J´espère franchement pas que vous allez me couler cette histoire, hein ? Il faut que vous continuiez à poster des commentaires pour que je continue à poster mes chapitres !
Bah sinon, là, c´est le dernier chapitre de la première partie, je créerai un topic pour chaque partie et je vais aborder le rythme des vacances ; deux chapitres à la semaine...
Chapitre 4
L’intérieur de la maison semblait avoir traversé les siècles ; les murs pauvrement lambrissés et ligotés par des toiles d’araignées s’étaient laissés envahir par la mérule. Derrière un de des voiles blancs se trouvait une petite fenêtre ronde diffusant un maigre halo de lumière qui s’en allait mourir sur la table qui trônait au milieu de la pièce sous une marée de toiles. Les rayons du soleil se reflétaient alors sur un verre renversé. Anna fit quelques pas de plus vers la porte, ou plutôt le cadre qui accueillait autrefois une porte, qui se trouvait à l’autre bout de l’antichambre. Lorsqu’elle franchit le seuil, la voix détraquée et désaccordée de l’hôtesse de maison l’accueillit : « Bienvenuuuuu… ».
Cette nouvelle pièce semblait pus moderne que la précédente. De grandes baies vitrées accueillaient la lumière, bien que filtrée par les toiles, dans la salle. Devant la visiteuse malvenue se tenait un fauteuil éventré qui se tenait encore devant un récepteur holographique…Sous ses pieds, les tapis rouges imbibés de poussière et de crasse épousant les empreintes de chats errants donnaient à Anna un accueil plus chaleureux encore que l’hôtesse de maison.
En poussant la porte entrouverte qui grinça terriblement, elle se laissa penser qu’Adeline avait abandonné cette maison bien avant de partir pour l’Ancien Monde…La salle dans laquelle elle se trouva alors était celle qu’elle cherchait ; la chambre. C’était une pièce modeste, des murs décolorés et griffés par des animaux sauvages, un lit défait et sal, un vieil ordinateur dont les chances de démarrer étaient faibles, et un bureau sur lequel se trouvaient des piles de documents enfouis sous des toiles d’araignées et des tiroirs vomissant de classeurs et de cours d’histoire…
Après avoir déposé sur le lit la guitare dont la sangle commençait à lui faire mal à l’épaule, Anna prit place sur le fauteuil du bureau et souffla toutes la crasse qui condamnait le meuble sur lequel son amie Adeline avaient dû passer tant d’heures…Elle prit quelques documents au hasard ; il s’agissaient de vieux, très vieux journaux en papier d’imprimerie jauni, datant d’avril de l’an deux milles trente-quatre…L’investigatrice examina la première de couverture : « LA COLERE DE DIEU S’ABBAT SUR PARIS ! » la photo représentait une scène apocalyptique, des gens affolés courant dans tous les sens, d’autres gisant à genoux, joignant les mains au niveau de leur front. En arrière-plan des flammes, encore des flammes…Le deuxième journal représentait la même scène sous un autre angle. Un encadré disait : « Après la guerre, la peste, les accidents nucléaires et les anomalies climatiques, la ville de Paris a été la proie, hier, d’un des plus grands attentats qu’ait connu l’humanité, et que certains qualifient déjà de vengeance de Dieu. »
Adeline avait dû trouver ces journaux après maintes recherches…et sa curiosité pour ces fameux événements avait dû l’emmener jusqu’à Paris…Anna reposa les journaux qu’elle avait dérangé et ouvrit un tiroir. Il y avait à l’intérieur plusieurs disques durs, toujours de vieux documents et des photos d’hommes, une dizaine, certainement ses amants…Elle fouilla encore un peu plus, et soudain, ses recherches s’arrêtèrent. Anna se sentit rapetisser, comme si tous les regards du monde en cet instant se posaient sur elle…« Impossible » pensa-elle. Et en effet, c’était impossible. Son attention et son avant-bras sortit du tiroir, elle tenait dans sa main une petite photographie relativement bien conservée, car elle datait de plusieurs années. On y voyait une adolescente au visage arrondi, avec de petits yeux en amande et noircis, bien que la couleur n’était pas claire, un petit sourire timide entre de petites lèvres roses et de grands cheveux noirs…La fille de la photo, c’était elle…
Tout devint trouble dans l’esprit d’Anna…Comment une photo d’elle avait pu arriver chez son amie à qui elle n’avait jamais envoyé de photo ? Peut-être qu’Adeline était plus qu’une anonyme de l’autre côté de la frontière ; c’était une espionne chargée de lui sous-tirer des informations…Peut-être même qu’Adeline n’avait jamais existé et que tout ce que vivait Anna depuis ces deux derniers jours n’était qu’une odieuse mise en scène…
Lorsque cette dernière idée l’effleura, elle fut comme piquée par une mouche, pensant avoir compris quelque chose, elle se retourna rapidement en poussant un balbutiement de sanglot en repoussant la photographie, mais il était trop tard…L’étrange voix de l’hôtesse de maison résonna de nouveau : « Bienvenuuuuuu… » Quelqu’un venait de rentrer dans la maison…
Sans réfléchir et à toute vitesse, Anna plongea pour se cacher sous le lit qui était derrière elle. De ce refuge, elle entendit la porte d’entrée se refermer dans la pièce d’à côté. Il y eut un long flottement durant lequel elle réalisa qu’elle tremblai de peur et que ses yeux commençaient à tirer sur leurs larmes…Qui était ce nouveau-venu ? La famille d’Adeline ? Adeline elle-même ? Un squatter ? En tous cas, elle n’avait pas intérêt à se faire remarquer en ces lieux…
Puis elle prêta oreille aux pas qui résonnaient dans le salon. Ils avançaient lentement, très lentement, et de plus en plus lourds…Mais ils se rapprochaient de la chambre d’Adeline…De son refuge, Anna put voir la poignée de porte tourner sur elle-même en émettant un léger crissement. Bientôt, la porte s’ouvrit, et Anna qui se trouvait pétrifiée par la terreur se rendit conte qu’elle s’était abandonnée à sa perte en laissant sa guitare sur le lit en dessous duquel elle était cachée…
Une chaussure de cuir apparut, puis l’homme tout entier se dévoila, c’était le fantôme…Cette fois, il n’y avait nul doute à avoir ; il la traquait…Un courant d’air passa dans l’entrebâillement de la porte pour répandre son souffle froid dans toute la pièce. Il siffla doucement, et sembla tournoyer autour du fantôme. Le visage toujours enfoui derrière le col relevé de sa veste brune et à l’ombre de son chapeau, l’homme à l’imperméable se posta au milieu de la chambre et inspecta les lieux du regard…
Anna était faite…Elle osa cependant dévisager la sinistre silhouette. Ses yeux s’arrêtèrent d’abord sur ses doigts squelettiques et noircis, comme atteint par quelque maladie cutanée…Puis le regard de la jeune fille grimpa le long du bras et trouva enfin la tête de l’individu. Jamais elle n’avait pu l’observer ainsi…Il lui sembla apercevoir au fin fond de la nuit qui régnait sur son visage le feu rouge et dansant de ses prunelles…Sa voix résonna, une voix froide et faible portée par les courants d’air qui l’enveloppaient. Puis les courants d’air n’apportèrent plus que le froid ; ils apportèrent de l’ombre, de la nuit…Les ténèbres suivirent le flot du petit vent et envahirent les murs, grimpèrent aux rideaux, occultèrent les fenêtres, masquaient les meubles et se répandirent sur le sol…Anna était momifiée par sa terreur…
Le fantôme se tourna alors vers le lit et décolla son bras du corps pour tendre son horrible main noire et moite vers Anna. Elle était repairée. Elle puisa sa force et son courage au plus profond d’elle et surgit de dessous le lit pour charger à toute vitesse sur l’homme. Ses mains se crispèrent sur son anorak, elle l’empoigna avec une force et une hargne animales et de tout son corps, elle renversa son adversaire. Une fois celui-ci à terre, la jeune femme ne prolongea pas l’affrontement car elle s’enfuit plus vite que jamais vers le salon, sans même se retourner ou récupérer sa si précieuse guitare qu‘elle choisit d‘abandonner là…
Ses pas claquaient violemment sur le plancher qui semblait vouloir s’effondrer à tout moment, elle faillit trébucher dans la précipitation de sa fuite car son regard se focalisait sur la porte de sortie. Elle se jeta dans un dernier effort sur celle-ci en présentant l’épaule et en un craquement mêlé au bruit du bois cassé volant en éclats, elle se retrouva couchée sur le flanc, étendue sur le palier qui donnait sur le jardin. Elle sentait derrière elle le fantôme la poursuivre toujours, son souffle froid enveloppait sa nuque et ses ombres s’agrippaient à ses jambes. Alors elle reprit sa course folle le long de l’allée et sauta par dessus la barrière avant de disparaître dans la rue, la terreur aux trousses…
Sa course folle s’arrêta au coin de la rue, Anna se plaqua le dos contre un mur et, la tête en l’air, la bouche grande ouverte, elle reprenait haleine avec difficulté pendant qu’une larme roulait sur sa joue. Elle allait se demander qui était définitivement cet homme à l’imperméable lorsque la terrifiante main noirâtre et mole de celui-ci, surgit de derrière l’angle du mur et se crispa sur le doux visage d’Anna. La pauvre jeune femme se débattit de toutes ses forces, elle hurlait et essayait en vain de griffer son agresseur, mais elle sentait ses forces la quitter. Elle vit le fantôme en face d’elle, bien plus grand et bien plus fort, elle vit briller deux lumières rouges dans les ténèbres de son visage, et pendant qu’elle sentit ce souffle de mort toujours là, elle perdit conscience et s’effondra de toute sa masse sur le bitume…
* * *
« -Les ombres ont été libérées.
-Il ne reste plus qu’à leur offrir ce monde, elles ont été son martyr depuis tout ce temps, l’heure de la vengeance a sonnée.
-Anna est arrivée parmi nous, elle se chargera bientôt et malgré elle de leur donner la lumière du jour.
-Elle a rejoint le cercle, elle ne pourra plus nous échapper maintenant.
-Qu’adviendra-t-il d’elle à présent ?
-Elle se réveillera demain au point prévu avec un léger mal de crâne, mais ne se souviendra pas de cette aventure. Ses derniers souvenirs remonteront au moment où elle s’est enfui de chez elle, pour une raison qu’elle aura oubliée.
-Il ne reste plus qu’espérer qu’ils ne mettent pas la main dessus en attendant que l’on retrouve les quatre autres…
-Je vous remercie une nouvelle fois. »
La main meurtrie de l’homme à l’imperméable tira le rideau qui les séparait de l’autre salle. Anna était étendue sur une table d’opération, sous une fine couverture de papier stérile vert, on pouvait voir sa poitrine respirer faiblement…