Soleil couchant,
Les ajoncs éclatants,parure du granit,
Dorent l´apre sommet que le couchant allume,
Au loin,brillante encore par sa barre d´écume,
La mer sans fin commence ou la terre finit.
A mes pieds c´est la nuit,le silence.Le nid
Se tait,l´homme est rentré sous le chaume qui fume
Seul,l´angélusse du soir,ébranlé dans la brume,
A la vaste rumeur de l´océan s´unit.
Alors,comme du fond d´un abime,des traines,
Des landes,des ravins,montent des voix lointaines
Des patres attardés ramenant le bétail.
L´horizon tout entier s´enveloppe dans l´ombre,
Et le soleil mourant,sur un siel riche et sombre,
Ferme les branches d´or de son rouge éventail.
José Maria de Heredia,les trophées,1893
Mon reve familier,
Je fais souvent ce reve etrange et pénétrant
D´une femme inconnue,et que j´aime´et qui m´aime
Et qui n´est chaque fois,ni tout a fait,la meme
Ni tout a fait une autre,et m´aime et me comprend.
Car elle me comprends,et mon coeur transparent
Pour elle seule,hélas!cesse d´etre un probleme
Pour elle seule,t les moiteurs de mon front bleme,
Elle seule les sait rafraichir en pleurant.
Est-elle brune,blonde ou rousse?Je l´ignore.
Son nom?Je me souviens qu´il est doux et sonore
Comme ceux des aimés que la VIE exila.
Son regard est pareil au regard des statues,
Et pour sa voix,lointaine,et calme,et grave,elle a
L´inflexion des voix chéres qui ce sont tues.
Paul Verlaine,Poémes saturniens,1866