L’ironie aujourd’hui : lectures d’un discours oblique
Argumentaire du colloque :
Étant d’origine philosophique ( l’ironie « socratique »), comme « circonlocution du sérieux » ( Jankélévitch), l’ironie est devenue une figure fondamentale de la rhétorique classique, au même titre que la métaphore, la synecdoque et la métonymie. L’ironie « romantique » élargit le sens de la notion pour devenir la figure du moi idéaliste et nihiliste qui est lui-même sa propre fin esthétique. L’ironie moderne, quant à elle, se rapporte à une sorte de « fiction » quel que soit son genre, théâtral ou romanesque. On la considère comme un fait d’énonciation qui instaure une distance entre l’énonciation et l’énoncé, entre les partenaires masqués de l’énonciation.
Située à l’intersection de plusieurs champs disciplinaires ( philosophie, littérature, psychanalyse…), l’ironie échappe à toute définition univoque ou restrictive. Elle est encore de nos jours, comme elle a été dans le passé, l’objet de nombreux débats. Qu’elle soit discursive ( en tant que figure immanente du discours) ou narrative ( son lieu de prédilection est dans le dialogisme propre à la narration littéraire), l’ironie reste toujours un phénomène indécidable. Le lecteur d’un texte ne sait pas souvent si l’énonciation est à prendre au sérieux ou non. Ce « paradoxe énonciatif », comme l’appelle aujourd’hui la pragmatique, est lié au phénomène de l’écriture. Mettant de plus en plus en question un sujet monologique et dogmatique, elle métacommunique une charge critique du côté non seulement de l’instance auctoriale mais aussi du côté de l’instance lectorale. Entrée dans « l’ère du soupçon » selon la terminologie de Nathalie Sarraute, l’ironie se voit comme un « nihilisme actif » ( Decottignies) qui favorise une relecture critique et active de l’énonciation littéraire
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