Chapitre 8 : Le combat pour la liberté.
La fine pluie qui tombait avait tourné peu à peu à l’orage, et des cordes d’eau torentielles martelaient à présent le béton cassé du sol, dans un bruit infernal.
-« je ne vous laisserais quand même pas prendre la fuite. » annonça l’agent, dévoilant des yeux emplis d’une folie meurtrière, sous la pénombre qui recouvrait ses traits de visage.
-« encore un officier… » dit le rebelle dans un long soupir.
Gin s’avança vers son adversaire, mais sa sœur l’attrapa par le poignet. Il se retourna vers elle.
-« qu’est ce qu’il y a ? » dit il en essayant de se dégager de son emprise.
-« tu sais bien que… » Elle jeta un regard sur ces nombreux bandages qui entouraient son abdomen « tu n’es pas en état… »
-« … » il s’arrêta net et la regarda longuement, subitement calmé par ces paroles. S’asseyant à terre en tailleur, il lui adressa un clin d’œil et lui dit « bon, alors je compte sur toi. »
Selenn s’avança à son tour vers eux, et fit face à l’agent. Ses vêtements trempés qui collaient à son corps laissaient apparaître par légère transparence, une musculature développée meurtrie de ses différentes blessures, plus ou moins importantes. Vraisemblablement, Gin et Cylia en venaient à se demander comment un tel garçon arrivait à tenir encore debout avec de telles émoragies.
-« je m’en occupe. »
-« … … …voila qui est amusant » dit l’agent d’un air vicieux et langoureux « … que viens tu faire ici Selenn ? »
-« ça ne te regarde pas » lui répondit sèchement le jeune homme »
Gin et sa sœur le regardaient interrogatifs.
-« l’officier le connaît ? » dit elle
-« je n’en sais rien, on dirait bien. Après tout, on vient de le rencontrer on ne sait encore rien de lui. »
-« … tout ce que je sais pour l’instant, c’est qu’il est en danger, lui aussi a l’air bien blessé. » répliqua-t-elle
Elle se leva des décombres qui l’entouraient, et se posta aux cotés du jeune homme, dégainant ses deux armes. Elle lui adressa quelques paroles tout en faisant tournoyer ses dagues dans ses paumes de mains.
-« tu n’as pas d’armes ? »
-« … si bien sûr. » répondit-il en tirant de l’intèrieur de sa veste deux revolvers.
Un ancien colt, pourvu de reflets métalliques, il renvoyait par endroits une couleur bleue foncée, sans doute éffacée par le temps. Un canon plus long que nature, et une crosse remplie d’entailles et de différents chocs, dans un fuselage absolument harmonieux. Le second fusil était un magnum, tout ce qu’il y a de plus récent, il portait lui aussi des marques d’usures mais moins présentes. Il adoptait une couleur gris clair, polie d’usage. Une large crosse entrait parfaitement dans la paume des mains, jusqu’à adopter la forme des phalanges de l’homme, le tout reposait sur un poids assez conséquent qui rendait la visée avec cette arme plus ardue que pour le colt.
-« tu manies les armes à feu ? »
-« non pas exactement, j’ai appris à manier une multitude d’armes. Une polyvalence bien utile, parceque contre des personnes comme ça… » Dit il en brandissant son colt vers l’agent. Il appuya sur la gachette à peine l’ennemi en ligne de mire. Ce dernier se jeta sur le coté, pour se receptionner en faisant une roulade au sol et se redressa aussitôt. « … Une seule arme ne suffit pas généralement, j’en ai rencontré de toutes sortes… »
- ( … … mais qui est-il ? )
-« bien. Tu es prête ? On va y aller ensemble. » Annonça-t-il en remplissant son magnum d’un long chargeur, claquant l’objet dans la crosse d’un geste vif.
-« euh… oui »
Sans prévenir, il se mit à courir à toute vitesse vers l’agent qui n’avait pas bougé d’un cil. Son long manteau flottait au gré du vent glacial parcourant les taudis en ruines. Arrivé à quelques mètres de sa cible, Selenn se propulsa sur la droite, à l’horizontale, armant ses deux revolvers vers son ennemi. En appuyant sur ses gachettes, deux particules de métals s’éjectèrent de ses canons, se projetant dans la direction indiquée. L’officier eut le temps de réagir en tournant sur lui, même, il évita la première balle, mais la seconde vint se loger dans son bras gauche. La vitesse avec laquelle elle l’avait percé, le déséquilibra quelques secondes, juste assez pour qu’il n’ait pas le temps de voir Cylia dans son dos. D’un geste circulaire brutal, elle lui envoya sa jambe dans la hanche, ce qui le propulsa sur le coté. Il rattérit au sol dans un long raclement. Le ciel obscur craquait bruyamment au dessus de leur tête et innondait les rues d’eau, qui se mélangeait à la poussière. Cela donnait un sombre mélange, salissant et opaque, qui ruisselait entre les batîments inoccupés, en morceaux. L’officier finit par se relever après quelques minutes au sol. Il pressait la main contre son bras et se tenait visiblement debout avec difficulté. Malgrès son apparence désormais déchue, son visage n’avait toujours pas changé d’expression et était encore imprégné de cette marque de folie dans les yeux. Comme en transe, il ne semblait pas présenter de sensibilité à la douleur qui devait l’assailler de toutes parts.
-« je vois que vous vous êtes améliorés. » ses paumes de mains s’illuminèrent d’une lueur blanche « mais malheureusement pour vous, nous avons reçu l’ordre de ramener les Strife, nous n’avons pas de place pour l’échec… »
En une fraction de seconde, l’eau qui coulait au milieu de la rue s’était solidifiée dans une longue trainée blanche, encerrant les pieds De Selenn, Cylia, ainsi que ceux de Gin un peu plus loin. Dans cet amas de glace, impossible de se dégager, les trois résistants y mettaient toutes leurs forces, mais rien n’y faisait. Même frappant cette couche crystallisée de leurs armes et de leurs poings, aucun résultat, elle semblait à toute épreuve. L’agent s’était mit en marche dans leur direction, boitant de son pas mal assuré suite aux précédentes attaques. Selenn pointa ses deux revolvers devant lui, et vida ses chargeurs sur son adversaire dans une fusillade démesurée. Comme hors de lui, ou sortit de sa nonchalance, l’officier dévia les projectiles en leur opposant une gigantesque bourrasque de vent. Elles vinrent toutes éclater quelques murs de bétons de plus, au loin. Arrivé devant à eux, il leur adressa un sourire narquois, et fit face au jeune homme désemparé.
-« alors Selenn, tu ne vois plus clair ? la peur peut-être, normal pour une vermine comme toi. » Dit-il en gagnant en colère. Il abattit dans son ventre, son poing, faisant hurler de douleur le jeune rebelle. Cylia regardait l’horrible scène, impuissante, ou paralysée après s’être confrontée à la triste réalité qui l’entourait. « Tu ne vois pas, tu ne vois donc pas… que ces enfants… sont l’avenir, le seul avenir de cette ville ? » il renouvela son attaque, tellement puissante cette fois ci, qu’il arracha Selenn à sa prison de glace. A bout de force, le jeune homme vint s’étaler à terre au bord de l’inconscience.
-« c’est… c’est toi qui ne vois pas » Dit-il en dégainant avec ses dernbières forces, son magnum. « il… me reste une balle. »
Aussitôt ces paroles prononcées, il projeta la balle dans l’abdomen de l’officier, qui se fit traverser de part en part. Il vacilla quelques instants, et se reprit brusquemment en main, pour plaquer son poing contre le visage du jeune homme. Sa main s’illumina de nouveau d’une aura aveuglante.
-« crève ! ! »
Sans pouvoir faire le moindre geste, Selenn s’abandonna aux prises de son adversaire. Soudain l’agent s’immobilisa, suspendu dans son attaque, et s’étala aux cotés de son ennemi, une des deux dagues de Cylia, plantée dans la nuque. Selenn porta le regard un peu plus loin, et aperçut la fille, le bras tendu après ce lancer, qui lui adressait un timide sourire.