendre du service, lui aussi ?
- Ouais, grogna l Ork en surgissant d un couloir. Je commence à m ennuyer, ici.
- Vous nous espionnez ? demanda Dario, l air amusé.
- On s est dit qu il fallait s entraîner à l infiltration, répliqua Vladek. Et quel meilleur exercice que de filer l homme le plus méfiant du royaume ?
Tarlaq fit semblant de n avoir rien entendu. Le maître Chanteur reprit la parole :
- Alexandre, tu devrais quand même te montrer plus prudent avec le roi. Tu ne devrais pas le provoquer ainsi. Il est à la fois ton père et ton souverain. Tu lui dois plus de respect que n importe qui !
Le Prince ne s émut pas particulièrement.
- Je lui suis supérieur dans tous les domaines. Il n y a aucune raison pour que je supporte son autorité.
- Ne serait-ce pas un peu prétentieux, mon garçon ?
- Il faut bien que je montre à tous ma détermination, ajouta Alexandre. Bientôt je prendrai sa place. Et à ce moment-là, personne ne devra plus contester mon pouvoir.
- Quoi ? s étonna Tarlaq. Vous dites que vous allez bientôt devenir roi ?
- Les médecins sont formels, expliqua le Prince. La maladie qui a emporté ma mère ronge aussi mon père. Et il n y a rien à faire. Dans quelques années, ce sera fini.
- Comment savez-vous cela ? questionna Dario. Même moi, je l ignorais.
- Ce genre de secret est bien gardé, répondit Alexandre. Mais tout homme a son prix. Même un médecin royal. Je ne m étendrai pas sur la façon dont je m y suis pris, ce serait trop long.
- Cela ne semble pas trop vous affecter, remarqua Vladek.
- Il ne peut pas guérir. Pourquoi me lamenterais-je ? Tout ce que je peux faire, c est préparer mon futur règne.
Le Prince et ses compagnons marchèrent silencieusement, lançant parfois quelques regards à droite et à gauche pour se donner une contenance. Parvenu devant sa chambre, Alexandre se retourna vers ses amis.
- Nous partirons demain matin, à la première heure. Soyez prêts.
Et il disparut derrière la porte.