Bon, ne pensez pas que j´ai laissé tomber cette fic, mais je me concentre sur Brumes ces temps-ci et avec le bouleau que j´ai...bref, c´est le temps qui manque, mais j´ai réussi à pondre ce chapitre 15 ^^
Chapitre 15
Le Wilbur filait droit vers l’horizon. Avec sa massive coque verte et noire et l’effroyable vacarme de ses moteurs rouillés et souillés, le navire n’avait certes pas la grâce et la légende des grands et mythiques maraudeurs à voiles des océans, mais sa traversée de l’océan des Origines se passait sans autant d’encombres que ce qu’avait prévu l’équipage. La jeune fille qu’ils avaient récupérée à la sortie du port et qu’ils avaient bien cru noyée les avait affolé, mais sur les ordres du capitaine, l’adolescente avait été gardée à bord et les autorités n’en furent nullement informées.
Fanny se trouvait dans une petite cabine sombre et vétuste où, par la fenêtre au verre fêlé, elle pouvait contempler ce qu’elle n’avait jamais vu ; l’océan à perte de vue. C’était donc à cela que ressemblait la liberté, une infinie étendue de ce fluide vital parcouru de zébrures blanches et irrégulières. Ce spectacle fascinant, elle avait pu l’adorer et le rêver de tout son être lorsqu’elle se trouvait sur les balcons de nuit à Junon, mais jamais elle ne s’y était retrouvé plongée. Elle se sentait encore très faible, mais elle ne manquerait pas de courage pour vivre ; elle en était certaine. Les draps crasseux qui recouvraient son corps semblaient avoir été lavés et appliqués avec le plus grand soin dont les marins avaient pu faire preuve.
La jeune fille trouva cependant la vigueur de lever la jambe qui la faisait souffrir et découvrit son mollet tout ensanglanté, un gros bandage imbibé de rouge paraissait panser une importante blessure dans sa chair. En faisant une significative moue, elle palpa sa jambe si endolorie. Lorsque Fanny entendit des bruits de pas à l’extérieur de sa cabine se rapprocher d’elle, elle déposa les draps sur son corps et s’étendit dans sa couche, la tête tournée vers la porte de la chambre d’où ne tarda pas de surgir un marin.
Il resta sur le seuil, une main sur la poignée, l’autre le long de son corps, mais il ne bougeait pas ; il semblait pétrifié par la vision de Fanny dans son lit, le soleil timide qui entrait fébrilement par la petite fenêtre et éclairait le moindre grain de peau de son visage le fascinait. Son doux visage encore écorché et imparfait à la suite des épreuves qu’elle avait traversé fixait l’homme de ses grands yeux d’un bleu naturel et qui brillaient d’une certaine malice.
« -Tu vas bien ? Lui demanda finalement le marin.
-Je crois que je me suis déjà senti mieux…
-Tu as eu beaucoup de chance de tomber sur nous ; ces types de la Shinra te cherchaient.
-Vous avez bien fait, merci.
-Mais tu vas nous attirer des ennuis si ils savent qu’on t’a fais traverser l’océan, alors une fois arrivés à quai, tu nous traîneras pas longtemps dans les basques !
-Oui, bien sûr…Et c’est où précisément, le débarquement ?
-Un petit port au sud-est de Corel Sud…N’hésite pas à appeler quelqu’un si tu as besoin de quelque chose. »
La traversée dura encore quelques heures sans encombre car le capitaine redoutait de se faire coincer à un barrage de la patrouille marine de Shinra. Le soleil saignait très fort dans le ciel lorsque le Wibur s’arrima à un quai du petit port. Alors qu’une équipe de bord débarquait le fret qui avait traversé l’océan, le capitaine en personne accompagna Fanny jusqu’aux grandes barrières blanches, là où elle put voir les collines verdoyantes jusqu’à perte de vue, ni les monts Corel ni les montagnes de Cosmos n’étaient visibles de là, seule la teinte orangée du soleil dépeignait sur l’horizon. Fanny regarda le vieil homme au teint grisonnant, il avait gardé son uniforme bleu marine de capitaine et son fier képi, son visage squelettique faisant toute sa majesté. Alors, il fixa l’adolescente de ses petits yeux noirs et lui dit : « Ne passe pas la nuit au port ; il te trouveront. Vas vers l’Ouest et trouve la ville de Gongaga ; là-bas, tu trouveras un endroit où te cacher…Mais prends ça, jeune fille. »
Le capitaine lui tendit une arme à feu, la crosse très froide de l’engin semblait disproportionnée par rapport aux petites mains frêles de Fanny. Puis, sans un mot, le vieil homme s’en retourna vers les quais, la queue de son uniforme battant au vent et plus loin devant lui, le soleil fondant sur la fantomatique ligne d‘horizon. Elle partit sans plus attendre vers la direction que lui avait indiquée le capitaine après avoir rangé le précieux pistolet dans la même poche que son poignard et ses petites matérias.
Soudain, Fanny trébucha sur une pierre qui s’était dissimulée dans l’herbe. La jeune fille tomba et se cogna sur le sol, bien que l’humidité sembla avoir arrêté sa chute. Elle roula alors un peu sur elle et se tint la jambe blessée en gémissant un peu. Ses yeux se portèrent vers le ciel et elle vit comme il était beau sous son vole étoilé. Une brise timide lui caressa délicatement les bras et en frissonnant, elle se rendit compte qu’elle avait marché jusqu’à la nuit sans même s’en apercevoir. Elle décida alors de ne pas se relever et de dormir en cet endroit où, elle en était sûre, la Shinra ne la trouverait pas. Elle se coucha lentement dans l’herbe humide et ce fut la tête dans la paume de ses mains qu’elle ferma les paupières. La nuit était douce et la crainte ne la guettait nullement ; en s’endormant, elle baissa le regard vers l’Ouest où elle vit apparaître les plus hauts massifs roux de la région Cosmos.
Durant son sommeil, elle pensa à Olinda, son amie de toujours à l’internat qu’elle chérissait plus encore que sa propre famille dont elle n’avait somme toute plus de nouvelles depuis un an et demi. La jeune fille devait être arrivée la veille à Corel pour rencontrer ses employeurs et elle ne doutait certainement pas qu’elles se reverraient un jour. Lorsque ses rêves s’attardèrent sur la silhouette rose, cauchemardesque et improbable de la matéria, le corps de Fanny ne put s’empêcher de rouler un peu sur lui et son visage se fronça mystérieusement. L’oracle de cette sphère magique l’oppressait réellement et depuis qu’elle avait coulée au large de Junon, un réel malaise l’avait assaillie.
Brusquement, ce cauchemar brûlant s’interrompit et seul le bruit stressant qui accompagnait la pensée de la matéria perdura dans sa réalité ; le crépitement de flammes meurtrières. Fanny contracta un doigt été palpa l’herbe dont la rosée obstrua les pores de sa peau ; elle était bien éveillée, alors elle ouvrit les yeux. Il faisait toujours nuit dans les collines, mais une source de chaleur et de lumière semblait se trouver derrière elle, ainsi que le crépitement des flammes. L’adolescent se retourna prudemment et se crut de retour dans son cauchemar. Devant elle se trouvait la lueur d’une dizaine de torches se consumant en même temps. Dans le halo dessiné par tous ces esprits de feu se dégageait la silhouetter homme vêtu d’une grande veste de cuir se terminant en lambeaux et d’un chapeau en piteux état.
Lorsqu’elle dévisagea cette étrange procession sans ne manifester le moindre signe, une voix retentit dans le petit brasier qu’étalaient les ténèbres et la confusion d’un réveil si brusque. Elle semblait autochtone, Fanny ne comprit donc pas l’ordre qui venait d’être dicté et elle essaya de s’enfuir lorsqu’elle vit deux nouvelles silhouettes aussi bien bâties que l’homme au blouson de cuir se détacher de la lumière et fondre sur elle. Mais sa course fut vaine à cause de sa jambe boiteuse et elle ne put lutter contre les puissantes mais qui s’emparèrent de son fragile corps, d’abord par les épaules, puis lorsque ses jambes furent à leur tour étreintes, elle ne put user que de sa voix pour se débattre.
Les hommes emmenèrent Fanny vers un troupeau de chocobo noirs et à deux, ils chargèrent de force l’adolescente sur le dos d’une des montures et l’enchaînèrent solidement. En fait, tous ces hommes semblaient vêtus de la même façon et la jeune fille ne sur reconnaître celui qui se posa devant elle puis mena la troupe de brigands. Ce fut davantage de dégoût que d’effroi que ressentit Fanny lorsqu’elle se vit se rapprocher de la région Cosmos car elle était convaincue d’en avoir fini de toutes ces mésaventures et de plus, sa jambe la torturait affreusement.