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Il était là, devant une mer céleste turquoise. Il n’y avait rien, rien que du vide et des rochers flottant dans cette espace. Il avança quelque peu, pour contempler ce qu’il y avait en dessous de lui. Il vit alors une masse cotonneuse et blanchâtre. La vérité s’offrit à lui comme un coup de masse sur le crâne. Il était isolé, perdu au beau milieu de cet espace. Il n’y avait rien autour de lui, et rien pour le mener alentour. Il se résigna donc à attendre, et chercha à comprendre. Il posa sa torche, et s’assit durant de longues minutes, dont il se servit pour réfléchir. Aucune solution ne lui vint. Résigné, il chercha alors à voir l’état de ses plaies, qui ne le faisaient presque plus souffrir. Il attrapa un bout de bande, qui dépassait de son omoplate gauche. Alors, il tira dessus, et déroula le tissu d’autour de son épaule, blessée. A son grand soulagement, il n’y avait plus de traces, la blessure s’était refermée et il ne restait plus qu’une fine cicatrice ondulante. Il défit ensuite ses autres bandages, quatre au total, puis remit ses habits et recommença à se demander ce qu’il pourrait faire. Ses pensées divergèrent vers Jacen, au moment où ce dernier pensait à lui.
La frustration le gagna, ne sachant comment s’en aller d’ici. Il décocha un grand coup de pied dans la torche, qui s’envola. Il détourna son regard, puis se recroquevilla sur lui-même. Il se reposait, se calmait, et demeura ainsi de longues minutes. Finalement, il décida de retourner dans son trou, de cacher le gobelin et de faire mine d’être souffrant. Mais la porte n’était plus, il n’y avait que cet à-pic rocheux, entourée, perdu, dans cette mer turquoise. Puis, son regard se posa sur une tâche, au loin, immobile. Il chercha à découvrir plus précisément ce que c‘était, et comprit qu’il s’agissait de sa torche. Il n’en revenait pas, elle était là, immobile, flottant dans le vide. Il tâta alors, du pied, l’espace entre sa torche et lui. Il n’en revenait pas, il sentait quelque chose de dur sous sa main. Un sol invisible à l’œil nu. Il s’engagea alors, posant un pied, puis deux. Il était ainsi, perché dans le vide, avec cette sensation de légèreté qui l’enveloppait. Il aurait voulu courir, se jeter dans les cieux, planer. L’espace d’un instant, il se crut oiseau. Mais bien vite, il retourna à la réalité. Il devait marcher, avancer pour retrouver ses amis. Peut-être étaient-ils en train d’attendre sur leurs a-pics rocheux ?
Il continua d’avancer, précautionneusement, posant un pied devant l’autre, cherchant son chemin dans l’incapacité de le voir. Il faillit tomber à deux reprises, lui créant ainsi des bouffées de stress, mais il restait vivant, et continuait inexorablement son chemin…
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Korialstraz savait très bien où il se trouvait, il l’avait appris durant son coma. Ainsi il resta immobile, impassible, cherchant à vraiment tout comprendre. Jamais il n’avait été aussi désorienté que lors de son voyage dans l’inconscient, dans un monde où il n’y a que vérité. Et ce qu’il y avait appris l’avait horrifié… Smaug… Comment cela se pouvait-il qu’il en soit ainsi ? Jamais il n’avait entendu parler de cela… Et zut ! Il devait le tuer, pour tout le mal qu’il lui avait fait subir, malgré cette vérité, malgré l’impuissance dont il faisait preuve…
Il se trouvait également dans une de ces cellules obscures, ces trous à rats, puants et dégoûtants. Pourtant, il était serein, on ne le tuerait pas en traître, du moins Smaug ne l’oserait pas. Il l’espérait et le croyait vraiment… Il entendit le bruit d’une clé s’introduisant dans une serrure, puis une fine lumière engloutit les ténèbres environnantes, et un petit être, vert et malsain, entra. Ce dernier ouvrit la porte de la cellule de l’Iksar, et le conduisit en dehors. Korial ne résista pas, cela ne servait à rien. Alors il franchit la porte, et demeura intrigué, pas stupéfait. Il venait de quitter ce trou obscur pour un espace infini, turquoise et étrange. Il était sur un à-pic rocheux, noyé dans une mer où flottaient de gros blocs de pierres, ballottés en tous sens. D’un côté, cela ressemblait étrangement à l’océan d’où il venait, d’un autre, cela devait être ce que l’on appelait « l’espace ». Le gobelin lui indiqua d’avancer, mais pour aller où ? Il n’y avait rien ; rien que du vide et une masse cotonneuse et blanchâtre sous ses pieds. Pourtant, il savait qu’il devait faire confiance à ce petit bout d’homme. Il avança donc, et à son grand soulagement, un sol, invisible, résidait sous ses pieds. Il regarda ensuite le gobelin, qui lui indiqua de suivre le Nord. Et ce fut ainsi que l’Iksar avança, en direction d’un Nord où il ne savait pas ce qu’il y avait…
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Jacen n’en revenait pas. Cirion était bien libre, et il venait le sauver. Là, devant lui, son ami arrivait en courant, brandissant une dague. Le gobelin avait sorti la sienne, et bientôt le métal hurla. La passe d’armes fut de très courte durée, et dans un gargouillis sinistre le gobelin s’affala sur le sol. Récupérant alors la clé, qui pendait à la ceinture du mort, l’Ombre détacha le Lycaon, et, après quelques brèves explications, tous deux continuèrent leur chemin dans la direction indiquée un peu plus tôt par le gobelin qui, maintenant, gisait sur le sol. Ils avancèrent ainsi, durant de très longues minutes, interminables d’après eux. Cirion n’en pouvait plus, il en avait assez d’avoir peur de poser le pied, de devoir vérifier si le sol continuait devant lui. Jacen était épuisé, ses blessures avaient mis un peu plus de temps que celles de l’Ombre pour cicatriser. Ce fut finalement, lorsque l’espoir avait disparu, que, au loin, se dressa la silhouette d’un de ces à-pic rocheux. Regagnant espoir et détermination, les deux pressèrent le pas. Un pas qui fut malheureusement trop incertain. Cirion, qui avait oublié l’espace d’une seconde de vérifier où se posait son pied, marcha dans le vide. Sa jambe s’enfonça en dessous du sol invisible, et bientôt il perdit l’équilibre. Jacen, qui était trop loin pour l’aider, ne pu que tendre un bras impuissant et contempler le regard effrayé de son ami. Cirion tomba. Ses bras se mouvaient dans l’air, essayant de freiner la chute. Il ne cria pas, c’était inutile. Ce fut ensuite le choc, qui intervint après une chute d’une lenteur indéfinissable. Il sentit ses os craquer, mais sa colonne ne se brisa pas. Une douleur effarante déferla dans tout son être, et il ne pu s’abstenir de crier. Oui il avait mal, et son honneur il le mettait de côté. Il souffrait trop pour contenir ses émotions. Jacen, qui le regardait d’en haut, fut extrêmement soulagé. Son ami était tombé sur un sol invisible un étage en dessous. Il n’avait pas fini sa chute dans la masse cotonneuse, bien qu’elle eut peut-être pu amortir les dégâts, ou alors fut-elle aussi peu consistante qu’un nuage et que Cirion ne la traversât et ne s’écrasa sur un quelconque sol. Jacen hurla, à s’en arracher les poumons, mais l’Ombre ne l’entendit pas tout de suite ; il du réitérer. Alors Cirion ouvrit les yeux, embrassa sa survie d’un regard embué de larmes et aperçut Jacen qui agitait les bras. Il rassembla ses dernières forces et donna ses dernières prières au Lycaon :
- Pars, je t’en supplie. Je te rejoindrais quand j’irais mieux. Korial à besoin de toi, tu ne peux rien pour… moi !! !
Il avait hurlé ce dernier mot et éclata en pleurs. Jacen, le cœur brisé, se résigna à partir. Il croisa alors le regard de son ami, et vit son temps compté. Ainsi il lui fit ses adieux, et se promit de ne plus jamais laisser un de siens, car il le considérait tel quel, mourir.
- Adieu, mon ami. Rejoins ce monde où tu ne te battras plus. Ton combat s’achève maintenant, le mien continue. Je te retrouverais dans ce monde ou dans un autre, je te le promets !! !
Cirion reçu le message, mais ne pu répondre car ses forces l’abandonnaient. Il vit un voile blanc devant ses yeux, puis son cœur se bloqua, et dans un spasme de souffrance, il pensa, une dernière fois, à Korialstraz et à Jacen, ses deux amis. Il s’éteint, laissant derrière lui un foyer plein de vigueur, mais dont il était la source. Ses paroles s’envolèrent dans un dernier soupir, note théâtrale mais inaudible d’un spectacle touchant son terme. :
- Adieu…
Jacen repartit peu après, le cœur lourd, les mains moites, les jambes défaillantes. Il continua sur la route indiquée, sans prendre grand soin d’où il posait ses pattes. Puis, il arriva finalement à cet à-pic tant convoité.
Devant lui se dressait un bâtiment en pierres, composé d’un socle plutôt large, avec deux cercles rocheux, formant deux voûtes, reposant sur ce même socle. Lorsqu’il arriva, il vit un de ces maudits gobelins, suivi par un être dont il ne pu voir le visage mais comprit de qui il s’agissait. Il vit le gobelin prononcer une phrase, qu’il ne comprit pas. Alors, par magie, les deux arches se mirent à tourner, de plus en plus vite, devant les yeux écarquillés du Lycaon. Bientôt, elles fusionnèrent et créèrent une porte, semblable à un mur d’eau, sur laquelle le vent créait de fines ondes. Korial entra, suivi du gobelin. Et, bien qu’inquiet, Jacen les imita. Son corps se dématérialisa et il crut qu’on lui gela chacun de ses atomes. Il eut ensuite la plus folle des sensations de vitesse qu’il n’ait jamais connues, puis ce fut le clame, plat, étrange, inquiétant. Enfin, il sentit une violente poussée dans son dos, qui faillit lui rompre l’échine, et il s’effondra sur le sol. La chaleur le ré envahit, il se releva, rouvrit les yeux, et resta figé de stupeur…