Récit inédit de Raphaël Lafarge(pseudonymes : BadRanger, DragonNoir), situé dans le monde du jeu vidéo " Final Fantasy VII "(Squaresoft), d’après le scénario de Kazushige Nojima et de Yoshinori Kitase, inspiré de l’histoire d’Hironobu Sakaguchi et de Tetsuya Nomura.
Final Fantasy VII
‘griffures’
Je vis arriver sur moi l’oiseau brun, vif, grand. Il ouvrit le bec pour pousser un cri particulièrement laid. A cet instant, j’avais déjà sorti mon pistolet.
Peine de Mort, c’était le nom de cette arme. Bien trouvé.
En une détonation, un trait apparut sur la tête de l’oiseau, suivi d’un trou noir. La cavité de la balle laissa couler le sang par rigoles écarlates.
Mon adversaire s’abattit sans un croassement. Cela servirait d’exemple à tous les animaux des environs.
Je repris ma descente. Le sentier était étroit. A mesure que j’avançais, les murailles rocheuses autour de moi viraient du gris au brun. Je quittais les Monts Nibel pour ce massif montagneux circulaire qui était devenu mon nouveau cauchemar.
Je marchais et tous les ennemis m’évitaient.
Je commençais à trouver le temps long. Si Strife avait pu me prêter son Chocobo d’Or, j’aurais franchi cette zone bien plus vite. Cependant, je ne pouvais pas l’impliquer dans tout cela. Je ne pouvais impliquer aucun de mes amis là-dedans. C’était ma croix, mon fardeau, je devais le traîner seul.
Ils en savaient déjà trop. C’était mon affaire, pas la leur.
Je songeai un instant à " mon affaire ". Avec quel flair je l’avais menée ! Ah ça oui ! J’étais une brute, un fou insensible. Comment avais-je pu lui dire… ?
Les syllabes résonnèrent dans mon esprit.
" écia… oth… ort… "
Je dus escalader un pic rocheux pour reprendre plus loin. J’étais encore haut en montagne, mais mon but était presque atteint.
" Lucrécia… "
Je revoyais ses yeux ciller. Comment avais-je pu lui faire ça ? Une fois de plus, je n’avais pas pensé à ses sentiments… J’avais foncé dans le tas comme un Sweeper chargé de garder un Réacteur Mako.
" Lucrécia… Sephiroth… "
Oui, Sephiroth. Je l’avais tué, et j’avais trahi Lucrécia. Une nouvelle blessure à vif dans son âme. Et Hojo ! Nikolas Hojo ! Combien avais-je été présomptueux, rancunier, peu compréhensif ! Lui aussi n’était qu’une victime. La victime de sa folie.
Le pardon n’avait pas à être mérité. Il devait être accordé sans réserve à tous les êtres. C’était cela, la compréhension et la générosité. Même Hojo devait avoir une chance de prendre conscience de la vilenie de son comportement. Il était facile d’être gentil avec les gentils… mais combien plus ardue était la réconciliation avec ses ennemis !
" Lucrécia… Sephiroth est mort… "
J’étais une brute. La première fois, je l’avais demandée en mariage… Sans même penser à elle. Egoïste, imprudent, violent. Je ne méritais pas l’amour d’une femme comme Lucrécia.
J’en étais là de mes pensées, de mes tourments, lorsque je parvins au pied de la montagne.
Là reposait dans l’immense écrin de roche brune un joyau paisible…
Le lac secret. Dans un défilé craquelé, l’eau s’en échappait doucement.
Et de l’autre côté se déversait la cascade.
Je longeais la rive de jais où Strife et ses amis avaient arrimé leur sous-marin. Cela me fit penser aux profondeurs de l’océan… Quel calme…
Peut-être devais-je plonger là. Ce ne serait pas un suicide. Je survivrai, à coup sûr. Je sais que je ne suis pas un vampire, car je n’ai jamais éprouvé quelque soif inextinguible, quelque désir sanguin… Je ne suis pas non plus un zombie, je ne tombe guère en morceaux et j’ai conservé ma personnalité. Mais je ne suis plus humain. Mon cœur bat, mon sang circule pour irriguer muscles et organes… cependant je ne vieillis pas d’un jour, je suis comme immortel. Et je ne peux être asphyxié.
En théorie, je parviendrais donc à respirer sous l’eau. Un instant, j’envisageais l’existence au fond de la mer, là où n’existaient plus ni bruit ni agitation. Le paradis silencieux. Le repos, enfin. Délivré, après ces décennies.
Je secouais la tête, revenant à mes préoccupations actuelles. J’avais d’autres responsabilités. " Je n’aurai le droit de trouver le repos que quand j’aurai résolu le problème de Lucrécia ". Là encore, c’était ma faute. J’avais laissé Hojo lui faire subir ces horribles expériences.
La dernière dette. Qu’allais-je faire ? Je ne pouvais tuer Lucrécia, la faire sombrer dans le néant comme Hojo ou Sephiroth… C’était la seule issue, la seule liberté envisageable pour elle, mais je ne pensais pas y arriver.
J’atteignis la chute d’eau.
Dans un grondement, la paroi d’argent défilait devant moi. Je me demandais ce qui m’attendait derrière. C’était une porte symbolique, je l’avais déjà franchie deux fois, et cela ne me plaisait pas. La première fois, Lucrécia m’avait tenu à distance ; la seconde… elle avait disparu, laissant derrière elle une arme de grande puissance, " Peine de mort ", le pistolet avec lequel j’avais abattu l’oiseau, ainsi qu’un livret relié en cuir de démon qui m’avait permis d’apprendre ma dernière technique de Limites.
Ces deux présents… étaient-ils ses cadeaux d’adieu ?
Je déglutis. J’étais un monstre ni vivant ni mort. Avais-je le moindre droit de revenir dans le refuge de Lucrécia ? De m’immiscer une nouvelle fois dans l’existence de ma dulcinée ?
Une voix me reprocha de perdre du temps, de ne pas agir, alors que la vie était si courte…
Je ris. Justement, j’étais immortel ; je pouvais me permettre de perdre un peu de temps, de m’apitoyer sur mon sort, de réfléchir deux minutes, non ?
Une troisième voix fit : " Les événements ne se répètent pas, agent Valentine ". Ce son avait la tonalité de la voix d’Hojo, mais j’y prêtai attention. Quand m’avait-il dit cela ? " Vous avez eu une chance de séduire Lucrécia, mais vous l’avez perdue à jamais. Ainsi le sort punit les indécis. "
C’était la discussion qui s’était déroulée le lendemain des fiançailles d’Hojo et de Lucrécia. Je l’avais pris à part et je lui avais dit que s’il s’obstinait, je me tuerais. Et il m’avait répondu que le sort punissait les indécis. Mais j’avais agi, et Lucrécia s’était enfuie en larmes. C’était ce que je lui avais fait remarquer.
" Au moins, vous avez essayé ", avait répliqué la voix aussi aseptisée qu’une clinique. " Et vous avez été fixé. N’est-ce pas là l’important ? "
N’y avait-il pas de bon choix ?
Je m’enfonçais sous la cascade.