La quête d´Aruna Dindane
L´Ivoirien n´espère plus qu´une chose: marquer un but et dédier sa réussite à son frère aîné, décédé au début de l´année...
Désormais, Aruna Dindane n´attend plus qu´une chose: inscrire un but! D´abord parce que cela ne lui est plus arrivé depuis la mi-décembre ( une éternité pour un attaquant, non?), ensuite, et surtout, parce qu´il sait, au fond de lui-même, que sa réussite fera plaisir à son frère aîné, décédé inopinément en début d´année et dont il était très proche. Aruna Dindane, dès lors, s´obstine. Hargneux contre Mouscron, où il provoqua l´exclusion de Filston, déroutant face au Panathinakos, où il fit valoir sa disponibilité et son goût de la percussion, l´Ivorien fut déterminant, dimanche, face à Charleroi, offrant à Walter Baseggio l´occasion de débloquer le match en faveur d´Anderlecht et à Nenad Jestrovic l´opportunité d´ôter à celui-ci toute ultime trace de suspense.
«Je sens que je progresse, confie alors Aruna Dindane. Mais, surtout, je suis redevenu utile au groupe. À mes yeux, c´est l´essentiel.»
Une page est-elle en train de se tourner? Hier, Aruna Dindane souffrait sur son banc de touche, contraint de patienter, espérant que le temps fasse son oeuvre et que sa suspension prenne fin. Hier encore, Aruna Dindane souffrait dans son corps et se plaignait d´atroces douleurs dorsales. Hier enfin, Aruna Dindane souffrait dans son coeur, après avoir appris que son frère venait d´être arraché à l´affection des siens en laissant, orpheline, une fille en bas âge...
«C´était avec lui que j´avais passé l´essentiel de mes vacances d´hiver, quand la trêve de décembre m´avait permis de rentrer chez moi, à Abidjan. Il était venu me chercher à l´aéroport. D´ailleurs, il s´était toujours occupé de moi. À l´époque, je me rappelle qu´il disait souffrir de maux à l´estomac. Je n´avais guère prêté attention à ses propos. J´étais convaincu que ces douleurs s´en iraient aussi vite qu´elles étaient venues. C´est à notre retour d´Espagne, où j´avais accompagné mes partenaires en stage, que mon père m´a annoncé sa disparition. J´ai accusé le coup. C´était terrible.»
Hugo Broos propose alors à Aruna Dindane de prendre quelques jours de congé et de repartir en Côte d´Ivoire rejoindre les siens. Compte tenu de la situation politique explosive qui règne dans le pays, ses proches lui conseillent de demeurer à Bruxelles. Il les écoute, mais il en est frustré. Il comprend ainsi, en une fraction de seconde, que sa vie n´est plus là-bas. Une page est effectivement en train de se tourner dans l´esprit d´Aruna Dindane tandis qu´à des milliers de kilomètres de lui, une famille pleure l´un de ses fils.
Dans ses sociétés où, plus que partout ailleurs, chacun a le sens du partage et de la communauté, comment faire pour accepter de pas être là quand les circonstances réclament pourtant votre présence? Oui! Que faire, sinon se réfugier dans le travail? C´est, en effet, une solution. Une bonne solution? Bosser donc, bosser quotidiennement, un peu plus que la veille et bien moins que le lendemain, mais surtout ne pas sombrer. La planche de salut est là. Elle passe dès lors par cette assiduité à l´entraînement dont Aruna Dindane recueille les premiers fruits à Mouscron. Puis ce sera le Panathinaikos et, enfin, Charleroi.
«Le vrai Aruna est-il de retour?» demande l´Ivoirien, sourire aux lèvres. «Je le souhaite, évidemment, même si le rôle que j´occupe désormais, davantage dans l´axe, est quelque peu différent pour moi. Il n´est pas nouveau, puisque c´est toujours dans cette position centrale que j´étais aligné, en Côte d´Ivoire. C´est à Anderlecht que j´ai glissé sur l´aile.»
C´est à Anderlecht toujours que Dindane retrouve sa place de prédilection. L´initiative vient d´Hugo Broos. Elle date de la venue du Panathinaikos Athènes au Parc Astrid. Elle libère l´Ivoirien d´une forme de travail défensif qui l´autorise à s´économiser. Il n´en est que plus redoutable en zone de finition. Mais pas efficace. Sinon Aruna Dindane aurait fait trembler les filets du Grec Nikopolidis ou bien ceux de Wilfried Godart. Gageons que cela ne saurait tarder. Jan Moons est prévenu. Le ciel aussi...