- Je t’interdis de porter un jugement sur moi, tu ne me connais pas assez ! Et même si tu me connaissais…
- Je t’ai bien observé, Vincent Valentine, coupa Sephiroth d’une voix mielleuse. Tu te fiches bien des autres. Tu n’as pas d’ami et n’en veux pas. Tu n’as même pas cillé lorsque j’ai tué cette petite idiote de Cetra. Et devant son cadavre, tandis que la ninja pleurait et que tous les autres se retenaient de faire de même, comment t’es-tu comporté ? Comment t’es-tu comporté, toi ? »
Ce n’était qu’une question rhétorique, ils le savaient tous les deux. Pourtant, Vincent répondit. D’une voix détachée de tout sentiment humain.
« - Je me suis approché du corps, je l’ai regardé un instant puis j’ai tourné les talons et je suis parti.
- Exactement. Tu es parti. Tu fuis tes fautes, tes erreurs, tes regrets et tes péchés. Comme tu as fui tes responsabilités en te terrant dans ce cercueil durant trois décennies ! Tu te caches en te disant que dormir suffirait à effacer tes peines et tes fautes ?! C’est un peu facile ! Oh, ne proteste pas, je sais que c’est Hojo qui t’a enfermé dans ce cercueil. Mais si la porte de la crypte était verrouillée, le cercueil ne l’était pas, lui ! Tu avais à portée de main un pistolet chargé, tu aurais pu t’en servir pour forcer le verrou. Mais non ! Toi, tu es resté là, tapi, caché seul, à te complaire dans tes pensées morbides et d’auto-culpabilisation ! Tu fuis tout contact humain de peur de trouver chez les autres de la compassion pour toi. Et pourquoi donc ? Car pour toi, les humains ne sont que des moyens pour atteindre ton but ; et le reste n’est que perte de temps. En un certain sens, tu es bien pire que moi, alors pourquoi n’aurais-je pas le droit de te juger un peu, hein ?
- …
- D’autant plus que je n’éprouve pas que du mépris pour toi, continua Sephiroth penché vers son interlocuteur si peu bavard. Je ne te méprise pas, alors que je n’éprouve que du dédain pour les autres… Peut-être parce qu’ils sont plus humains que nous deux. Je sais tout. Je sais que tu portes aussi Jenova en toi après l’expérience que Hojo a faite sur toi. Même s’il ne me l’a jamais dit, je sais que Hojo est mon père biologique. C’est d’ailleurs pour ça que je le regardais de haut. Comment pouvais-je laisser un être comme lui se targuer d’être mon supérieur ? Comment pouvais-je accepter de le vénérer comme un père après ce qu’il m’avait déjà fait subir avant même ma naissance ?! Je le méprisais. J’ai pitié de Lucrécia. Mais toi… Je crois bien que… Tu es une sorte d’âme sœur. Et c’est pour ça que je te comprends tellement. »
Sephiroth attrapa la longue chevelure couleur d’ébène de Vincent et le força à relever le menton. Comme hypnotisé, celui-ci n’essaya même pas de se débattre alors que Sephiroth ne le maintenait pas très fortement.
« Lucrécia m’a parlé de l’attirance qu’elle éprouvait pour toi, et des remords que ces "pensées impures" lui avaient causée et lui causaient toujours, dit Sephiroth avec un agaçant sourire charmeur. Sais-tu qu’à force d’entendre ses récits, je me suis posé des questions à ton sujet. Et depuis que je t’ai vu de près, et goûté à ton baiser tout à l’heure… J’en redemande. »
Il l’attira brusquement à lui et colla ses lèvres contre les siennes, laissant Vincent sentir que son désir devenait de plus en plus pressant. A ce moment-là, Vincent sortit de son état hypnotique et se débattit désespérément, les yeux agrandis d’horreur. Sephiroth le maintint alors plus fermement dans une étreinte d’étau. Vincent, sentant la langue étrangère qui forçait l’entrée de sa bouche mordit la lèvre de son agresseur pour se défendre. Le goût doucement aigre du sang se répandit dans leur bouche et donna brusquement au baiser un parfum d’interdit fort plaisant. S’en délectant goulûment comme une bête affamée, Vincent ne put s’empêcher de pousser un grognement de plaisir avant que Sephiroth ne relâche son emprise. « As-tu déjà… couché avec l’ennemi ? » susurra t-il d’une voix de plaisanterie ironique tout en embrassant Vincent dans le cou. Une légère traînée rouge marquait chacun des baisers qu’il prodiguait ainsi de ses lèvres blessées. Offrant son cou, Vincent ferma les yeux pour savourer ces délicieux frissons qu’il ressentait le long de l’échine. Il ferma ses yeux, dissimulant ainsi au monde ses prunelles qui avaient la même nuance rouge que le sang de Sephiroth déposé sur sa peau pale.
***
***
Ouvrant doucement ses yeux encore ensommeillés, Vincent laissa un léger sourire satisfait jouer sur ses lèvres. Il était allongé dans sa cape étendue sur le sol de pierre et en s’éveillant, la première chose qu’il aperçut fut une place désespérément vide à côté de lui.
« - Sephiroth, où es-tu ? appela t-il.
- Ici, répondit tranquillement une voix masculine à quelque distance de lui.
- Hmmm… Je me demande quelle heure il est…, fit Vincent en s’étirant paresseusement.
- L’heure du Jugement. »
A cette réponse, Vincent leva vivement la tête et s’assit sur son séant, s’enroulant dans sa cape pour cacher sa nudité. Il fixa la sombre silhouette de Sephiroth qui se tenait debout, superbe dans son long pardessus noir, au fond de la grotte.
« - Le Jour du Jugement est arrivé, précisa ce dernier.
- De quoi veux-tu parler, Sephiroth ? demanda Vincent avec perplexité.
- As-tu trouvé ta "raison de te battre" ? questionna Sephiroth en retour.
- Hum. Je crois que j’ai surtout trouvé une raison de ne pas me battre, répondit Vincent tristement. Cette bataille insensée peut être évitée. Je t’en prie, Sephiroth, arrête tout. Il en est encore temps !
- Je ne peux ni ne veux reculer maintenant.
- Quoi ?! Mais je pensais que pendant cette nuit, tu aurais réfléchi au ridicule de cette histoire de déification !
- Pour quelle raison aurais-je fait ça ? fit Sephiroth d’une voix sans ton.
- Pour quelle raison ?! Mais c’est pourtant clair ! Je… je ne veux pas te faire de mal après ce qu’on a vécu cette nuit…
- Alors ne t’oppose pas à moi lorsque je deviendrai un avec la Planète, et je n’aurai pas à te faire de mal non plus.
- Je ne peux pas te laisser tout détruire non plus ! N’as-tu pas encore compris ta folie ?! Tu es en partie humain. Extermine la vie humaine sur la Planète et tu t’extermineras toi-même !
- Je revivrai sous une autre forme. Et vous tous revivrez en moi. »
Vincent secoua lentement la tête avec incrédulité en fronçant les sourcils de désespoir devant l’entêtement de son compagnon, qui poursuivit :
« - N’essaie pas de me convaincre avec de beaux sentiments, Vincent. Lucrécia a déjà essayé et elle a échoué.
- …
- Le destin m’attend aujourd’hui. Adieu.
- Attends, Sephiroth ! appela Vincent en tendant une main tremblante vers lui. Où… où…
- Où je vais ? compléta Sephiroth.
- Non. Où est… Lucrécia… ? Normalement, elle devrait être ici, mais depuis hier…
- Je l’ai tuée.
- Qu-quoi ?!
- Je l’ai tuée, répéta Sephiroth sans aucune émotion. Comme je te l’ai dit, Lucrécia a essayé de m’empêcher d’atteindre mon but. Elle m’a fait la morale en essayant de me prendre par les sentiments. Et elle a échoué. Mais ne sois pas triste. Elle revivra bientôt en moi…
- Tu… l’as tuée ? Alors que tout ce qu’elle voulait, c’était ton bien ?! »
A cela, le jeune homme à la chevelure d’argent répondit par un simple haussement d’épaule, puis, tout comme un écran de brume nocturne se dissipe aux premières lueurs de l’aube, son image disparut. Resté seul dans la grotte, Vincent enfouit sa tête dans sa main de chair. Un court moment d’apathie suivit son effondrement psychologique, puis le poing d’acier de sa main gauche frappa avec rage le sol. La pierre éclata en crissant de douleur sous l’impact du coup et un creux se forma, marquant à jamais l’endroit où le poing en métal de cet homme à moitié démon avait frappé pour évacuer sa colère.
Clad Strife leur avait demandé de prendre une nuit pour réfléchir à leur raison personnelle de lutter. En une nuit, cette nuit-là, Vincent Valentine avait trouvé sa raison de se battre contre Sephiroth à la Grotte Nord. C’était la même raison que celle qui avait dicté ses actes par le passé. Comme toujours, sa raison de se battre était la vengeance.
Je les laisse m’appeler par le nom qui leur sied mais il m’a donné celui que je préfère. Il m’appelle Démon. Il me désigne comme son démon intérieur, et il croit être en lutte contre moi. Il pense réellement que je suis une malédiction forcée sur lui, apportée à lui par les mains d’un scientifique fou et sadique. Alors que j’ai toujours fait partie de lui. Je suis en lui. Je suis la face qu’il tente de cacher et de réprimer. Et si vous pensez que Vincent Valentine est différent de vous, c’est que vous êtes encore plus proche de lui que vous ne le pensez. Encore plus sous mon emprise que vous ne le pensez. Je ne suis pas exactement celui que vous pensez… Vous pouvez me donner le nom que vous voulez. Lui m’appelle Démon lorsqu’il parle de moi ou s’adresse directement (et cela lui arrive parfois) à moi. Cela me convient. C’est plaisant à l’oreille, cela me décrit bien, c’est ma vraie nature… Mais entre ce qu’on est et le nom que l’on porte, il y a une différence. Pour ma part, je dois admettre que mon nom est assez proche de ma nature. Mon nom est Chaos.