FOOTBALL - LA DIVISION 1 RENOUE AVEC LA COMPETITION DOMESTIQUE, CE VENDREDI SOIR, AU CANONNIER
La revanche du Standard à Mouscron ?
17 janvier 2003
A l´aller, un penalty manqué par Lukunku avait coûté cher aux Rouches. Waseige garde Ali en haute estime. La roue a tourné pour les deux hommes.
Entre deux havanes et trois matches de NBA qu´il suit toujours avec autant d´intérêt par la grâce de son antenne parabolique, Robert Waseige, confortablement installé dans ses charentaises, commence à trouver l´hiver très long. Limogé, pour la seconde fois de sa carrière, le 15 septembre dernier, l´entraîneur principautaire n´a toujours pas repris du service. Quelques propositions lui sont parvenues, notamment de Chine, mais aucune d´entre elles ne l´a vraiment agréé. Pourtant, c´est sûr, l´homme replongera. Tôt ou tard. Il a encore faim de terrain. Et bien évidemment soif de revanche.
Quoi qu´il ne l´ait pas publiquement admis, il n´a jamais digéré son éviction du Standard au sein duquel ses deux amis les plus fidèles ne l´ont guère soutenu après sa brutale défenestration.
Pour autant, Waseige ne crache pas dans la soupe. Car il aime autant son métier que le club de Sclessin où il a aussi connu d´intenses moments de bonheur. Comme il nous le confiait voici quelques jours : Je suis obstiné mais pas rancunier. Les cicatrices s´effaceront avec le temps. Je me réjouis de voir le Standard remonter la pente. La preuve est faite, par l´absurde, qu´avec un brin de patience, tous les ingrédients étaient réunis pour vivre une bonne saison. Avec ou sans moi.
Ce vendredi, au clair de lune, le Standard aura le redoutable honneur de célébrer la fin de la trêve en se rendant sur les terres de Mouscron, celui-là même contre lequel il avait ouvert les hostilités en début de championnat à l´occasion d´un match fatal aux Rouches... et forcément à Waseige.
Nous avions pourtant préparé cette rencontre avec le plus grand sérieux, conscients de la difficulté et de l´importance qu´implique un lever de rideau.
Mais avec le recul, Waseige admet que son équipe manquait cruellement de points de repères au seuil de la compétition.
Le tour de chauffe était beaucoup trop peu consistant. Mais je n´avais aucune prise sur cette campagne de mise en train. Je me trouvais au Japon, avec l´équipe nationale, quand il a été finalisé. J´ai fait confiance à la direction technique chargée de baliser le terrain. Plutôt que d´effectuer deux stages, l´un en Haute-Savoie, l´autre à Lichtaart, on aurait mieux fait d´étoffer les rencontres amicales. Hormis Moenchengladbach, le Standard n´a pas eu de véritable opposition capable de le mettre en difficulté avant la visite de Mouscron.
Il n´empêche que la confiance habitait tout le staff au seuil de la première épreuve.
Je m´étais évertué, dès mon arrivée, à nettoyer les esprits du passé récent. Ce groupe avait été psychologiquement sinistré par la dernière pige d´Ivic et sa mésaventure survenue sous l´ère Preud´homme. Avec Michel, les joueurs croyaient avoir atteint le nirvana. Ils sont retombés brutalement le cul par terre. Après leur avoir manifesté ma confiance en refusant, dans un premier temps, tout transfert, je voulais leur instiller à nouveau le plaisir de jouer, en leur proposant un style de jeu valorisant, axé sur l´offensive.
De fait, le Standard entama sur les chapeaux de roue les premières minutes de la nouvelle compétition. Face à un adversaire hennuyer très diminué, il mit d´emblée le siège, en cette soirée du 9 août, devant le fortin de Vandendriessche presque essentiellement peuplé de jouvenceaux.
J´avais aligné mon équipe en 4-4-2, selon le schéma de l´équipe nationale, en plaçant Moreira sur le flanc droit de ma ligne médiane. Mais l´artiste n´était pas ce vendredi-là dans un jour faste. Néanmoins, je sentais que nous étions sur le bon chemin. Le public, venu en nombre, était en appétit. Le stade vibrait. La motivation habitait toute l´équipe. Je la sentais en pleine confiance. Peut-être même était-elle trop sûre d´elle.
Survint alors, au quart d´heure, le premier tournant de la partie qui, le saura-t-on jamais, aura peut-être conduit, quelques semaines plus tard, à la destitution du coach.
Héritant d´un penalty, le Standard laissa à Lukunku le soin de rendre la justice. Mais Ali joua de malchance, son envoi frappant la transversale.
Je me refuse toujours à croire que ce loupé a suffi à nous envoyer par le fond. Si tel fut vraiment le cas, alors, il faut bien admettre que mes joueurs n´étaient mentalement pas prêts à surmonter les premières difficultés du championnat. De toutes manières, je n´en voudrai jamais à Lukunku, un élément qu´on m´avait présenté comme un gars à problèmes et dont personnellement je n´ai jamais eu qu´à me louer. Intelligent, il est aussi d´une grande sensibilité. Ses déclarations à mon égard au terme du match de Genk me sont allées droit au cœur. D´autres joueurs m´ont en revanche cruellement déçu. Je ne comprends toujours pas pourquoi Dragutinovic m´a à tel point tiré dans le dos.
Confondant après le repos enthousiasme et précipitation, le Standard creusa sa tombe face à un Excel auquel tout réussissait.
Les dieux du stade avaient choisi leur camp. Tout s´est ligué contre nous et Mouscron s´est imposé 0-3. Le Standard a payé pour apprendre. A lui de prendre sa revanche au Canonnier.
Ni Lukunku ni Waseige ne seront du voyage. Une nouvelle page s´est tournée dans la vie de Robert qui n´émet aucun regret : Qui pourrait me reprocher d´avoir mis fin à mon mandat fédéral pour rejoindre le Standard ? Avec les Diables, j´ai connu 3 années de bonheur qui en valaient 9. J´ai flirté avec les étoiles avant de m´attaquer à un nouveau challenge. L´aventure a mal tourné mais le football, comme la vie, est ainsi fait, avec ses hauts et ses bas.·