« DRIIIIIIING !! »
La sonnerie de l’interphone le tire de sa torpeur. Ca y est, elle arrive. Plus tôt qu’il ne l’aurait cru. Cette pensée le réjouit autant qu’elle le déstabilise. Maintenant qu’elle est en bas, il ne peut plus reculer, mais il a passé les dernières minutes à se demander s’il n’aurait pas mieux fait d’annuler sa commande.
Dans la pénombre de son petit appartement, dont l’unique lampe allumée dénonce le manque cruel d’entretien, il se dirige d’un pas peu assuré vers la cuisine. Quelle idée de disposer l’interphone dans cette pièce d’ailleurs ? Encore une facétie de l’architecte au rabais qui a conçu ces immeubles ! Songe-t-il.
A la fois gêné et piqué par la curiosité, il décroche le combiné et bafouille un « allô ? » Que le grésillement des haut-parleurs du hall d’entrée lui retransmettent en un écho difforme.
« Crrr… compagnie… Crrr… ce soir…. Etage ?… Crrr ». C’est un peu comme si on avait enfermé une jeune fille dans une machine à laver…
Il ne prend pas la peine de s’étendre, il crache rapidement un « troisième gauche » le plus audible possible, avant de raccrocher. Il est maintenant nerveux et pressé d’en finir et peste contre la technologie défaillante.
Quelques secondes après, ce sont trois coups timidement frappés qui lui signalent l’arrivée de son « rendez-vous ».
Il ouvre la porte et met quelques secondes à s’habituer à la lumière crue du pallier, dispensée par l’ampoule nue menaçant à chaque instant de s’écraser au sol. A présent qu’il distingue mieux la scène, il ne peut manquer de se réjouir à la vue de la jeune fille qui se tient devant lui, un peu de travers, se mordillant les lèvres et se tordant les doigts. Elle semble au moins aussi hésitante que lui, mais il est indéniable qu’elle est ravissante …
Encore sur le pas de la porte, alors qu’elle se dandine d’un pied sur l’autre, la jolie brune semble également troublée par le jeune homme qui lui fait face. Force est d’admettre qu’il est plutôt beau garçon. Mais elle n’est pas là pour entrer dans ce genre de considérations. Reprenant un peu d’assurance, elle se redresse pour demander :
_ « On n’entend pas grand chose dans votre interphone. Vous avez bien appelé ma société pour… »
_ « Oui, oui, coupe-t-il tout en jaugeant son interlocutrice de bas en haut, ce qui ne manque pas de la troubler un peu plus. Ne nous attardons pas en bavardages, installe-toi ». Lâche-t-il en désignant le sofa.
Décontenancée, elle s’exécute docilement, autant surprise par le ton peu amène employé à son égard -qu’elle décide de mettre sur le compte de son léger retard- que par ce tutoiement impromptu. Il s’assoit à ses côtés et semble chercher ses mots.