" La Trilogie du Contraste : Au grand soleil."
1
Le jeune Link gambadait dans la prairie.
A son âge d´innocence, il ne connaissait pas la signification du mot " ortie".
Il se précipita donc sans hésiter dans un fossé rempli de ces bienfaisants végétaux. Ils ne tardèrent pas à lui faire comprendre, avec les attentions qui leur étaient coutumières, que pour ce qui était des caresses, il n´avait pas sonné à la bonne porte.
Rendu fou par les démangeaisons, Link bondit hors du fossé et reprit sa course dans la prairie, les hautes herbes effleurant ses démangeaisons. Il fonça dans la forêt toute proche, escomptant trouver un cours d´eau.
En chemin, l´adolescent se débarrassa de ses habits. Le narrateur ne pourra jamais décrire la beauté de ses muscles roulant sous une peau parfaite, car il tomba nez à nez avec un sanglier au détour d´un sentier.
La bête... non... la chose... mesurait dix mètres de haut et sa salive acide cascadait de défenses d´une rare laideur et d´un tranchant peu commun.
- Oh, chiotte.
Le sanglier, en qui Link avait sur-le-champ reconnu une créature appartenant à la redoutable espèce des boss, rugit.
Sans armes ni vêtements, le jeune Hylien voulut fuir. En faisant volte-face, il se rendit compte qu´un mur de briques avait mystérieusement jailli en travers du chemin forestier.
- Ben voyons... la tradition, toujours la tradition, hein ?
Il présentait imprudemment son dos au boss qu´il devait affronter.
Le choc fut terrible.
Link alla rebondir contre le mur qui l´empêchait de fuir. Roulant au sol, parmi les feuilles mortes, il vit le sanglier prendre son élan. Il jura, se remit sur pied et effectua un saut sur le côté.
La bête chargea.
Il réussit pas à éviter complètement le monstre poilu qui l´envoya bouler au passage contre une souche robuste. Sanguinolent, Link eut un spasme avant de s´effondrer, la tête en avant, dans la terre noirâtre.
Son énorme ennemi acheva sa trajectoire contre le mur de briques et s´y écrasa le groin.
Il grogna.
Sans le savoir, Link avait découvert la méthode qui lui permettrait de remporter l´affrontement contre le boss sanglier. Il se remit péniblement sur pied. La chose s´éloignait du mur de briques qui devait signer sa perte. Elle oscillait à peine sur ses pattes pachydermiques.
L´Hylien recula et se mit à l´abri derrière un arbre. Bien lui en prit. La chose broya le tronc entre ses défenses massives. Puis elle recula.
Link courut vers le mur.
Le sanglier partit au triple galop.
Impossible de l´éviter, cette fois.
Link se baissa.
Le ventre passa juste au-dessus de sa tête.
Puis la chose le dépassa et cette fois, le choc fut terrible. Assommé, le sanglier alla dinguer contre un tronc acéré qui lui traversa les flancs de part en part.
- Mais qu´il est con, souffla Link avant de s´évanouir.
Il reprit ses esprits au petit matin.
La nuit était passée, lui laissant un souvenir : un rhume épouvantable. Avec cette nouvelle preuve qu´il était né sous une bonne étoile, Link grelotta. Puis, comme il n´avait rien d´autre à faire, il se mit à marcher dans la direction opposée au mur. Les arbres si rapprochés la veille laissaient à présent dégagée une petite piste de terre battue, surgie comme par magie.
Après une heure d´errance, le jeune Hylien parvint à un cours d´eau. Parmi les flots, il distingua une lueur rouge.
Link, se disant qu´il n´avait plus rien à perdre, plongea nu dans la rivière.
Et c´est là qu´il vit les requins.
Maudissant sa déveine, il fit une seconde constatation désagréable : la rive était escarpée, impossible de sortir de l´eau pour se tirer de ce mauvais pas.
Son esprit accueillit la troisième information qui lui parvint avec une morbide satisfaction fataliste : du sang s´écoulait de ses blessures en direction des féroces créatures aquatiques.
Arrivé à ce point, que lui importait désormais de remarquer que le courant l´entraînait vers les requins...
- Adieu, monde cruel. Voire très très très cruel.
Les requins d´eau douce étaient tout proches.
Mais ils semblèrent soudain se désintéresser de son cas et s´éloigner.
Link vit une magnifique créature féminine arriver à la nage. Ses formes fines étaient enrobées d´un splendide épiderme bleuté. Avant qu´elle ne le rejoigne, il eut le temps de penser que Ruto avait bien grandi.
- Link... ça va ?
Avec sa loquacité habituelle, Link hocha la tête.
- J´ai eu peur pour toi, reprit Ruto. Ces êtres sont chargés par mon peuple de garder cette portion de la rivière, mais parfois, ils font du zèle.
Ouvrant enfin la bouche, l´Hylien demanda :
- Garder ? C´est cette lumière rouge que j´ai aperçu ?
- Oui. C´est une pierre précieuse sphérique, un joyau qui renferme un grand pouvoir. Nul ne sait d´où il vient. Il est apparu dans l´un des lacs occupés par mon peuple voici quelques mois.
La Zora se mordit les lèvres.
- J´aimerais te le montrer, mais je dois garder ça secret.
L´esprit de Link fonctionnait à plein régime. Il était empli de curiosité et de cupidité envers la pierre magique qui reposait au fond de la rivière où il nageait à l´heure actuelle. Mais comment convaincre la princesse Zora de la lui présenter ?
Poussé par son instinct, il posa une main sur le dos de Ruto et l´attira à lui.
Surprise par cette étreinte, elle resta coite.
- Tu es sûre que tu ne peux pas aller me la chercher ? fit Link avec douceur.
Il approcha son visage de celui de la Zora.
Elle ouvrit la bouche pour répondre et il l´engloutit en un baiser féroce. Ruto ne résista pas. L´embrassant à pleine bouche, Link eut un moment de répulsion, surpris par l´étrange saveur argentée de la jeune Zora, puis poursuivit.
Il ne reprit son souffle qu´une minute plus tard.
Ruto recula dans l´eau.
- Je... je vais te chercher ça.
Link, confus quant à son acte, resta là à réfléchir tandis que la Zora partait vers l´étincelle rouge au coeur de la rivière. Il avait la sensation de se transformer en ordure finie. Il n´avait pas embrassé Ruto parce qu´elle lui plaisait ou parce qu´il éprouvait des sentiments pour elle - d´ailleurs, il ne se sentait absolument pas amoureux d´elle. Il l´avait fait par intérêt.
Il gagna une rive douce qu´il n´avait pas remarqué tout à l´heure. C´était une sorte de crique sablonneuse aménagée dans un recoin de la forêt.
Il s´y étendit, constatant au passage entre ses jambes la preuve vivante de l´idée saugrenue qu´il n´était pas insensible au charme de la princesse Zora.
Ruto ne tarda pas à réapparaître, tenant quelque chose d´écarlate dans l´une de ses mains. Elle le rejoignit sur le sable et se pencha au-dessus de lui.
Il lui prit la pierre des mains avec délicatesse.
La sphère scintilla dans sa paume. Et Link entendit une sorte de mot résonner dans son esprit, un terme sibyllin qui n´appartenait sans doute pas à cette planète ni même à cette dimension. Quelques syllabes qui signifiaient tout et rien.
Il supposa que c´était le nom du joyau.
- Tu as une idée de ce que c´est, Link ? murmura Ruto en lui caressant le torse.
- Je crois que je sais au moins comment ça s´appelle. Cette pierre vient de me dire ce qu´elle était.
- Quoi donc ?
- Une... matéria.