de rédiger un article sur Le Post. Un autre demandait de rédiger plusieurs articles sur le même thème pour crédibiliser la thèse de la mort de l’acteur.
Le Post, qui est un webzine contributif, a accepté l’article et l’a publié en page d’accueil. En grosses lettres, « Jean Dujardin s’est éteint ». En quelques minutes, plus de deux mille sept cents personnes ont recommandé cet article sur leur page Facebook ! Et le buzz a commencé. Sur Twitter, Jean Dujardin est devenu un trending topic [78] mondial. Plusieurs médias, donnant crédit au Post, ont alors repris l’information sans la vérifier. Vers minuit, nos modérateurs supprimaient les conversations liées à cet événement sur nos forums, mais le mal était fait.
Plusieurs médias généralistes se sont fait l’écho de ce couac, certains n’hésitant pas à publier des titres racoleurs. L’Express titrait par exemple « Comment Jeuxvideo.com a voulu tuer Jean Dujardin »… J’ai également été sollicité par plusieurs journalistes qui voulaient faire un papier sur le sujet. Les forums de Jeuxvideo.com y étaient parfois cités, mais c’était surtout la crédibilité du Post qui se voyait pointée du doigt. Encore une facétie des noelistes. Ce canular n’était pas bien méchant, car probablement n’a-t-il pas nui à l’intéressé, qui était à ce moment-là en tournage en Australie.
Au moins ce fake a-t-il permis de mettre en lumière certaines dérives dans le traitement de l’information sur Internet, par des journalistes plus soucieux d’être les premiers à relayer une information croustillante que d’en vérifier la véracité. Visiblement vexés, les dirigeants du Post ont menacé de porter l’affaire devant les tribunaux. Ils ont même contacté la direction de Hi-Media pour essayer sans doute de faire pression sur nous… À titre personnel, j’ai trouvé assez amusant qu’une dizaine de gamins désœuvrés très malins puissent faire naître une rumeur reprise par de vrais médias censés vérifier leurs informations. Cependant, ce premier coup de semonce de l’année n’était rien en comparaison de ce qui nous attendait en juin 2011.
Un jour, j’arrive au bureau de bon matin. Déjà sur place, José, notre webdesigner, me lance alors :
« T’as écouté la radio, ce matin ? Sur France Info, ils ont cité nos forums ! Apparemment, les sujets du bac y auraient été diffusés avant les épreuves !
— Oh, putain ! là, ils ont fait très fort ! Je sens que la journée va être animée ! »
Je m’attendais en effet à être rapidement assailli par la presse au cours de cette journée. Il me fallait agir vite, mais sans précipitation. J’ai commencé par faire le point de la situation avec notre service modération. Nous avions un individu qui, la veille du bac scientifique, avait publié sur l’hébergeur d’images Noelshack.com une photo visiblement prise à la dérobée avec un téléphone portable. Cette photo montrait l’énoncé du premier exercice de l’épreuve de mathématiques. Vers 21 h, cette personne portant le pseudo Chaldeen avait divulgué le lien vers la photo sur le forum Bla-bla 15-18 ans de Jeuxvideo.com… Les réactions à ce message se vantant de divulguer le sujet de maths étaient peu nombreuses et incrédules : seulement quatre ou cinq réponses, ce qui pour le trafic du forum était infime. Autant dire que le message incriminé était passé quasiment inaperçu. Les rares personnes à y avoir prêté attention avaient posté un message pour dénoncer ce qui leur apparaissait comme un fake évident. Par conséquent, on peut estimer qu’au maximum quelques dizaines de personnes avaient pu lire le message. Et comme personne n’avait apporté de crédit au sujet, compte tenu de l’heure tardive de diffusion, probablement personne ne s’était servi du sujet dévoilé. Le message de Chaldeen était passé tellement inaperçu que nous ne l’avions détecté que beaucoup plus tard au cours de la soirée. Il avait alors été simplement effacé par un modérateur.
Ce n’est que le lendemain, après l’épreuve de maths, que certains forumeurs se sont rendu compte que Chaldeen avait dit vrai ! C’est à partir de ce moment-là que l’affaire a pris une autre tournure. La rumeur a grossi et les médias s’en sont emparés. Après avoir fait le point avec la modération, j’ai appelé le PDG de Hi-Media pour l’informer de la situation, puisque nul doute que le groupe risquait d’être cité. Nous avons alors convenu de confier la communication sur cette affaire à une agence dont c’était le métier, qui savait gérer les situations de crise comme celle-ci. Peu après avoir appelé la fameuse agence pour la briefer sur la situation, j’ai reçu les premiers appels de journalistes. J’ai répondu aux tout premiers, notamment ceux de France Télévisions, en refusant toutefois d’être enregistré. Ensuite, notre ligne téléphonique a été encombrée toute la journée par quasiment tous les journaux de la presse écrite, toutes les radios et plusieurs chaînes de télévision.
Devant le buzz considérable lié à cette fraude, à 11 h 30, le ministre de l’Éducation nationale Luc Chatel a été obligé de sortir du bois et de tenir une conférence de presse sur le sujet. Un parfum de scandale commençait à flotter autour de cette affaire. Fort heureusement, le ministre décidait d’annuler l’exercice concerné (et non pas toute l’épreuve) et surtout ne citait pas Jeuxvideo.com ! Ma hantise était de nous voir associés d’une façon ou d’une autre au piratage des sujets. Certains mails de parents mécontents me rendaient d’ailleurs nerveux… Je tenais absolument à ce que tout le monde comprenne que nous n’étions en rien la cause de cette diffusion sauvage, et qu’en aucun cas nous ne la cautionnions.
Le nombre de ces appels incessants de journalistes était très impressionnant. J’ai choisi de ne répondre directement qu’au quotidien La Montagne, dont le journaliste semblait très impatient. Les dizaines d’autres journalistes ont été redirigés vers notre agence, malgré leur insistance à vouloir me parler. Certaines radios et chaînes d’information en continu voulaient même me faire intervenir en direct !
Avec le recul, ce fut sans doute une décision sage de refuser le direct et le risque de prêter le flanc à la critique sur une affaire aussi sensible. Nous avons ainsi réussi à faire passer notre message de façon extrêmement précise, par un communiqué, sans déformation et sans le risque inhérent à tout enregistrement audio ou vidéo. Quasiment tous les médias ont relaté l’affaire de façon neutre pour Jeuxvideo.com, se rendant bien compte que nous n’étions pas à l’origine de la fuite. Tous sauf l’édition en ligne de L’Express, qui a publié un article à charge contre nos forums, rédigé par le même journaliste que pour l’affaire Dujardin — visiblement, celui-ci ne nous aimait pas beaucoup et se servait de son clavier pour régler ses comptes. Au final, j’ai tout de même regretté de devoir refuser de parler aux journalistes, ce qui a parfois éveillé le soupçon que nous avions quelque chose à cacher. Et ce qui m’a fait penser que nous n’étions plus la petite start-up au nom de laquelle je pouvais prendre la parole librement en toute occasion.
En même temps que nous étions sollicités par les journalistes, nous avons été mis à contribution par les forces de l’ordre. Nous avons vite compris que le sujet était extrêmement sensible, et que les enquêteurs étaient très pressés d’avancer dans leurs recherches. Nous étions ainsi vigoureusement encouragés à faire diligence et à nous montrer très réactifs dans cette affaire. Ce à quoi nous avons consenti en nous conformant à la loi, qui nous faisait obligation de fournir les éléments d’identification de l’auteur du message.
Au final, cette affaire a fait couler beaucoup d’encre. Ce fut une véritable tempête médiatique, dont nous avons été l’un des acteurs. Elle aura eu le mérite de souligner le risque de diffusion d’informations confidentielles sur le Net ; cependant, peu de gens se sont interrogés sur le vrai problème, qui concerne la sécurisation des sujets du bac. Or, du fait de la démocratisation du Net et des réseaux sociaux, l’organisation du bac doit pourtant changer. Il me semble désormais impossible de sécuriser les sujets des épreuves depuis leur conception jusqu’à leur communication aux candidats le jour de l’examen. Comme au XIXᵉ siècle, les sujets sont conçus par des professeurs, puis ils sont imprimés par une ou plusieurs imprimeries. Ensuite, les sujets sont probablement conditionnés pour être stockés en attendant la période du bac. Enfin, à cette date, les sujets sont envoyés dans chaque centre d’examen. Nous sommes donc en présence d’une chaîne logistique complexe, qui implique un grand nombre d’intervenants, c’est-à-dire autant de risques de divulgation des sujets. Une autre erreur est sans doute de concevoir des sujets nationaux : cela en fait une cible de choix pour les pirates, qui n’ont à se focaliser que sur un seul objectif, si bien que n’importe quelle fuite, à n’importe quelle étape de la chaîne de fabrication et de diffusion des sujets, est susceptible d’affecter la totalité des élèves. On l’a vu à l’occasion de notre affaire, où la menace d’annulation de l’épreuve a pesé pendant plusieurs jours. C’est stupide. Le système est fragile par nature et par le fait des réseaux sociaux, qui diffusent l’information massivement. Il est par conséquent très probable de retrouver des bouts de sujets sur le Net. Si seule l’épreuve de maths s’en est vu officiellement affectée, des rumeurs évoquaient des fuites concernant d’autres disciplines. Des rumeurs plus que persistantes… Sur la base des éléments dont nous disposions à l’époque, je suis à peu près convaincu que, cette année-là, au moins une autre épreuve a dû voir une partie de son contenu diffusée. Les médias toutefois ne s’en emparant pas, les élèves, les parents, l’Éducation nationale elle-même, tout le monde avait intérêt à calmer le jeu… Nous y compris !
Le problème, c’est que de nouveau il y a eu des soupçons de fuite en 2012. Il y en aura
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[78] Trending topic : sujet tendance.
probablement d’autres dans les années à venir, tant que n’aura pas été résolu le problème de la sécurisation du stockage et de la diffusion des sujets. C’est-à-dire le stockage dans un format numérique chiffré, la transmission sécurisée aux centres d’examen la nuit précédant l’épreuve, et l’impression le jour même par des moyens de reprographie légère.
La justice a finalement déclaré un non-lieu dans l’affaire de la fuite de 2011 : Chaldeen n’a donc pas été condamné. Ce non-lieu a contribué à faire de Chaldeen une sorte de légende sur le forum 15-18, même si, depuis cette histoire, son pseudo avait été banni.
Cet événement a quoi qu’il en soit quelque peu contrarié notre communication. Nous avions prévu de communiquer début juillet sur les nouveaux records d’audience établis en juin grâce à l’actualité vidéoludique. Nous n’en avons rien fait. Communiquer sur un record d’audience juste après l’affaire du bac aurait sonné comme une provocation. Certains n’auraient pas manqué de voir entre les deux événements un lien de cause à effet. Pourtant, cette affaire n’a pas eu de conséquence significative sur notre audience, pas même pour les forums. Quelques centaines de curieux ont bien dû venir sur nos forums, mais la cause de ce record de juin, c’était l’E3 de Los Angeles, qui à peu près chaque année permettait d’atteindre un nouveau sommet en matière d’audience.
Afin de poursuivre ce développement, rien de mieux que de continuer à miser sur la vidéo, en proposant aux internautes de nouveaux contenus. C’est ainsi que nous avons ouvert une nouvelle rubrique, baptisée « Chroniques », nous permettant d’accueillir les créations vidéo de personnes extérieures à la rédaction. Je suivais en effet d’un œil attentif les succès de quelques internautes devenus des célébrités sur YouTube ou Dailymotion. Il existait un risque de se faire cannibaliser par ces plates-formes de vidéos, y compris sur notre créneau vidéoludique. Un des moyens retenus pour parer à ce risque, c’était d’ouvrir notre site aux jeunes talents qui œuvraient déjà sur YouTube. Pour démarrer les chroniques vidéo, nous avons fait appel au duo Fanta & Bob avec une série d’émissions dédiées au jeu Minecraft. Nous avons également signé avec un jeune joueur suisse devenu célèbre en quelques mois : DiabloX9, grand spécialiste des jeux d’action et FPS [79]. Cette rubrique nous a permis de proposer un contenu supplémentaire à nos internautes, en apportant également de la variété, aussi bien s’agissant des personnalités que des types de contenus produits. Quelques semaines plus tard, d’autres chroniqueurs tout aussi talentueux allaient débarquer sur Jeuxvideo.com, en particulier Realmyop, CœurdeVandal, ou encore Usul, qui allaient vite devenir très appréciés de nos lecteurs.
La seconde innovation vidéo est arrivée en août avec le salon allemand de la Gamescom. Pour la première fois, nous avons diffusé une conférence de presse en direct depuis Cologne et Aurillac. Une belle réussite technique ! Nous recevions à Aurillac un flux vidéo qui nous était transmis depuis Cologne par l’éditeur Electronic Arts. Depuis notre studio d’enregistrement, deux de nos journalistes commentaient les images, puis ce nouveau flux était à son tour encodé et envoyé sur le Web pour diffusion. Cette retransmission constituait un véritable défi, que nos équipes ont réussi à relever haut la main et que nous étions les seuls dans notre secteur à maîtriser en France.
Comme vous avez pu le constater, les deux axes stratégiques de mes dernières années à la tête de Jeuxvideo.com ont été le développement des contenus vidéo ainsi que celui de notre communauté. Parmi les dossiers importants destinés à pérenniser et à améliorer les fonctionnalités au service de cette dernière figurait Noelshack.com, que j’ai déjà eu l’occasion d’évoquer. Conçu par un jeune fan de Jeuxvideo.com, ce site est devenu en quelques années l’hébergeur d’images le plus utilisé par nos forumeurs ! Noelshack avait atteint peu à peu une audience conséquente, hébergeant un nombre d’images faramineux. Plus de quatre millions et demi d’images étaient ainsi désormais stockées sur l’hébergeur amateur. Mieux, cinq mille nouvelles images y étaient postées chaque jour ! Énorme !
Or, quelques semaines plus tôt, David Phan, le créateur de Noelshack, avait laissé entendre qu’il pourrait purement et simplement fermer le site, en raison des difficultés qu’il avait à le maintenir. Plutôt que de risquer une fermeture qui aurait été préjudiciable à Jeuxvideo.com, j’ai décidé de prendre les devants. L’idée était de proposer à David Phan soit de l’aider à pérenniser le site, soit de le convaincre de nous le céder. Il faut dire que nos forums comptaient plusieurs centaines de milliers de liens vers des images sur Noelshack. La fermeture de ce dernier aurait été une véritable catastrophe pour Jeuxvideo.com, en donnant lieu à des centaines de milliers de liens morts sur nos forums, avec la perspective de grosses difficultés de navigation pour nos internautes — sans parler du problème de référencement sur Google, qui apprécie modérément les liens morts…
Par ailleurs, j’ambitionnais d’associer Noelshack aux forums de Jeuxvideo.com afin d’y permettre désormais l’affichage d’images. Et puis c’était finalement un juste retour des choses si nous arrivions à racheter ce site en permettant à ce jeune entrepreneur talentueux d’obtenir ainsi une juste rétribution de ses efforts et de son temps passé au service de la communauté de Jeuxvideo.com. En quelques jours, l’affaire a été conclue : David Phan a accepté ma proposition de reprise de Noelshack. Notre service technique a récupéré les clés du site pour aussitôt y entreprendre un grand travail de consolidation. Rapidement, une nouvelle version a été mise en chantier, plus jolie et plus ergonomique, tout en respectant l’esprit initial de Noelshack : la simplicité, la gratuité, et l’absence de publicité pour ceux qui le souhaitent. En faisant l’acquisition de Noelshack, je voyais aussi l’occasion de mieux maîtriser les contenus litigieux. Notre service modération pourrait par exemple intervenir simultanément sur Jeuxvideo.com et sur l’hébergeur d’images en cas de besoin. Je n’oubliais pas que si les sujets du bac avaient été diffusés sur Jeuxvideo.com, la photo était bel et bien hébergée par Noelshack…
Il s’agissait là de la première acquisition de notre entreprise. Sans doute ai-je laissé passer d’autres opportunités. Cela dit, notre culture était de construire nous-mêmes les projets plutôt que de les acheter clés en main. Cette stratégie nous a d’ailleurs beaucoup aidés à garder la maîtrise de notre destin, notamment au plan technique, donnant à Jeuxvideo.com un avantage important par rapport à ses concurrents. Noelshack a été aussi la dernière opération stratégique d’envergure que j’ai menée à Jeuxvideo.com avant de quitter mes fonctions à la fin du mois d’août 2012. Cette décision, qui a surpris beaucoup de nos lecteurs, était pourtant une décision logique.
En effet, au fur et à mesure de sa croissance, Jeuxvideo.com et L’Odyssée Interactive sont peu à peu devenus un site et une entreprise matures. Avec des méthodes de travail plus rigoureuses et rationnelles, planifiées. De son côté, le Web s’est incroyablement complexifié, rendant tout projet d’envergure beaucoup plus coûteux, plus contraignant et donc plus long à mener. Nos utilisateurs sont devenus de plus en plus exigeants, rendant impossibles certaines tentatives spontanées des débuts. Chaque modification apportée à Jeuxvideo.com devait désormais faire l’objet de longues réflexions, d’une estimation des coûts… Ces dernières années, j’avais fini par percevoir mon travail comme plus prévisible et routinier. Les entrepreneurs et les pionniers du Net ont peu à peu cédé la place aux gestionnaires, aux managers et aux industriels. Or je suis avant tout un entrepreneur. J’aime construire, bâtir, pas seulement décider, impulser ou influencer les choses.
En 2000, lorsque nous avons été rachetés par Gameloft, je n’imaginais pas être encore dans l’entreprise dix ans plus tard. Je pensais rester quelques années, histoire d’assurer la transition avec un successeur. Et puis je me suis pris au jeu. Gameloft a eu l’intelligence de me laisser continuer à diriger l’entreprise presque comme lorsque nous étions indépendants. J’ai donc pu continuer à considérer Jeuxvideo.com comme « mon bébé », et ma motivation est demeurée intacte. J’avais toujours le feu sacré ! En 2006, nous avons quitté Gameloft pour Hi-Media, qui était à l’époque une entreprise très peu structurée. Nos premiers reportings mensuels tenaient en quelques chiffres sur une page Excel presque improvisée. Dans les débuts, je me sentais donc toujours entrepreneur, car j’avais toute latitude de décision…
Puis, peu à peu, les financiers ont pris le pouvoir chez Hi-Media, nous imposant des business plans millimétrés à respecter à la lettre, me sollicitant très régulièrement, pour même finir par intervenir dans l’opérationnel de l’entreprise. Il pouvait alors arriver que cette situation me conduise à prendre des décisions contraires à l’intérêt de L’Odyssée Interactive, dans l’intérêt supérieur du groupe. C’était absurde. Je n’étais pas devenu entrepreneur pour que des financiers me dictent comment faire mon travail, ni pour être progressivement mis sous tutelle d’un groupe, fût-il coté en bourse. J’ai tout de même tenté quelque temps d’en prendre mon parti, en jouant sur mon image de cofondateur, qui conservait malgré tout quelque autorité. Mais j’avais été totalement libre pendant trop longtemps pour accepter qu’on me prive, même partiellement, de cette autonomie et de cette liberté.
Parallèlement, j’animais une équipe de trente-cinq salariés à temps plein. Majoritairement des garçons de la génération Y, quasiment tous des premiers jobs. Sans doute avais-je eu beaucoup de chance à nos débuts
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[79] FPS : first-person shooter, jeu de tir en vue subjective.
d’avoir des salariés soudés autour de chaque nouveau projet. Désormais, j’avais l’impression de devoir dépenser une énergie considérable pour convaincre du bien-fondé de chacune de mes décisions. Or je me sens davantage entrepreneur que manager. Ma fonction de chef d’entreprise comportait de plus en plus un volet politique, que je n’avais pas choisi.
La conjonction de ces trois facteurs — installation d’une forme de routine, emprise de Hi-Media de plus en plus forte et quelques difficultés de management — a eu pour conséquence un stress que je n’avais jamais connu auparavant. J’avais cessé le matin de me rendre au bureau avec l’envie de renverser la table. Je me sentais moins investi. Le travail m’était presque devenu une contrainte. Or, quand on a eu la chance que ce soit une passion pendant quinze ans, le changement est rude. Je ne me sentais plus ni suffisamment motivé ni suffisamment impliqué pour conserver la direction de Jeuxvideo.com. Quand au printemps 2012 le stress a commencé à se répercuter sur ma santé, j’ai décidé que ce n’était pas acceptable. La seule issue était de quitter mes fonctions.
Je ne serais toutefois jamais parti si je n’avais pas su qu’il y avait dans l’entreprise Cédric Mallet (FortyTwo), que j’avais recruté à la fin de l’année précédente et qui véritablement était taillé pour ce job. Grosse expérience du jeu vidéo et de l’Internet : un profil idéal. Je l’ai proposé à Hi-Media pour me succéder, et fort logiquement c’est lui qui a été désigné pour diriger l’entreprise à partir de septembre 2012.
Au final, je garderai évidemment un excellent souvenir de Jeuxvideo.com, dont j’ai été à l’origine avec l’ETAJV en 1995, puis dont j’ai pris la direction en créant L’Odyssée Interactive, grâce à François et Stoub, mes deux associés. En quinze ans, nous sommes passés du stade de fanzine amateur à celui du plus grand média vidéoludique d’Europe. Nous sommes passés de l’écrit à l’audiovisuel. Nous sommes passés de quelques dizaines de lecteurs enthousiastes à plus de quatre millions d’utilisateurs par mois. Les trois bénévoles que nous étions sont devenus trente-cinq salariés à temps plein et une dizaine d’emplois indirects. Nous sommes passés d’un petit site perso à un mastodonte hébergé sur plus de soixante serveurs de haute technologie.
Je suis très fier de ce que nous avons accompli. J’ai vécu une success story dont tout entrepreneur rêverait. Jeuxvideo.com a complètement bouleversé ma vie. Je lui dois une grande part de ce que je suis devenu durant quinze ans. Quand je dis que je le lui dois, je pense que je vous le dois ! Vous, les millions de lecteurs qui êtes fidèles à Jeuxvideo.com, pour certains depuis le début ! Un énorme merci à tous, et à bientôt pour de nouvelles aventures !
Greetings
Pour rendre le propos plus compréhensible, ce livre ne mentionne qu’une minorité des personnes ayant travaillé avec moi à Jeuxvideo.com. Il ne pouvait toutefois pas se terminer sans nommer beaucoup plus de protagonistes, à la manière de la rubrique « Greetings » des démos Amiga de mon adolescence.
Salut amical à toute l’équipe de Jeuxvideo.com et particulièrement aux personnes avec lesquelles j’ai travaillé pendant plusieurs années :
— Mes deux associés : Jérôme Stolfo (Stoub) et François Claustres (Leviathan)
— Les permanents de la rédaction de Jeuxvideo.com : Frédéric Fau (Superpanda), Jean-Marc Wallimann (Jihem), Yannick Le Fur (Logan), Valérie Précigout (Romendil), Marc Pelatan (Hiro), Nicolas Charciarek (Dinowan), Frédéric Goyon (Rivaol), Christian Dubarry (Dharn), Clément Le Hyaric (Pixelpirate), Fabien Metsa (Anagund), Florence Pelletier (Lena), Paul Mallemanche (Lespol), Alexis Gauthier (Miniblob), Franck Guillaume (Badpitre), Jean-Marie Prival (CptObvious), Benoît Morel (Pilou), Pierre Maugein (Killy), Thomas Jacquemin (Aiste), Sébastien Vidal (Twitten), Olivier Laumonier (Kornifex), François Dufay (Melo), Geoffrey Caillot (Jeff), David Wallimann (Shreddy), Loïc Pomier (Lox), etc. De même que tous nos pigistes
— Le service informatique : David Bordas (Haazel), Cyril Soulliage (Cerzat43), Gabriel Linder (Dargor), Virgile Petit, Nicolas Guillon (Nico_TLC), Mickaël Delteil, Benjamin Roux (Broux11), Sébastien Salgues (sebsa), Yannis Catounaud, Sylvain Riol, Michel Etolint, Guillaume Poletto, etc.
— Les webdesigners : Renaud Boutoute (Reno), José Barreiro, Virginie Cao, Jean-Baptiste Brangier, Sabine Route, Marjolaine Serror, Margot Stajman…
— Le service administratif et la direction : Anne Faubladier (Sayuri), Emmanuelle Labize, Julie Couronne (Phakita), Anne-Cécile Rey, Cédric Mallet (FortyTwo)
— Les administrateurs de forums : Reine_de_Pique, Gnap_Gnap et Billy12
Sans oublier :
— Toutes les personnes qui ont travaillé avec nous à Misteractu.com ou à Toutlecine.com
— Tous les anciens du Game Studio : développeurs Java, testeurs, producers ou artistes qui œuvraient sur mobile
Je salue également :
— Pierre Delavaquerie (PIC Télématique) : le premier contrat de L’Odyssée Interactive, celui qui m’a permis d’en signer d’autres !
— Lionel Fontanille et François Hunaut, avec lesquels j’ai eu l’impression de côtoyer pendant six mois le monde de la finance
— Laurent Havette (Toutpourlamusique.com) : une mise en relation décisive en 1999
— Les membres de Hi-Media et de Gameloft, avec lesquels j’ai travaillé, trop nombreux pour les citer tous
Trop nombreux pour être cités également :
— Tous nos prestataires : Citizen Prod, UpTown, Nerd, Brioude Internet, Openium…
— Tous nos partenaires : BlackOrange, Alapage, Amazon, Nexway, Metaboli…
— Tous nos contacts chez les éditeurs de jeux…
— Tous nos annonceurs : ceux du secteur du jeu vidéo comme les autres
— Je n’oublie pas les lecteurs de Jeuxvideo.com qui, tout au long de ces dix-sept années, m’ont envoyé des milliers de mails d’encouragements… ou parfois d’insultes — ou les deux, suivant les jours ! Et aussi les quelques dizaines de personnes qui ont suivi la réalisation de ce livre
— Évidemment, les personnes qui me sont chères, famille et amis, qui m’ont encouragé dans mon travail d’écriture, mais aussi, avant cela, au cours de ma carrière vidéoludique
— Enfin, tous ceux que ma mémoire défaillante a pu malheureusement oublier, qui s’attendaient à se trouver dans cette liste, et qui, par conséquent, le méritaient sans doute
Un grand merci à tous !
OMG LE LIVRE GRATUIT
GO C/C
Jerry du c/c from JVFlux ![]()
Mais omg wtf
go lock omg on s'en bat tellement les couilles
du mois de décembre 2009, avec cinq cent cinquante-deux millions de pages vues dans le mois. Désormais, je suivrais quotidiennement l’audience mobile, en plus de notre audience Web. J’étais convaincu de l’intérêt de cette ouverture à d’autres supports de consultation. C’est dans cet esprit que, quelques mois plus tard, j’ai lancé la mise au point d’une application iPhone de Jeuxvideo.com. Un travail que nous avons dû externaliser, n’ayant pas les compétences spécifiques pour réaliser nous-mêmes cette application. La première version était développée par un prestataire roumain. Bien vite, toutefois, devant le résultat médiocre, nous avons dû rapatrier le projet chez un petit prestataire auvergnat [75], qui par sa taille et sa proximité géographique allait nous offrir un service et une réactivité d’un rapport qualité-prix bien supérieur à celui de l’entreprise roumaine. Une fois conçue l’application iPhone, c’était au tour d’une application Android de voir le jour, identique à la version pour Apple. Nos utilisateurs pourraient y trouver news, tests, dossiers, mais aussi des vidéos et, quelques mois plus tard, les incontournables forums…
Nous allions même tenter une incursion du côté des télés connectées, en mettant au point une application pour les télés Samsung et LG. Avec des résultats peu probants en termes d’audience. Nous étions probablement un peu en avance sur le marché, et nul doute qu’une standardisation du format était nécessaire avant que les applications télé commencent à vraiment intéresser les utilisateurs…
L’un des objectifs de 2010 restait de renforcer les fonctionnalités communautaires, l’un des points forts de Jeuxvideo.com. Nous l’avons fait en trois temps. D’abord, en créant de véritables cartes de visite détaillées pour les membres du site, permettant à chacun de connaître beaucoup plus de données sur ses camarades. Dans un second temps, nous avons ouvert en août le site Forumjv.com pour permettre à chacun de créer son propre forum personnalisé tout en bénéficiant de l’audience potentielle de toute la communauté de Jeuxvideo.com. Enfin, autre nouveauté d’importance, qui nous était réclamée depuis des années par nos membres : l’envoi de messages privés. De fait, nos utilisateurs ne pouvaient poster jusqu’alors que des messages publics sur nos forums. Ils n’avaient pas le moyen d’échanger entre eux sans afficher leurs propos aux yeux de tous. Même s’il paraît impensable de ne pas l’avoir fait plus tôt, ce n’est qu’au début 2011 que nous avons remédié à cette lacune.
Une année 2011 qui s’ouvrait par un événement inattendu. Nous allions perdre Franck, notre présentateur vedette. Franck avait réussi à devenir en quelques années la star de Jeuxvideo.com, dans l’esprit de beaucoup de nos lecteurs. C’était un peu notre Michel Drucker à nous. Je le dis sans ironie : il avait réussi le difficile pari de plaire à tous nos publics. Même aux hardcore gamers, avec lesquels il ne cherchait pas à rivaliser, jouant plutôt le rôle du candide, dans le registre de l’autodérision. Il parvenait aussi à merveille à démocratiser le langage parfois abscons de nos spécialistes du jeu vidéo. Franck était dans l’esprit de nos lecteurs le chic type, le grand frère qui rendait nos vidéos plus agréables et plus drôles à regarder. Dans le domaine du jeu vidéo, peu de gens ont réussi ce tour de force. D’ailleurs, avant Franck, seul Marcus avait atteint cet objectif, sur la chaîne spécialisée Game One. De quelques années mon aîné, Franck avait fait profiter l’équipe de Jeuxvideo.com d’une forme de sagesse issue de ses nombreuses expériences professionnelles passées. Il avait apporté la sérénité de l’expérience à notre rédaction, composée de jeunes gens talentueux, mais aux réactions parfois épidermiques, aussi bien dans l’enthousiasme que dans la défiance. Le caractère de Franck avait permis indéniablement de tempérer tout cela. Bref, j’estimais que nous avions réussi à composer une sorte de dream team. Tout ce beau monde s’entendait bien, et l’atmosphère amicale et joyeuse caractérisant nos vidéos était le reflet de cette ambiance au sein de l’équipe. Les premières années, au moins.
Au cours de l’année 2010, en effet, j’ai senti que l’ambiance avait commencé à se dégrader entre Franck et les autres membres de l’équipe, sans que j’en perçoive vraiment les causes. Franck subissait probablement de plus en plus de pression du fait de ses succès d’audience sur le site. Peut-être cette pression lui a-t-elle d’ailleurs un peu tourné la tête, à un moment. Ce qui le rendait beaucoup plus exigeant avec la plupart des salariés de l’entreprise. Par ailleurs, j’avais l’impression que certains rédacteurs vivaient assez mal le fait que Franck était considéré par beaucoup de nos lecteurs comme l’incarnation de Jeuxvideo.com. De la même façon que pour le grand public, pendant longtemps, TF1, ce fut PPDA [76]. Pour nos lecteurs, Franck était ainsi l’emblème de Jeuxvideo.com…
De petites piques en coups de gueule, la situation s’est peu à peu envenimée sans que j’en sois jamais le témoin direct, ni que j’en subisse moi-même les effets. Le Tokyo Game Show 2010 en avait été un des derniers exemples en date, avec une ambiance délétère sur place, au Japon. À partir de là, la rupture semblait consommée, et certains Gaming Live devenaient tendus. En dépit de cela, cette tension était totalement invisible à l’écran, Franck et ses collègues sachant rester parfaitement professionnels.
Le 20 janvier 2011, j’ai dû subir une intervention chirurgicale bénigne, mais qui m’a éloigné quelques jours de Jeuxvideo.com. Psychologiquement, j’avais du reste été un peu absent les quelques semaines précédant cet événement désagréable. Cela m’a probablement empêché de prendre la mesure du malaise qui s’était installé dans notre équipe, et des difficultés des membres qui le vivaient mal. J’avais bien prévu d’en discuter avec Franck, mais c’est dès que je m’en suis aperçu qu’en fait j’aurais dû aborder la question… Cette erreur, je l’ai payée cher. Un jour, Franck a dû s’absenter du studio d’enregistrement, et nous ne l’avons plus revu. C’est par une décision administrative que j’ai appris que Franck ne travaillerait plus pour nous. Cette décision nous spécifiait qu’il ne pourrait plus occuper son poste, ni même exercer un quelconque emploi dans notre société à Aurillac.
Le groupe Hi-Media lui a alors proposé deux postes sur Paris, offres qu’il a déclinées. Sans autre possibilité, et respectant nos obligations légales, nous avons dû nous résoudre à le licencier au début du mois de mai 2011. C’est la raison pour laquelle nos lecteurs n’auront pas eu de « dernière vidéo » de Franck sur le site. Nous ne pouvions pas la produire. Mais voilà aussi pourquoi Franck, en réalité, n’a pas été la victime de nos actionnaires, de nos annonceurs ou de je ne sais quelle décision injuste, contrairement à ce que j’ai parfois pu lire dans des messages de nos lecteurs. Je n’avais rien à reprocher à Franck. Cette décision de son licenciement nous était imposée, et j’ai été le premier à le regretter. Franck nous avait beaucoup apporté par sa présence sur Jeuxvideo.com, et nous avons mis du temps à le remplacer dans le cœur de nos internautes. Lesquels nous ont envoyé des centaines de messages à ce sujet. Je le comprends, mais je ne pouvais pas m’exprimer sur la question, étant tenu par le secret professionnel. Même dans ce livre, j’ai estimé devoir choisir mes mots, ne souhaitant nuire ni à Franck, ni à aucun membre de l’équipe, ni à Jeuxvideo.com. Je ne pouvais pas en tout cas passer sous silence cet événement d’importance dans la vie de notre site.
L’année suivante, j’ai tenté à quelques reprises de reprendre contact avec Franck, car j’aurais vraiment aimé que d’une façon ou d’une autre il reprenne du service sur Jeuxvideo.com. Je pense que nos lecteurs en auraient été ravis. Finalement, cela ne se sera pas fait. Franck a donc continué sa route de son côté, et Jeuxvideo.com du sien.
XIII. Péripéties sur nos forums
L’acteur Jean Dujardin est mort. C’est en tout cas ce qu’on pouvait lire le 23 février 2011 à la une du site LePost.fr, publication d’une filiale du très sérieux quotidien Le Monde. Rapidement, cette information s’est révélée être un « fake [77] » lancé par les noelistes de Jeuxvideo.com ! Voilà plusieurs mois que les noelistes ne s’étaient plus signalés par quelque exploit. Cette fois-ci, ils avaient réussi leur coup au-delà de leurs espérances, non sans l’avoir préparé avec minutie. La veille, vers 22 h, un forumeur avait posté le message suivant :
« Bonjour à tous,
Bon, je vais pas vous cacher que je m’ennuie sévère. J’ai pensé à faire un bon petit fake comme le 15-18 les aime. Comme d’habitude, nous envoyons l’info sur Facebook, Twitter, MSN et à certains sites un peu connus pour l’actualité people ou non. Bon, vous connaissez le principe.
Maintenant, il nous faut une star pas trop connue, mais que les gens connaissent. Pas trop pour que le fake soit entretenu, mais assez pour que les gens le disent. Plus qu’à trouver. »
Un autre a proposé Jean Dujardin : « Il est super populaire et pas méga connu, ça prendra du temps à démentir. » Un troisième a suggéré
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[75] Société Openium, basée à Clermont-Ferrand.
[76] PPDA : Patrick Poivre d’Arvor, présentateur du journal de 20 heures d’Antenne 2 (actuelle France 2) de 1976 à 1983, puis de celui de TF1 de 1987 à 2008.
[77] Fake : faux, imposture.
Lien permane
stop HAPOLONCHECREED
DDB
Qui a lu sérieux ![]()
Y'a vraiment des gens qui ont lu? ![]()
Il veut battre le record du monde de pavays à la suite? ![]()
Tu dois vraiment t'ennuyer l'auteur
J'ai lu
Alé salu ![]()
Sweeeeeeet !! ![]()
C'EST QUI CE RANDOM ? ![]()
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http://www.youtube.com/watch?v=ENwJ3m1kxJY
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