Seul.
Je n´ai pas su, comme les enfants,
Etre un enfant ; je n´ai pas vu
Ce qu´ils ont vu ; je n´ai pas eu
De ces passions pour les printemps.
A leur source j´ai pu goûter
Mon désespoir où je me vautre
Sans que mon coeur se joigne aux autres ;
Ce que j´aimais, seul, je l´aimais.
C´est dans l´enfance, en cette aurore
De morne vie que remontait
De tous les fonds du Beau, du Laid
Le long mystère où j´erre encore :
Dans le torrent où l´eau bourdonne,
Les crêtes chauves qui rougeoient,
Le rond soleil autour de moi,
Ses rayons blonds sous les automnes,
Dans l´éclair bleu qui fend l´été
Et qui s´échappe aux cent nuages
Dans la tempête et les orages,
Dans la nuée qui prend l´aspect
( Quand tous les cieux ne sont que bleu)
D´un démon blanc devant mes yeux.
c´est de Alan Poe
