Chapitre 12 : un destin voilé
Le jour avait atteint son point culminant dans le ciel, alors que les trois rebelles quittaient Kalm pour entamer une marche pénible dans les plaines voisines. Gin et sa sœur essayaient à présent de comprendre la personnalité de Selenn. Lui qui semblait sympathique et léger comme à son habitude, avait soudainement révélé une attitude sûre, posée, et sans pitié. Digne d’un général rebelle. il marchait en tête de groupe, sans parler, ni même se retourner. Gin se risqua à lui poser une question.
- euh… ou va-t-on ?
- nous partons pour Junon, lui répondit-il sans attendre.
- Junon ? ! S’étonna Cylia.
- mais c’est super loin ! Et euh… pourquoi aller là bas, la shinra y est présente…
- justement, il y a là bas des réponses à vos questions, dit-il en se retournant sur eux.
Gin prit un temps d’arrêt et poursuivit.
- nos questions…
- en route, coupa Selenn.
Ils continuèrent leur avancée. Le soleil défilait sur son axe incurvé, à l’horizon. La fatigue montait peu à peu, et c’est au coucher de l’astre qu’ils établirent un campement jusqu’au lever du jour.
Cylia s’affairait à attiser le feu, tandis que Gin avait ôté sa veste pour s’en faire un appui tête, allongé par terre. Selenn contemplait les flammes naissantes, d’un œil éteint. Ses longs cheveux bruns renvoyaient ces lumières dansantes. Il serra de plus belle les bandages qui l’entouraient.
- pourquoi ne pas avoir loué un ou deux chocobos… râla Gin.
- il faut être discret, répondit Selenn dans un état de demi sommeil.
Cylia parvint enfin à faire naître un feu respectable. Elle se leva et soupira, épuisée. Elle vit Selenn, nonchalant, et son frère, recroquevillé dans son coin, et maudissant le général. Après une courte réflexion, la compagnie de Selenn lui semblait préférable à celle de Gin. Elle vint s’asseoir à ses cotés. Lui, revint à ses esprits, et posa son regard sur elle.
- … qui était ce vieil homme à Kalm ? demanda-t-elle
- … Zelel, professeur Zelel, directeur du centre scientifique de Midgar, présidé lui-même par la Shinra.
- tu as l’air de le connaître…
- … il est assez célèbre
- …
- nous surveillons les débouchés scientifiques, car il est parfois questions de médicaments et de remèdes efficaces.
- je vois… dit moi, que crois tu que nous trouverons à Junon… ?
- … nous verrons sur place, termina-t-il en s’allongeant sur le dos.
Cylia resta accroupie, encore sur sa faim. Elle le contempla longuement. Il a lui-même les réponses pensa-t-elle.
Elle se laissa finalement aller au sommeil, à son tour, et s’étala dans l’herbe. La vie nocturne prit place. Une fanfare de divers cris et hululements étaient en éveils.
Le lendemain matin, ils se remirent en route sans plus attendre. Selenn restait toujours aussi énigmatique, tandis que Gin prenait un malin plaisir à faire craquer toutes les articulations de son corps, sachant que sa sœur avait horreur de ça. Quelques heures plus tard, ils arrivèrent sur un terrain poussiéreux. La verdure avait totalement disparue pour laisser place à une terre aride et non-acceuillante.
- euh… qu’est ce que… dit Gin
- c’est un ancien marais. Il y vivait une créature qui dépassait l’entendement. Le zoloom. Mais suite à la disparition de son milieu, le serpent disparut.
Le général ouvrit le pas sur cet endroit, suivit des deux jeunes rebelles, découvrant le monde extérieur avec stupéfaction. Un arc voûté creusait un passage dans la roche de la montagne un peu plus loin. Deux gigantesques statues reptiliennes en ornaient l’entrée. Cylia observait attentive, la pupille fendue du gigantesque animal, un frisson lui parcourant le corps.
- ça a vraiment existé des trucs comme ça ? demanda Gin d’un air perplexe.
- … ça existe toujours, répondit Selenn, amusé.
Gin se glaça sur place, tandis que le jeune général fit son entrée dans la grotte. Cylia passa aux cotés de son frère et lui tapota l’épaule, un sourire aux lèvres. Ils percèrent finalement l’obscurité inquiétante du lieu. On ne pouvait entendre que les gouttes d’eau perlant des stalactites, et allant s’écraser sur le sol dans une résonance étonnante. Cela donnait naissance à un concert naturel, des mélodies invoquées par la fonte des glaces. Gin fit quelques mètres les bras tendus devant lui, le temps que ses yeux s’habituent aux ténèbres du couloir dans lequel ils s’étaient enfoncés. Selenn les guida dans les profondeurs, en faisant naître un faible brasier, flottant à quelques centimètres de la paume de sa main. La lumière ainsi projetée sur les murs leur fit découvrir un chemin grossier, violemment taillé dans la pierre. Ils avançaient à présent depuis une dizaine de minutes et Gin commençait à s’impatienter, car il trébuchait très régulièrement sur les pierres restées sur le chemin, pile en travers de sa route. Soudain, à la stupéfaction de tout le monde, une lumière apparut au loin. Elle virevoltait environ un mètre au dessus du sol, et faisait des aller retours gracieux de gauche à droite. Elle partit à toute vitesse dans leur direction, une longue traînée de flamme suivant son parcours. Alors que les trois jeunes rebelles prirent conscience de la menace, la boule e feu vint exploser le plafond, en équilibre précaire, juste au dessus de leur tête. Dans un élan collectif, ils se jetèrent en avant, alors qu’une avalanche de pierres dévastait le chemin derrière eux. Après avoir échappé de justesse à ce déluge, ils se relevèrent à toute vitesse. Un homme se tenait dans l’obscurité, seulement éclairé par les lueurs du feu qui naissait dans ses mains. Le sang de Gin ne fit qu’un tour. L’homme qu’il avait vu à Kalm… le visage recouvert par l’ombre de sa capuche, un long manteau le recouvrait intégralement. Un sourire narquois ornait son visage, à demi deviné. Cylia brisa le silence qui s’était installé.
- encore un agent… soupira-t-elle.
- non ce n’en est pas un… répliqua Selenn.
On pouvait lire une certaine inquiétude sur le visage du général. Il n’était pas habituel de le voir dans de tels états. Gin quant à lui, restait immobile. Il était sûrement l’homme qui les avait mit en garde en ville, contre les agents. Peut-être n’était-il pas une menace… mais à la vue de sa façon d’attirer l’attention, il se dissuada de cette idée. Le passage derrière eux était à présent obstrué. L’individu fit quelques pas vers eux, puis prit finalement la parole.
- pourquoi, pourquoi se donner tant de mal ? dit-il en soupirant. Sa voix donnait naissance à quelques échos caverneux, qui se répercutaient sur toutes les parois.
- quoi ? répondit Cylia désemparée.
- pourquoi, dans quel but, pour quelle raison ? Ma question est elle trop complexe ?
- pour qui travailles tu ? Lui lança Selenn.
- tiens ? Mais en voilà une surprise… que fais tu ici ? Ça fait tellement longtemps.
- que… qu’est ce que tu dit ? Je ne te connais pas !
- mais si, tu me connais. Mais la question n’est pas là. Tu es important Selenn, mais eux sont primordiaux.
Cylia et son frère restèrent muets et désemparés,face à ce discours pour le moins intriguant. L’inconnu se tourna vers eux.
- comment va ? Gin…