J'imagine encore te voir apparaître au coin de la rue, tu viens t'assoe
ir à mes côtés, tu me parles de rien et je t'écoute, sans rien perdre de ce qui s'échappe de tes lèvres, séduite; et dans l'air flotte seulement les effluves de ton parfum qui m'obsède tant depuis que tu m'as abandonnée sur ce même banc, il y a exactement un an. Rien n'a changé : les fleurs blanches qui laissent s'envoler leurs pétales fragiles, les rires et les pleurs des gosses du quartier provenant du square, la serveuse jolie et menue du café en face, nos sourires. Tu sais bien que nous deux ça vaut la peine d'être vécu; et puis tu verras, on trouvera encore un moyen de vivre plus fort, on ne sera plus seuls durant les longues nuits d'insomnie, on aura à nouveau quelqu'un avec qui partager notre dernière cigarette, on philosophera sur de la merde et plein de trucs inutiles, on se comprendra toujours pas mais on en aura rien à foutre parce qu'on sera deux, comme avant.
