FOOTBALL, DIABLES ROUGES
A Annaba, chacun attend son printemps
12 février 2003 - Jean-Louis Donnay
Ce mercredi, en Algérie, les diables rouges entameront leur seul tour de chauffe avant la première épreuve de vérité en Croatie, au mois de mars prochain.
Les premières échéances approchent désormais à grands pas pour Aimé Anthuenis et ses troupes. Fin mars, celles-ci abattront une carte déjà décisive à Zagreb où la Croatie, larguée dans la course à la qualification, devra impérativement l´emporter pour préserver ses chances de survie en phase éliminatoire de l´Euro 2004. Dans la foulée, les Diables iront encore, au seuil de l´été, en Bulgarie, leader autoritaire d´une poule continentale à deux vitesses.
Avant d´aller défier dans leur antre les démons de l´Est, Timmy Simons et ses frères, rassérénés par un 6 sur 6 réalisé en Andorre et en Estonie, effectuent cette semaine un tour de chauffe en Algérie, dans un pays miné par les querelles intestines et vivant en permanence dans la hantise des attentats. En guerre ouverte avec le pouvoir en place, les fondamentalistes musulmans n´épargnent rien à la population algérienne, hôte attentionnée d´une délégation belge qui vivra pendant 48 heures sous haute surveillance.
A Annaba, dans cette station balnéaire en décrépitude proche de la frontière tunisienne où se disputera ce mercredi, devant un stade comble, le remake de l´amical Belgique - Algérie de mai 2000, les Belges, qui rentreront au pays dès la fin de la rencontre, s´accommoderont d´une imposante présence policière collée nuit et jour à leurs basques. Il s´agit là du prix à payer à leur sécurité. Mais, en théorie, ils n´ont rien à craindre dans ce lieu jusqu´ici épargné par tout acte de terrorisme et connaissant pour seule pression la passion, irrépressible, du ballon rond.
Si la Belgique attend avec impatience le printemps, l´Algérie espère, elle aussi, en matière de football, le retour des beaux jours. Depuis le début des années 80 qui l´autorisèrent, sous la conduite d´une génération exceptionnelle emmenée par Dalheb, Belloumi et Madjer, à célébrer à deux reprises l´accès à une phase finale de Coupe du monde, ce peuple de 32 millions d´âmes n´a plus jamais eu la joie de fêter un événement majeur, hormis, bien sûr, en 1990, la victoire en Coupe d´Afrique des nations qu´il organisait sur ses terres. Ce succès annonçait une interminable traversée du désert aggravée par le désengagement massif des grandes entreprises qui parrainaient jadis ses clubs principaux.
Meurtrie par les atrocités qui la frappent au cœur même de son existence quotidienne, l´Algérie en est réduite à compter ses morts plutôt que les buts, l´Etat palliant vaille que vaille la fuite des capitaux privés en injectant dans le sport des subsides largement insuffisants. Ainsi, les clubs manquent-ils cruellement d´infrastructures et Georges Leekens, successeur de Madjer au poste de sélectionneur, aura-t-il bien du mérite à ramener, avant le terme de sa mission, le sourire sur le visage de cette éternelle convalescente.
Notre compatriote ne doit, d´ailleurs, pas entretenir de folles illusions à la veille de ses retrouvailles avec les Diables même si, à Bruxelles, les Algériens, contre toute attente, étaient parvenus à contraindre les Belges au partage blanc. Les Diables avaient livré ce soir-là, peu avant le Mondial, l´un de leurs plus mauvais matchs sous l´ère Waseige, accusant notamment en zone offensive un manque stupéfiant d´imagination et d´efficacité.
Sur ce plan-là, Anthuenis apparaît bien mieux armé que son prédécesseur. Non seulement peut-il compter sur un Sonck revenu au sommet de sa pugnacité mais encore enregistre-t-il les retours conjugués des deux Mpenza. Victimes d´une malchance aveugle, ni Mbo ni Emile n´ont plus joué, depuis septembre, pour le compte de l´équipe nationale qui salue aussi le retour en grâce de Martens et l´apparition de Roussel. Un autre jouvenceau aurait aussi dû être du voyage, mais l´infortune a accablé ce week-end Jelle Van Damme comme elle s´était déjà précédemment abattue sur Valgaeren, cloué par une blessure en Ecosse.
Pour autant, ces défections, complétées par le forfait d´un Baseggio décidément bien fragile, ne devraient pas servir d´excuse, en cas de contre-performance, à un coach d´ailleurs rassuré par l´état de forme d´une majorité d´éléments. Van Buyten, on le sait, crache le feu à Marseille et constituera avec Simons une paire royale dans l´axe d´une défense qui n´a plus concédé le moindre but au cours des 180 dernières minutes de jeu. En réalité, même s´il n´a finalement emmené avec lui que 17 éléments, Anthuenis ne semble avoir que l´embarras du choix, tant dans l´entrejeu qu´en attaque, à charge pour Buffel, le nouveau Degryse, d´occuper le poste de no 10 sur l´échiquier tricolore à nouveau configuré dans un souple 4-4-2 offrant d´emblée à Englebert l´occasion de saisir sa chance en terre africaine. Il reste à espérer que l´état, piteux, de la pelouse et la détermination affichée par les troupes de Leekens, soutenues, en cette journée sainte du sacrifice du mouton, par un public fanatique ne viennent briser l´élan retrouvé d´une Belgique parvenue, pour la première fois, au seuil du top 15 mondial et appelée. en attaque, avec le duo reconstitué Sonck - Mpenza à épingler en déplacement un troisième succès de rang