Remettons les pendules à l´heure.
Tout d´abord, sachez que le statut de " fan-fiction" d´un texte ne dispense pas d´offrir à ses lecteurs le meilleur de soi-même. C´est une question d´honnêteté.
D´ailleurs, quand on possède le feu sacré de l´écriture, on ne se soucie pas de l´étoffe dans laquelle on tresse le costume. On travaille, plongé tout entier dans son oeuvre, en un rapport quasiment fusionnel avec l´art.
Peu importe que ce soit un roman, une nouvelle, une fan-fiction, un scénario.
On doit faire de son mieux.
Dans un RPG tel que " Final Fantasy VII", le nom du locuteur précède sa réplique afin de l´identifier. Quand deux personnages grossiers sont face à face et que les paroles s´affichent dans des bulles sans excroissances pointant vers les personnes qui parlent, il n´y a aucun moyen de deviner de qui il s´agit. Le mode de dialogue " théâtral" est alors une nécessité.
Mais c´est d´abord extrêmement douteux, ensuite, ça induit une répétition, voire une monotonie, mortifère pour l´oeuvre écrite, et pour finir, ça dénigre toute la beauté que peut posséder la langue française quand elle est maniée avec dextérité.
Un peu d´improvisation pour stigmatiser les dérives du style théâtral.
Youfie est dans la pièce devant un cadavre. Cloud entre.
Cloud Strife : Youfie.
Youfie Kisaragi : J´ai fait ce que j´ai pu... mais... ( s´étranglant) . .. il est mort.
Cloud regarde le cadavre.
Cloud Strife(froid) : Que comptes-tu faire à présent ?
Youfie Kisaragi : Je ne sais pas, je ne sais plus... je... je croyais que ça me libérerait... mais il est mort et je suis en vie. Je l´ai tuée et je sais pas pourquoi.
Ils restent immobiles.
A présent, voici le texte écrit convenablement.
Le faisceau argenté de la lune était projeté sur le corps par l´unique fenêtre du réduit.
Face au cadavre se tenait une jeune fille toute aussi inerte, mais le sang battait encore dans ses veines. Ses quelques habits étaient trempés de sueur, du sang dégouttait de son shuriken.
Claquement.
Youfie n´avait pas besoin de se retourner. Elle savait qui venait d´entrer.
Un jeune homme dont la tignasse blonde paraissait grise dans les ténèbres nocturnes. Cloud Strife.
- Youfie.
Elle resta face à l´homme. A celui qu´elle avait vaincu.
Le silence. Puis elle parvint à déglutir. Sa gorge était douloureuse quand elle articula :
- J´ai fait ce que j´ai pu... mais...
Elle manqua de s´étrangler.
- . .. il est mort, reprit Youfie.
Cloud Strife jeta un regard à la dépouille.
- Que comptes-tu faire à présent ? lança-t-il, laconique.
- Je ne sais pas, répondit Youfie. Je ne sais plus. Je...
Elle étouffa un sanglot.
- Je croyais que ça me libérerait... mais il est mort et je suis en vie.
Cloud observa une immobilité marmoréenne.
- Je l´ai tué et je ne sais pas pourquoi.
La jeune fille ferma les yeux. Tout était froid autour d´elle. Elle croyait basculer.
Ils restèrent là.