Vous vous rappellez de la scène où Clad entre dans le labo de la Shinra et découvre le corps de Jehova?
Moi je me rappelle de l´ambiance dans laquelle le jeu m´a fait plonger...
Cette ambiance était si forte qu´elle m´a donné envie d´écrire et m´a inspiré pour une petite nouvelle...
Pour ceux qui ont envie de lire, vous vous souviendrez peut-être d´un moment de FF7...
Tout ce qui est entre [crochets] est en italique, mais comme le forum ne permet pas de faire ça j´ai du trouver un autre moyen.
Lorsque vous verrez ceci:
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C´est que vous allez lire le moment inspiré de la fameuse scène.
Bonne lecture, amoureux de FF7...
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EPEE A DOUBLE TRANCHANT
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Science = étude et recherche sur la nature.
[Nos étendues d’argent sur l’infini terre de métal. Partout, la pureté sainte d’un hôpital : ni air naturel, ni parfum sauvage. Animaux derrière des barrières de fer, plantes sous des serres de strass. Ces êtres inconnus plongeant dans notre passé. Villes flamboyantes sur le sol et flottantes sur les océans, toujours grandissantes…]
[Admirer le vol d’un oiseau, ses longues ailes qui faucheront l’air et fendront les nuages, qui masqueront les rayons du soleil et gêneront les gouttes de pluie… Je passerai mes doigts sur l’écorce. Elle sera dure, ténèbre, et sombre, ébène. Une araignée parcourra mon pied et je sentirai les touches infimes, vivantes de ses huit pattes. Goûter la pulpe d’une orange, éclatante de jus et fibreuse d’acidité…]
[Mes ancêtres ont vécu en commun avec vous, quant à moi je ne vous connais que de légende. On m’a conté votre magie… Faune et flore, je vous appelle, restez forts, je vous demande, demeurez présents, je vous implore : révoltez-vous ! ]
L’amérindien emmitoufla son visage dans les végétaux et huma profondément leurs arômes. Il comprenait pourquoi les occidentaux utilisaient jadis le terme de ‘’jardin secret’’. Son collier de pierres, de plumes et de bois reposait sur l’herbe, inanimé. [Que ma prière transperce la frontière qu’est cette cage de verre.] L’homme quitta la petite serre et traversa son habitat métallique. Son regard ne s’attarda ni sur la propreté orgueilleuse, ni sur l’ordre prétentieux qui régnaient dans cette maison si vide d’expression.
Trois mètres carrés d’herbe conservés sous une serre, voilà tout ce que cet amérindien parvenait à protéger. Plus aucun arbre ni fleur libres ; tous stockés dans les musées verts. Seules sept réserves subsistaient encore sur Terre, cependant un nouveau décret allait étouffer celle de Russie, la dernière réserve nordique. Les humains s’avéraient chaque jour davantage avares de la moindre parcelle habitable ; les océans eux-mêmes se couvraient de villes. Ce jeune homme devait être le seul de sa cité à posséder un lot d’herbe.
Il traversa le Pays de la Liberté et se rendit au Grand Canada. Aucun signe de froid ; pas de température glaciale ni d’étendues blanches. Rien que du métal brillant, à perte de vue. Villes artificielles, solides d’un manque de naturel effrayant. [Pathétique beauté.] Formes asymétriques ou arrondies, paysages argentés… autant de miroirs qui renvoyaient au soleil ses rayons de feu devenus inutiles face à la jouissance humaine d’une telle planète.
Une fillette gigota à côté de l’amérindien. Sa mère la prit dans ses bras et lui tendit un jeu virtuel de conception. Excitée, l’enfant créa des dessins colorés et musicaux. L’homme observa la génitrice. Ne regrettait-elle pas que sa fille ne puisse courir avec un chien dans un champ ? Bien sûr que non ! Son enfant n’aurait jamais aussi bien vécu. Plus de maladies ou d’inégalités de richesse. Même dans les mentalités, les humains étaient racialement tous égaux depuis la découverte des extraterrestres voisins. [La confrontation avec l’étranger nous était nécessaire pour nous reconnaître entre voisins.]
Les humains se reproduisaient en paix et occupaient abondamment leur bien aimée planète. [Asservie…] Tout cela grâce à une espèce extraterrestre qui gérait le patrimoine génétique de la faune et de la flore terrienne. [Et avec quel succès ! ] A ce jour, ces êtres avaient su recréer cinq cent vingt trois espèces animales et végétales depuis longtemps disparues. Les gouvernements étaient optimistes pour l’avenir.
Ils envoyèrent aussitôt les spécimens redécouverts aux musées verts. [Face au monde : chercher et découvrir. Le temps passé : classer et ranger.]
Le jeune homme débarqua finalement au Laboratoire de Recensement Généalogique Humain du Grand Canada. [Abréviations propres à mon espèce : LRGHGC ! ] Il s’avança vers la réception pour passer le test de sécurité en plaquant sa main sur un appareil circulaire. Une petite aguille préleva une goutte de sang de sa paume, analysa son ADN et remit immédiatement le plasma en place avant de recoudre la minuscule plaie. [Volonté de perfection. Se protéger sans rien abîmer.] L’engin devint vert et une voix claire annonça :
- Sécurité optimale. Bienvenue, Toran Dombre.
Une créature émergea d’un couloir lumineux. Le Shrù-Kën R17 avec lequel l’amérindien avait rendez-vous s’approcha dans un mouvement de rotation provoqué par ses jambes filandreuses. Elles tourbillonnaient en entraînant son bassin dans une légère oscillation. Son pelage cuivré faisait place à des écailles au niveau de ses pieds et de ses cinq mains souples. Celles-ci se balançaient autour de lui et sa tête même paraissait constamment se dévisser à force de tourner sur son cou.
Le Shrù-Kën R17 cligna des yeux en signe de salutation et tendit à Toran un clavier portable muni d’une ligne d’écran. Terriens et Shrù-Kën ne pouvaient communiquer autrement que par la lecture, les extraterrestres ne sachant parler et possédant un langage gestuel d’une complexité extrême.
Le Shrù-Kën fut agréablement surpris d’apprendre que Toran était muet ; aussitôt, il utilisa la langue des signes humaine, reposante pour sa facilité.
- [J’attendais avec impatience votre venue ! ], signifia l’extraterrestre en se remettant à tournoyer pour emprunter le couloir lumineux. [Les amérindiens sont un peuple en déclin, si je ne m’abuse…]
[Cette politesse me semble si décalée ! ]
- [En effet.], affirma Toran d’un geste de main. [Notre culture se perd.]
Le Shrù-Kën R17 fit claquer ses doigts et cligna de l’œil tout en agrandissant son enjambée, ce qui équivalait à se montrer perplexe.
- [A cause de la nature ? ], questionna l’être ondulant en penchant la tête de côté, ses pupilles s’élargissant.
[Conversation qui s’étale, s’affaiblit, se ternit de dérision.]
- [Oui ; bon nombre de nos légendes se basaient sur elle.]
- [Pourtant, ma race travaille régulièrement sur les codes génétiques de votre faune et flore ! ], s’anima l’extraterrestre en claquant des pieds et en frottant les mains contre son buste.
Le jeune homme regretta de ne pas pouvoir comprendre ce que le Shrù-Kën ajoutait dans sa langue maternelle.
- [Je suis au courant que vous faites des efforts permanents ! ], signala aussitôt l’amérindien. [C’est simplement ma race qui emprisonne la nature.]
- [Bien sûr, bien sûr…]
Et l’extraterrestre R17 abaissa ses épaules, ralentit son pas en traînant les pieds tandis que ses bras ondulèrent rapidement autour de lui. Toran se contenta de soupirer.
- [Venez plutôt.]
En s’inclinant, il désigna à l’amérindien une porte vitrée qui venait de s’ouvrir. Le jeune homme pénétra dans une large pièce silencieuse où plusieurs Shrù-Kën étudiaient des ADN. L’extraterrestre R17 s’approcha d’un ordinateur avant de se tourner vers Toran :
- [Ceci est la liste des amérindiens morts au cours du siècle actuel au Grand Canada. Reconnaissez-vous le nom d’un des défunts ? ], questionna t-il avidement.
Le jeune homme observa longuement la liste avant de hocher négativement la tête. A nouveau, le Shrù-Kën émit toutes sortes de raclements secs puis se résigna à mener l’amérindien dans une autre salle. La recherche suivante ne donna rien de plus malgré les études poussées que l’extraterrestre avait effectuées quelques semaines à l’avance. [La modernité a emporté mes semblables. Il n’appartient plus qu’à moi de me fondre ou non dans la masse des humains.] Toran Dombre décida d’abandonner. Son guide lui proposa une visite du laboratoire en guise de consolation.
Les deux êtres s’étaient aventurés au fond du laboratoire lorsqu’un Shrù-Kën fit signe au R17 de le suivre rapidement. Le guide pria poliment l’homme de regagner la sortie et lui promit de se renseigner dans d’autres pays. Après tout, la race amérindienne avait peut-être tout simplement quitté son pays natal. [Comme si un peuple aussi attaché à sa terre que le mien aurait pu s’en détourner ! ] Toran emprunta donc à nouveau le couloir lumineux et se noya dans ses pensées, sa longue chevelure noire voilant son angle de vision.
Lorsqu’il releva les yeux, Toran se trouvait dans une impasse au bout de laquelle filtrait une clarté floue sous une porte de fer rouillée. [Une trace du… temps… Comment se fait-il que cette porte ne soit pas parfaitement entretenue ? ] Sa curiosité l’emporta ; il la poussa.
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Silence en cette pièce grise. Une musique antique et terne résonne en Toran Dombre. Quelques tuyaux, liquide coloré qui fait son chemin, suit son destin. Et en ce royaume vide de magie, une seule lumière bleue qui anime le lieu. Des parfums chimiques émanent d’éprouvettes neutres.
Intrigué, il avance, craintif, lentement. Quelques pas pour l’épouvante. Face à cette chose, son cœur défaille. Ce conteneur au verre transparent lui crache sa haine à la figure en riant, riant… Toran perd sa couleur, et son âme pleure, hurle. Ses yeux sont figés, l’abomination est ancrée. La vitre lui perce le regard, elle lui poignarde les paupières… il pleure son sang !
Car derrière le verre il les voit.
Des êtres humains de tout âge et de toute race, plongés dans un profond sommeil en cette eau azurée qui se veut apaisante. Calmement étendus dans leurs bocaux lumineux bleus, un sourire fend leur visage endormi. Ils ne savent pas que le liquide indigo est un hypocrite poison. Il impose une cécité cynique pour mieux leur offrir la jeunesse artificielle… et il se rit de ces aveugles ; « quel repas alléchant ! ». Leur peau est chair appétissante, leur corps devient débris organique. Ils sont manipulés, transfigurés, déchiquetés pour un rêve de folie. Un rêve [inhumain]. Désirer être immortel ; envier la nature.
Les yeux de Toran deviennent aveugles pour se protéger de l’horreur.
On le prend par les épaules et on le pousse vers la sortie. De retour dans le couloir pur et clair, l’amérindien rouvre ses yeux. Le Shrù-Kën R17 le dévisage longuement.
- [Je vous avais demandé de quitter les lieux, Toran Dombre…], signifia t-il gestuellement.
Absence.
- [Vous êtes allés dans une zone privée. Veuillez partir, maintenant.]
Ces êtres humains… ses frères… Lentement, Toran leva les mains, furtivement, il questionna :
- [Que faites-vous… dans cette… salle ? ]
- [Nous travaillons pour vos gouvernements.], répondit posément le Shrù-Kën R17. [Votre peuple possède le vieux rêve de l’immortalité. Nous essayons de le mettre en œuvre.]
- [En nous… plongeant… dans le… coma ? ]
- [C’est ainsi qu’on nomme ordinairement ce procédé. Je vous en prie, j’aimerais continuer mon travail : auriez-vous l’obligeance de regagner la sortie ? ], pria poliment l’extraterrestre.
[Quoi ! ?]
- [Je suis bien entré dans une pièce ou les humains sont inconscients ? ], interrogea l’amérindien avec fermeté dans ses mouvements agressifs.
Le Shrù-Kën affirma calmement. Hallucinant, Toran sentit une rage l’emporter.
- [Comment osez-vous être si tranquille ! ? Comment pouvez-vous me demander de partir alors que je viens de voir mes frères dans des bocaux ! ? Expliquez-moi ! Vous ne pouvez pas ! ], voulait hurler le jeune homme en exécutant des gestes secs et saccadés de souffrance, incapable d’exprimer son trouble obscur.
- [Je viens de vous l’expliquer. Les humains ont un rêve. Nous pensons savoir comment le réaliser. Nous avons proposé nos idées à vos gouvernements. Ils ont accepté et des volontaires se sont présentés, voilà tout. La sortie est au bout du couloir. Je vous souhaite une bonne journée.], expliqua l’extraterrestre avant de se retourner.
Toran bondit sur lui et le frappa, déversant sa colère et sa douleur pour ce qu’il venait de découvrir, ce qu’il n’aurait dû ni voir ni savoir, et enfin pour cette plénitude écœurante que détenait ce Shrù-Kën.
Quelques bulles s’échappèrent des narines de Toran. Allongé dans un conteneur de liquide bleu pervers, quelques extraterrestres transportaient l’amérindien vers la salle d’expériences sur l’immortalité.
Un Shrù-Kën nommé Whs-aluñdr’Tpï regarda passer le bocal contenant Toran Dombre. Contrairement aux autres, aucun sourire ne traversait le visage de cet humain. Ses traits paraissaient même crispés, figés, comme s’ils désiraient retenir un instant passé et non pas accueillir l’infini présent. Une étrange sensation envahit le jeune Whs-aluñdr’Tpï. Inconnue, frémissante, elle le fit trembler en lui donnant l’impression que du vent s’engouffrait à l’intérieur même de son corps. L’extraterrestre remua ses cinq épaules et se tourna vers un Shrù-Kën :
- [Que s’est-il passé ? ]
- [Cet homme s’est mit à souffrir de troubles émotifs propres à son espèce. Il a brutalisé un des nôtres. On a pensé qu’étant donné sa réaction, il s’avérait dangereux pour les autres humains d’être en contact avec lui. Alors, on s’est dit qu’on allait le rendre immortel lui aussi. On espère que dans quelques décennies il ira mieux.]
Les longs cheveux noirs de Toran Dombre flottaient autour de son visage éteint.
- [Ne ressens-tu pas quelque chose de bizarre ? ], demanda Whs-aluñdr’Tpï.
- [Je ne comprends pas.], signifia son voisin avec un geste vif et court.
Les cils du jeune homme ne tremblaient pas.
- [Quel était la volonté de cet humain ? ], interrogea évasivement le jeune extraterrestre.
L’autre détourna le regard et ne répondit jamais.
Plongé dans la salle sombre et enfermé dans un bocal bleu, Toran se retrouve parmi quelques êtres sur la voie de l’infini. Lentement mais finalement, le désir est parvenu à effacer la frontière de l’humanité. La pièce est silencieuse et froide. Elle recueille des vies centenaires et pourtant l’expérience n’existe pas.
Doux son des bulles, écume.
Toran a un spasme. Ses paupières s’ouvrent brusquement.
[Mon jardin secret…]
Là-bas, dans la minuscule serre, une plume frémit. Elle glisse lentement et attire un morceau de bois qui se penche. Une petite pierre bascule en suivant le mouvement des deux autres. Puis le collier entier s’anime, écarté par une force nouvelle. Quelque chose pousse. La nature ne fera jamais que s’assoupir.
[Ma prière a été entendue.]
Et Toran Dombre ferme ses yeux.
Science = dépouillement et exploitation de la Nature.