«Encore une fois, je me retrouvais dépassé par les évènements.»
CHAPITRE VINGT-ET-UN
Grégory reposait sur le sol. Jessie fixa ce qui était autrefois la tête du jeune homme. La moquette était imbibée de liquide carmin. La pièce comportait à présent trois cadavres. Au coup de feu, les Turks et Stéphane s'immobilisèrent quelques instants, comme s'ils s'étaient doutés que ce coup de feu serait fatal. Ils lancèrent un coup d'oeil à la scène, mais durent rapidement reprendre le combat, avant que quelqu'un ne profite de ce moment inattention. Stéphane sentait doucement, mais sûrement, l'étau se refermer sur lui. Voilà que son dernier homme venait de tomber au combat. Quelques gouttes de sueur perlaient sur son front et avec raison : Jessie ne voulait qu'une chose -sa peau- et les Turks bavaient à l'idée de le rapporter comme prisonnier.
Effrayé, Rémi recula de quelques pas. En ce moment, il faisait abstraction de tout ce qui l'entourait.
Son premier meurtre.
Il sentit une forte pression dans sa poitrine et il perdit l'équilibre, tombant ainsi à genoux devant la dépouille de l'homme. Son pouls s'accélérait, ses mains étaient moites. Il ne pouvait s'empêcher de fixer la dépouille de... son ami ? Il ne savait plus comment qualifier leur relation, mais chose certaine cette dite relation n'existait plus.
Comment avait-il pu ? Ôter la vie de quelqu'un était tellement ignoble. Il secoua vivement la tête, tentant de reprendre ses esprits. Son regard se posa sur Jessie qui avait fait quelques pas dans sa direction. Il se demanda stupidement combien de meurtres elle avait pu commettre. En fait, elle n'avait jamais évoqué avoir jouer le rôle de la faucheuse, mais qui s'en vanterait ? De plus, le cadavre de Violine lui fit comprendre que ce n'était la première fois que Jessie usait de sa lance mortellement. S'était-elle endurcie face à cet acte ? Tuait-elle froidement ou chaque meurtre lui valait des années de remords ?
Dorénavant face à lui, elle le fixa quelques instants avec un air furieux.
- Il ne fallait pas le tuer ! Le véritable ennemi est Stéphane ! Grégory n'était que contrôlé ! Il...
Elle laissa sa phrase en suspens, son visage devint encore plus blême. Il comprit à ce moment qu'elle l'avait reconnu.
- Salut Jess...
- Merde, Rémi. J'ai toujours cru que tu m'en voulais. Que fais-tu là ?
Avant même qu'il ne puisse ajouter autre chose, il entendit un hurlement. Les deux Turks avait le dessus sur Stéphane. Lui aussi, allait bientôt rendre les armes. Jessie bondit vers lui, poussant vivement Vincent et Rude. L'homme chauve voulu reprendre le combat, mais son acolyte lui bloqua le passage d'une main. Il porte l'index de sa main libre à ses lèvres, afin que son ami comprenne qu'ils assistaient à une scène importante. Stéphane était étendu sur le sol, faible. Jessie se pencha vers lui, les mèches de ses cheveux effleurant son visage.
- Pourquoi ? chuchota-t-elle.
- Tu as tout gâché. Si tu avais partagé mes idéaux, nous aurions régné sur le monde ensemble.
Jessie soupira, Stéphane jouait le jeu jusqu'à la fin. Aurait-il vraiment voulu d'un humain non-manipulable pour l'aider ?
- Tu préfères mourir ou devenir prisonnier de la Shinra ?
- Mourir.
- Bon choix.
Elle arracha rapidement la matéria jaune et planta sa lance directement dans la gorge de Stéphane, sans plus de cérémonie. Elle se leva, reprit son arme et avança vers Vincent. Rude se tenait quelques pas derrière lui, alors que Rémi était resté bêtement agenouillé devant Grégory, comme si cela pouvait le ressusciter. Son regard s'était pourtant porté sur Jessie et lorsqu'il la vit commettre son acte, les questions redoublèrent à son égard.
- Tu as exactement trente-trois secondes pour tenter de le sauver, lança-t-elle à Vincent.
Elle avait écouté la dernière demande de Stéphane pour trois raisons : afin qu'elle soit la seule à pouvoir témoigner face à la Shinra, tenter d'amadouer les autorités car elle avait elle-même éliminé le danger et pouvoir récupérer incognito la matéria jaune. Rude et Vincent restèrent muets. Puis le plus jeune ouvrit la bouche :
- Et toi exactement dix secondes pour te rendre.
Sa voix était froide. Jessie sourit ironiquement.
- D'accord, voici.
Elle tendit ses mains vers le Turk qui la menotta aussitôt. Jessie lança un regard à Rude qui, fidèle à son habitude, restait de marbre. Le métal froid entourant ses frêles poignets, lui fit une étrange sensation. C'est la première fois que ça lui arrivait : l’emprisonnement. Audacieuse, elle planta son regard dans celui de Vincent et soutint son regard. Rémi, toujours dans la même position, s'offusqua :
- Quoi ! Tu m'avais dit qu'elle serait libre, qu'il n'y avait rien à craindre !
- Franchement, Rémi ! Tu le croyais ? demanda Jessie, sarcastique, n'abandonnant pas pour autant son duel visuel avec Vincent.
Son attitude frôlait l'arrogance, mais étrangement personne ne lui tenait tête : à quoi bon ? Elle était là, les poignets liés, mais la tête haute. Jessie se rendait presque avec style et élégance. Vincent demeurait silencieux, face à sa trahison. Comme il était dos à Rémi, il était impossible pour ce dernier de déchiffrer ses sentiments.
- Je suis désolé Rémi, ajouta-t-elle, je crois que nos retrouvailles seront malheureusement écourtées.
Vincent se tourna brusquement, déclarant ainsi Jessie gagnante, vers Rude, :
- Apporte-le à Reno, fit-il en désignant Rémi du menton. Ensuite, va fouiller le manoir. Pendant ce temps, je surveillerais Jessie.
Rude hocha la tête et sorti de la pièce, accompagné d'un Rémi désemparé, laissant les deux adultes seuls. La prisonnière s'assit sur le sol, docile. Le silence s'installa. Jessie sombra aussitôt dans ses pensées : elle pesait les pour et les contres de la situation actuelle. Devait-elle se rendre ou plutôt s'échapper ? La jeune femme comptait le temps qu'elle avait pour s'échapper. Alors qu'elle tentait échafauder un plan de secours lorsque Vincent brisa le silence :
- Écoute...
- Non, tais-toi, j'ai pas envie de t'entendre, le coupa-t-elle en le fusillant d'un regard noir.
Il grogna d'insatisfaction, devant cette attitude.
- Bla, bla, bla, fit-elle en mimant de la main droite un clapet qui s'ouvre et ferme, tu suis les ordres. C'est bon, j'ai été Turk bien avant toi, je connais les règles. Le temps où tu m'impressionnais Vincent Migayron est résolu, hein.
Furieux, Vincent frappa le mur qui céda sous l'impact, créant ainsi un trou. Il se sentait à la fois inférieur et supérieur, dans cette situation. Il était incapable de dire pourquoi, mais il avait toujours de la difficulté à se faire craindre de Jessie. Oui, elle avait eu peur, peur de se faire capturer, pas de lui. En allant la voir chez elle, il avait montré une facette de lui qu'il n'aurait pas dû.
- Tu aurais tout de même pu éviter de retentir chez moi et jouer les faux-culs.
- Non ! Tu ne veux rien comprendre ! cracha-t-il.
- Toi, tu ne veux rien comprendre. Assume au moins tes actes, Vincent.
Il soupira.
- Si tu veux vraiment m'aider, laisse-moi me sauver, ça serait bien.
- Je...
- C'est bon, laisse tomber, le coupa-t-elle.
«De toute façon, je n'ai pas besoin de toi», voulut-elle rajouter, mais elle se ravisa au dernier moment.