Chapitre 10 : la première étape
Après quelques minutes de marche, l’herbe verdoyante, fit place aux pavés soigneusement encastrés, sous leurs pieds. Un village bien loin de toutes les misères que subissait midgar. Le soleil inondait chaque ruelle, et ils durent plisser fortement les yeux, pas encore habitués à de telles clartés. Chaque habitant vaquait à ses occupations, dans une ambiance estivale. Gin contemplait la place du village. Son regard croisa celui d’un homme, adossé à un mur, qui le fixait droit dans les yeux. Il était revêtu d’une cape noircie de terre, enroulée le long de son torse, jusqu’à la taille. Une large capuche, lui cachait l visage derrière un fin rideau d’ombre. Mais on pouvait deviner derrière cette obscurité artificielle, de fins traits, ainsi qu’un sourire largement prononcé, presque sournois. Quelques mèches de cheveux s’échappaient, devant son visage. Gin se stoppa net, sans que Cylia ni Selenn ne le remarquent. Le mystérieux homme restait dans le fond de la cour, appuyé au mur, les bras croisés. Un sentiment profond envahit le jeune homme, au fur et à mesure qu’il le regardait. Une suée froide lui parcourut le corps. La voix de sa sœur retentit derrière lui, presque inaudible. Après quelques secondes, il se retourna vers celle-ci, qui lui faisait signe de venir. Il acquiésa d’un bref signe de tête, et se retourna vers l’inconnu, qui avait à présent disparu. Tous les sons avaient disparus autour de lui, et tous reprirent en même temps. Dans un soupir, il détourna son regard du mur, et fit volte face pour se diriger vers l’hôtel où l’attendais sa soeur, sur le pas de la porte. Elle aperçut son air tendu et absent, en s’empressa de lui demander ce qui n’allait pas.
- non… ce n’est rien. En fait… j’ai cru… voir un homme adossé, là bas. Il… me souriait.
- tu penses que c’est un officier ?
- … …peut-être bien.
- bon rentrons, Selenn nous attends.
Ils passèrent le cadran de chêne de la porte d’entrée, et se dirigèrent directement vers l’escalier du fond, donnant sur les chambres. Leur compagnon les attendait là, assis sur un des lits qui meublaient la pièce. Il scrutait le sol d’un air grave, comme soudain calmé de son engouement. Cylia s’étala sur un lit et se laissa aller dans un demi sommeil, tandis que Gin se dirigea vers la fenêtre, pour s’allumer une cigarette. Il jeta un dernier regard à l’endroit où l’inconnu était apparut, puis s’en retourna vers ses compagnons.
- eh bien. Nous voilà fugitifs, rebelles, recherchés du gouvernement.
- c’est un beau palmarès, dit Selenn ironiquement.
- j’en ai toujours rêvé d’un comme ça, surenchéri Cylia.
- on ne doit pas rester longtemps ici, c’est la ville la plus proche de midgar. Les officiers vont venir ici en premier, annonça Gin.
- ils sont peut-être même DEJA là… insista sa sœur, en sortant la tête de son oreiller.
- sûrement même, termina Selenn.
- il ne faut pas sous estimer le gouvernement je sais, mais je doute qu’on voit un agent débarquer ici tout de suite, dit Cylia.
Ils furent interrompus dans leur conversation, par de grands coups qui retentirent sur la porte de leur chambre. Gin fit volte face énergiquement, et laissa tomber son mégot à terre. Il porta sa main à sa lame instinctivement. Selenn se leva d’un bond, et sortit ses deux calibres. Cylia avait toujours gardé une main sur ses dagues, et les serrait plus que jamais. Selenn se dirigea lentement vers la porte, les mains crispées sur ses crosses. Sous le regard de Cylia et de son frère, il posa une main sur la poignée. Après un court temps de pose, il ouvrit la porte en fracas, et en faisant tournoyer ses révolvers dans ses paumes, il les braqua finalement devant lui. Un homme, d’âge moyen se tenait devant lui. D’habits marchand, quelques foulards venaient nouer les différents tissus qui le recouvraient. Visiblement, il n’avait pas encore réagit à la situation. Deux canons de gros calibres étaient braqués devant lui. Il posa son regard sur les armes, et sembla pâlir brusquement.
- u.. u, u, un un message p. pp pour vous.
Selenn relâcha la tension, et dans un soupir de soulagement, rabaissa ses armes. Il saisit le colis des mains tremblantes de l’homme, et referma la porte, alors que celui-ci était toujours figé derrière. Il jeta un regard à la lettre. Elle était salie de poussière, et nouée de quelques cordelettes effilochées. Seules quelques lettres étaient écrites sur le devant du papier. « Gin »
Le jeune rebelle, rangea ses armes dans sa veste, et lança le message à Gin, qui le rattrapa en précipitation, surpris que ce message lui soit adressé. Il déchira l’enveloppe, et en sortit un papier jaunit. Sa sœur le vit froncer les sourcils en parcourant le message des yeux.
- de quoi ça parle ?
- … …ça dit « ils sont ici, partout ».
- t’as une idée de qui peut bien t’avoir envoyé ce message ?
Le mystérieux inconnu de tout à l’heure parcouru l’esprit du jeune homme. Il resta muet quelques secondes.
- non je ne vois pas, mentit-il.
- ça parle sûrement des officiers. On nous met en garde, dit fermement sa sœur.
- celui qui a envoyé ça, connaît donc nos problèmes, annonça Selenn.
- mais pourquoi nous prévenir. Comment sait-il.
- sûrement un piège, termina Cylia
- quoi qu’il en soit, nous ne devons pas rester ici, car si même si ses intentions sont mauvaises, nous sommes repérés.
Ils venaient à peine d’arriver, qu’ils étaient déjà contraints de partir. Après avoir dévalé l’escalier menant au rez de chaussée, ils sortirent de l’immeuble, pour se retrouver sur la place. Celle-ci était à présent déserte. Elle s’était vidée en silence, sans que nos compagnons n’aient pu remarquer un changement depuis l’hôtel. Une tour lointaine faisait retentir le son paroissial de sa cloche. Gin leva les yeux vers le ciel
- l’atmosphère est différente. L’orage approche.
Un individu drapé se présenta à eux, accompagné d’un second homme. Ils venaient d’apparaître, derrière l’immense puit à mako, qui occupait la place. Le premier homme semblait agé, son visage était orné de fines lunettes, et son corps semblait trop faible pour le combat. En revanche, le second était parfaitement équipé pour se battre. Différentes armes étaient à moitié cachées sous sa veste. Le premier homme pris la parole dans le silence glacial qui occupait le village.
- ainsi vous voila enfin. Gin, Cylia. Je crois que ce sont les noms que votre mère vous a donné.
- qui êtes vous… demanda Cylia
- il est assez impressionnant, voire attendrissant de voir à quel point un être peut évoluer, continua le premier individu. Je suis le professeur Zelel.
- que …?! L’homme que j’ai vu dans mon rêve.
Le professeur dévoila son visage en ôtant sa cape. L’âge avait eu une grande emprise sur lui. Ses cheveux déjà grisonnants le faisaient entrer dans la troisième tranche de l’âge. Gin restait bouche bée, tandis que Cylia et Selenn restaient de marbre, sans remarquer la réaction de leur compagnon
- des enfants comme vous… faites la fierté de midgar, annonça zelel.
- … ? ! Comment, que voulez vous dire… dit Cylia désappointée.
- il est inutile que vous le sachiez répliqua-t-il. Vous appartenez à midgar, vous devez servir cette ville…
Un soupçon de regret était contenu dans son regard, comme si son discours, bien qu’ayant un aspect autoritaire, restait forcé, et prononcé contre son gré.
- qu’est ce qui se passe ici… reprit Selenn.
- je vois que nous avons affaire à un des célèbre général de midgar, prononça enfin le second homme, qui s’était avancé de quelques pas. J’ai ordre de vous ramener, de gré ou de force.
- ils ont tous les mêmes mots à la bouche, à croire que ça fait partie de leur formation… soupira Gin.
- … fais attention. Ces enfants sont précieux, dit le professeur à l’officier.
A l’entente de ses paroles, Gin fronça les sourcils.
- on ne va pas se laisser faire quand même…
- bien sûr que non… dit sa sœur en sortant ses dagues. Selenn, laisse nous régler ça. C’est nous leur cible, alors reste sur le coté, et n’intervient qu’en dernier recours, c’est notre affaire… qu’y a-t-il Gin ?
- c’est… ce scientifique, je l’ai déjà vu…
- quoi ? Où ça ?
- … dans un rêve…
L’agent, avait sortit un fin bâton de métal de sa veste. En donnant un coup devant lui, un effet télescopique, allongea celui-ci de quatre fois sa longueur.
- je ne traînerais pas, ricana-t-il
- comme c’est attentionné, ironisa Gin.
Dans un souffle de poussière, l’officier disparut instantanément. Gin et sa sœur écarquillèrent les yeux, en se mettant automatiquement sur leurs gardes, et en lançant des regards tout autour d’eux.
- bon sang où est-il ? ! Hurla Gin
- écoute. Dit elle en se stoppant.
Les bruits de pas de son adversaires se faisaient entendre tout autour d’eux. La poussière contenue sur quelques pavés, se soulevait, sans que personne n’y ai touché.
- je vois… il se déplace à une vitesse incroyable ! Ce n’est pas bon.
- on peut le suivre au son… ça risque d’être plus difficile que prévu. On dirait qu’on rencontre des officiers de plus en plus spécialisés…
Le vacarme grandissait autour d’eux. L’agent martelait le sol, de ses pieds, à une vitesse folle. Un fin sifflement se fit entendre, et Gin sentit l’arme de l’agent, frapper ses mollets, ce qui le fit basculer en arrière. Il s’écrasa au sol, et en voulant se relever, aperçut la fine barre de métal, tenue au dessus de sa gorge pour le maintenir par terre. L’homme se tenait assis en tailleur à coté de Gin. Cylia ne faisait pas un geste, trop impressionnée par la technique de cet homme.
- ( mon dieu… il est effrayant, il n’y a pas moyen que je discerne son mouvement, c’est trop fluide, et trop imprévisible…) se dit-elle
- gnn lâche moi ordure…
- ne t’inquiète pas tu ne souffriras pas.
Il brandit son poing, et en voulant l’abattre sur la tête de Gin, celui-ci balança ses deux jambes en l’air, et appuya ses paumes sur le sol pour se dresser sur les mains. Dans cette position, il rabattit ses jambes sur l’officier, qui disparut comme tout à l’heure, dans un souffle de vent et de poussières. Gin se remit debout, et passa quelques coups de mains sur ses vêtements.
- il est… dangereux… dit-il. Nous l’avons sous estimé.
Le bruit de pas repris autour d’eux. L’angoisse de ne pas pouvoir apercevoir son adversaire se faisait de plus en plus grande.