Il arriva finalement sur une plage de sable, où il déposa l’oiseau, et contempla le splendide panorama qui s’offrait à ses yeux. Sur sa gauche se mêlaient rochers escarpés, mer écumante et vagues en tous genres, s’entrelaçant violemment, se quittant puis se rejoignant de nouveau. Sur sa droite de hautes montagnes se dressaient fièrement, se perdant dans le ciel, impénétrable forteresse aérienne, et dont les sommets blancs jouaient parmi les nuages de même couleur. Tandis que, devant lui, se dressait une fière forêt, dense et chaleureuse. Une multitude d’arbres s’entrelaçaient, et leurs dorures verdoyantes étaient baignées dans une vague ensoleillée qui créait de sombres intrigantes sur le sable. Perdu dans ce monde nouveau pour lui, Korialstraz fût extirpé de cette torpeur passagère par un cri dans son dos. Aussitôt, sans même comprendre pourquoi, il fit un bond sur le côté, et entendit un vif sifflement le long de son flanc gauche.
- Joli réflexxxe, Korial, prononça une voix dans son dos.
Non, il ne pouvait se tromper, c’était bien le moment qu’il attendait depuis si longtemps. Il allait enfin pouvoir venger son peuple, et se venger par la même occasion.
Sans mot dire, il se retourna tout en tentant de frapper son adversaire, en s’aidant du mouvement de rotation. Aibe esquiva d’un retrait du buste, avant de siffler et de frapper avec sa rapière. Cette dernière, fine et aiguisée, semblait faîte d’une main de maître. La lame, légèrement incurvée et luisante donnait une impression de perfection, tandis que le pommeau, en acier gravé, donnait un sentiment [de solennité très profond(???)]. Malgré cette aura de beauté qui en émanait, quelque chose lui donnait un air macabre, probablement dû au fait qu’elle glaçait les os.
Korialstraz ne se laissa pas pour autant démonter, et para le coup en tournant son bâton.
Les deux Iksars entamèrent ainsi un duel animé par la vengeance. L’un voulait se venger de son compagnon qui n´avait pas su le protéger, l’autre voulait se venger d’un ami qui l’avait tant fait espérer.
Les armes s’entrechoquaient violemment, créant de fines gerbes d’étincelles. Aucun des deux opposant ne semblait faiblir. Chacun mêlait feintes, bottes, ou coups meurtriers, mais à chaque fois ils étaient parés. Une lueur de malice voguait dans les yeux d’Aibe. Soudain, ce dernier effectua un salto arrière, et ses mains s’enveloppèrent d’une teinte noire. Il psalmodia une incantation dans un langage venu du fin fond des temps, et une Claymore apparût dans sa main gauche. Cette dernière était sortie du fin fond des ténèbres. Elle ressemblait à un nuage de fumée opaque, noire comme une nuit sans étoiles. Aibe jeta alors sa rapière, qui s’écrasa contre le sol, et empoigna sa nouvelle création. Il la fit alors virevolter en tous sens, créant un son mélancolique et démoniaque. Puis, sans crier gare, il s’élança vers sa proie dans un cri strident. Korialstraz sentit la peur lui faire frissonner les écailles, mais sa haine reprit bien vite le dessus, et il frappa. Il n’entendît pas le choc habituel, ni même ne sentit une résistance au niveau de la garde de son arme. La seule chose qu’il vît, ce fût un éclair noir, spectral et mortel. En effet, le coup était dirigé au niveau du cœur, et sans même ressentir la moindre douleur, Korialstraz baissa le regard vers son thorax. Il entendit alors un cri strident, et vit un nuage blanchâtre tomber devant lui, accompagné d’un son sourd et d’un corps immobile dans le sable. L’oiseau s’était placé entre la lame et le cœur. Sans même réfléchir, Korialstraz déversa sur Aibe une pluie de coups, que ce dernier eût du mal à parer, en raison de leur violence. L’Iksar était en transe, folie meurtrière et dévastatrice.
Il sentît de nouveau cette étrange force monter en lui, ce flot inexorable de puissance à l’état brut.
Un halo rougeoyant l’enveloppa, tandis que des runes mystiques se dessinaient dans l’air. Du magma pur se déversa dans sa paume, sans lui infliger la moindre brûlure. Il bouillait, susurrait insultes en tous genres, frappait le sable de ses pattes arrières, griffues, faisait voler « Opale Nacrée » en tous sens. La boule de magma atteignît enfin la taille d’un poing. Il plia alors le bras en arrière, et le déplia violemment dans un geste brusque mais précis. Aibe n’eût pas le temps de réagir, mais parvînt néanmoins à limiter les dommages qui auraient pu lui être infligés. En effet, il retira son corps en arrière, tout en pivotant légèrement. La boule de magma ne le percuta pas, mais déchira la chair, les muscles, tendons et os. Elle lui désintégra littéralement le flanc droit, en lui arrachant un horrible cri, parvenu du fin fond des enfers. Korialstraz frémit, avant de vaciller lorsque la « Magie » se déroba de lui. L’autre Iksar, quant à lui, s’enfuît dans la forêt avoisinante en continuant de siffler, aussi fort qu’il le pût.
Korialstraz, maintenant seul, s’agenouilla alors. Il n’allait pas poursuivre le traître maintenant, mais il le traquerait plus tard, en ce moment il était bien trop stupéfait. Il se pencha lentement, solennellement, et ramassa la dépouille de l’oiseau. Il se devait de lui offrir une sépulture correcte, car il lui avait sauvé la vie. Il saisit donc le corps, inerte, puis le leva vers les cieux, au dessus de sa tête. Il récita alors une incantation, destinée aux dieux, présents ou pas :
- Vajjjëno yabal skidiza faëlonen jierda.
Ce qui voulait à peu près dire : « L’âme aux cieux, l’honneur immortel »
Ensuite, il détacha quelques plumes, délicatement, qu’il serra entre ses griffes, avant de souffler dessus. Elles s’envolèrent, se mouvant au gré des courants, se perdant dans l’azur infini du ciel. Puis, lorsque les plumes furent hors de de vue, Korialstraz se retourna, le plus lentement possible, et creusa un léger trou où il déposa le corps. Il traça alors sur le sable des runes qui étaient transmises dans sa culture, avant de s’asseoir, en tailleur, et méditer.
Oui, c’était probablement beaucoup pour un simple animal à plumes, mais, il était lui-même un animal, à écailles, et il avait tant du lutter contre la mort, qu’en ce moment il avait envie de pleurer. Cette « bête » lui avait sauvé la vie, en dépit de la sienne, il lui était reconnaissant, tout simplement…
Il pria donc les dieux, essaya de calmer sa haine, l’espace d’un instant, et sombra dans une rêverie où moments vécus et silhouettes difformes se mélangeaient.
Ce ne fût qu’après de longs instants qu’il se releva, et qu’il partît en direction de la forêt.
Partout des arbres dressaient fièrement leurs troncs, sur lesquels quelques rayons de soleil filtraient. Une chaleur étouffante envoûtait les lieux, tandis que l’Iksar franchissant quelques fougères. Soudain, au détour d’un arbre, au tronc d’ébène, ce fût le choc…