Tandis que gronde le tonnerre de l´imminent orage PlayStation 2 (débarquement vendredi 24 novembre), tandis que s´amplifie le vacarme autour de la X-Box de Microsoft, dont quelques joueurs fortunés se sont déjà disputé les exemplaires de présérie mis en vente sur le Net (sortie annoncée pour mi-2001 aux Etats-Unis), bref, tandis que les molosses de l´industrie fourbissent leurs armes lourdes, on est complètement ahuri par la discrétion, l´assourdissant silence dans lesquels sort aujourd´hui le nouvel épisode des aventures de Zelda sur Nintendo 64.
Sans doute Nintendo a-t-il d´autres chats à fouetter. D´une main, la marque culte amasse les milliards que génèrent chaque jour ses Pokémon multilicenciés. De l´autre, Nintendo manigance sa propre console de la nouvelle génération, la GameCube, qui la remettra au niveau technologique de la concurrence en passant l´éponge sur le demi-succès de la N64. On peut donc imaginer que la sobriété promotionnelle autour de The Legend of Zelda: Majora´s Mask est stratégique et que, sous une apparence de dos rond, le matou Nintendo aiguise ses griffes dans l´attente de jours meilleurs. D´ailleurs, si Nintendo voulait tester à la fois la fidélité des joueurs et l´état réel de sa propre popularité, il ne s´y prendrait pas autrement...
D´une certaine manière, Nintendo joue sur du velours: la force d´attraction de la saga Zelda sur n´importe quel joueur un peu sincère est telle que l´épisode précédent, The Ocarina of Time, a souvent justifié l´achat même de la console N64. Créé en 1987, Zelda a déjà connu huit épisodes et s´est imposé comme un pilier de la culture console, au Japon d´abord où le titre est l´objet d´une véritable religion, puis dans le monde entier, où le volet Ocarina of Time s´est écoulé à plusieurs millions d´exemplaires.
L´inventeur de Zelda, Shigeru Miyamoto, créateur du mythique plombier Mario, est l´un des plus authentiques gourous du secteur. Il a cette fois passé la main à un héritier, Eiji Aonouma, qui s´est remarquablement acquitté de sa mission. Le moteur ayant servi au développement de ce chapitre est celui que Miyamoto avait conçu pour le précédent: les fans y retrouveront donc très vite leurs repères, nombre des lieux et des personnages faisant référence aux aventures antérieures.
On retrouve dans Majora´s Mask cette saveur ténébreuse, presque morbide parfois, qui caractérise la saga: jeu cruel sur les masques dont le héros, Link, est obligé de s´affubler pour progresser dans sa quête; rapport au temps complexe et profond; solitude mutique et maladive du chevalier orphelin, etc. Un soin très particulier a été porté aux textures, graphismes et effets sonores. Mais une fois de plus, c´est sur le terrain de la jouabilité que Nintendo et Zelda font preuve d´un talent et d´une autorité sans équivalent: le gameplay, critère crucial, est ici d´un confort exemplaire. Fluide, souple et intuitif, il menotte le joueur à son écran... plus sûrement que toutes les campagnes de pub.
Source: LIBERATION