Il y a sans doute peu de disciplines plus difficiles à définir que la philosophie. Ceci tient au fait que la pratique philosophique a connu des fortunes diverses et des formes multiples au cours de l´histoire: inséparable de la discussion politique (comme chez Socrate, Platon et Aristote[3]) et d´un mode de vie bien spécifique durant l´Antiquité (avec Socrate ou Diogène le Cynique, Épicure, les stoïciens pour ne citer qu´eux), elle va durant le Moyen Âge devenir l´objet de l´attention des théologiens avant de devenir une discipline pratiquée par d´authentiques scientifiques durant l´époque moderne (Descartes ou Leibniz [4]). Puis, à partir du XVIIIe siècle, elle va se détacher très nettement des sciences positives et plusieurs branches de la philosophie vont devenir des disciplines autonomes (telle la science politique née de la philosophie politique ou la logique mathématique devenue une discipline entièrement autonome). L´unité de la philosophie est donc problématique, les philosophes ne se rattachant pas forcément à une conception et à une pratique similaires.
La philosophie contemporaine, issue d´une tradition multiple, se présente donc sous des formes variées: tradition herméneutique et postkantienne en Allemagne, philosophie analytique dans les pays anglophones et dans une grande partie de l´Europe, tradition phénoménologique en France et en Italie. Certains remettent fortement en cause la tradition philosophique et ses présupposés telle la philosophie féministe, la déconstruction de Derrida ou de Heidegger.
Les difficultés pour définir la philosophie sont en outre de nature épistémologique, car il est difficile de définir de façon rigoureuse ses méthodes, ses thèmes et ses objets, car une question en philosophie en générale en crée une autre . Historiquement, elle a pu en effet s´inspirer d´autres disciplines (des mathématiques par exemple, voire des sciences positives). Plus fondamentalement, elle n´a jamais réussi à développer une méthode ou un ensemble de méthodes qui auraient réussi à s´imposer parmi les philosophes (comme la méthode expérimentale s´est imposée en physique et en chimie par exemple).
Mais il est également délicat de déterminer l´essence de la philosophie, soit parce que son statut dans la société est lui-même difficile à cerner, soit qu´elle a été ramenée à d´autres disciplines apparemment proches. Dès l´Antiquité, par exemple, Socrate était confondu dans les Les Nuées d´Aristophane avec les Sophistes, que Platon nous présente pourtant comme ses adversaires dans ses dialogues. Et même sans tomber dans un quelconque pathos du philosophe incompris par ses contemporains, il est clair qu´on peut se demander quelle est sa fonction dans la société ? En tant que discipline théorique, son intérêt semble limité parce qu´elle est sans portée pratique et sans fondements scientifiques. En tant que recherche de la sagesse, elle s´adresse à tous hommes ayant envie de conaissance.
Mais à la différence des autres sciences, la délimitation des méthodes et du domaine de la philosophie fait partie de la philosophie elle-même. Chaque penseur se doit d´indiquer quels problèmes il souhaite éclairer, et quel sera la méthode la plus adaptée pour résoudre ces problèmes. Il faut en effet bien voir qu´il y a une unité profonde des problèmes philosophiques et de la méthode philosophique. Ainsi, qui pense, comme Platon, que la vérité est enfouie dans l´âme de chacun favorisera le dialogue comme moyen de la révéler. Alors que penser que le langage est la source de pseudo-problèmes philosophiques mène plutôt à une analyse logique du langage, plus apte à déceler ces faux problèmes. Il ne faut donc pas voir l´instabilité des méthodes et des thèmes philosophiques comme une faiblesse de la discipline, mais plutôt comme un trait caractéristique de sa nature. Réfléchir sur le rôle de la philosophie fait partie de la philosophie.
C´est hs, mais moins que ce topic je crois :$