Visiblement, le milieu des jeux vidéo se trouve en ce moment dans une période charnière de son évolution, et cela se ressent de plus en plus au travers de nos doutes à l’égard de la créativité vidéo-ludique de nos chers éditeurs. Ces « créateurs » ont visiblement du mal à concilier leur soif de chiffre d’affaire et notre besoin d’immersion dans des mondes riches, originaux, et inoubliables. Et pour illustrer cela, le parallèle avec le cinéma semble tout trouvé, car il semble de plus en plus qu’il y ait une réelle volonté de la part des développeurs d’approcher les jeux vidéos de manière cinématographique.
Malheureusement, là où le cinéma a réussi à évoluer en permettant une diversité artistique peu commune, les jeux vidéos s’enferment de plus en plus dans des catégories stéréotypées et entretenues par souci de rentabilité. Et dans un sens, cela se comprend, puisqu’il devient difficile de créer sans ressources financières dans ce milieu, et que les créanciers/producteurs sont en droit d’attendre des retours sur investissement, leur but n’étant pas de briller par le mécénat.
Mais alors se pose la question de notre capacité (nous, joueurs) à accepter et plebisciter l’innovation. Car autant nous nous insurgons devant une telle pauvreté créative, autant il faut reconnaître que c’est aussi de notre faute si la créativité n’est pas (ou trop rarement) récompensée.
Regardons par exemple un jeu comme Oddworld. Combien de joueurs s’indignant du manque d’originalité n’ont même pas daigné s’intéresser à ce jeu, sous prétexte que l’univers était bizarre ? Combien sont retournés jouer à leur mascotte favorite ? Je n’insinue pas par là que Oddworld doive plaire à tout le monde et que ces mascottes n’ont aucun intérêt, loin de là, mais arrêtons de nous voiler la face ! La créativité n’est que très rarement récompensée. De même, j’attends de pouvoir constater les chiffres d’ICO, mais ils ne pourront jamais égaler ceux d’un Resident Evil réchauffé que tout le monde attend pourtant impatiemment. D’un côté nous disons « ça craint on voit rien de nouveau » et de l’autre « vivement MGS5 et Resident Evil 26 ». Ne sommes nous pas un peu hypocrites ? Ne devrions nous pas laisser Hideo Kojima créer à nouveau des émotions aussi fortes que Metal Gear en le libérant de son carcan militaire (ce qu’il a fait de lui-même par ailleurs, et peut être est-ce à cette volonté de se diversifier que l´on reconnaît les grands créateurs) ? Miyamoto ne pourrait-il pas cesser de nous abrever de ses Mario et autres Zelda (même si ces jeux sont excellents)? Car force est de constater que les choix éditoriaux sont très orientés par les études de consommateurs menées, c’est à dire par nos réelles envies. Au final, nous (et donc les producteurs) ne laissons pas nos créateurs se diversifier comme un Kubrick a pu le faire au cinéma. Nous demandons sans cesse un 2001 Episode One ou un Orange Mécanique 2, ce qui nous aurait fait rater des Full Metal Jacket et autres Eyes Wide Shut.
Il apparaît que ce que NOUS plébiscitons ressemble d’avantage à Gran Turismo 4 et Mario 26 qu’à ICO. Bien entendu, ne comprenez pas par là que ces jeux ne méritent pas leur succès (évidemment que si), mais le fait est que peut être, au fond, nous ne voulons que nous divertir et que nos attentes égoïstes brident cette créativité pourtant si plébiscitée selon nos dires. Est-ce dû à des durées de jeu supérieures au temps que nous accordons à nos divertissements (qui à part un fan de jeux peut prendre le temps de terminer un Final Fantasy ?) ? Ou bien est-ce dû à un manque de puissance ne permettant pas aux vrais créateurs de s’exprimer ? Ou encore à une société de consommation toujours assoiffée de profits et de croissance ? Je n’en sais rien, mais d’après moi le fait est que nous ne sommes pas vraiment prêts à accepter la nouveauté.
Combien de jeux ont réussi à nous faire réfléchir sur notre condition, notre société, ou encore notre personnalité comme le cinéma l’a fait ? Mais moi le premier je m’éclate 50 fois plus sur un Halo que sur un Oddworld. Il me semble donc que finalement notre passion porte bien son nom : il s’agit de JEUX vidéo. Et tant que nous n’utiliserons notre passion qu’à des fins de divertissement (bien sûr certains hardcore ont déjà dépassé ce stade, mais ils sont rares), il sera difficile je pense de demander sincèrement un élan de créativité de la part des développeurs. Le jeu vidéo attend toujours sa révolution, mais peut être d’avantage par manque de révolutionnaires que par manque de puissance…
Bon alors j´en vois déjà qui se demandent pourquoi j´ai posté ça ici, eh bien tout simplement parce que je sais qu´ici il y a des gros fans de jeux et que mon topic ne disparaîtra pas en 20 min.
Et puis en même temps, je pense que ça concerne toutes les consoles...