Un grondement se fit entendre. Ils évitèrent à temps un éboulement de roches en se jetant dans la galerie, l’avalanche condamna son entrée. Le groupe se mit à courir, le tunnel était tellement sombre qu’ils durent tâter les parois de la pointe de leurs épées. Peu après cette course effrénée, ils virent une lueur au bout et percevaient nettement le bruit régulier d’une chute d’eau, mais deux gardes Zoras s’interposèrent.
-Où courez-vous comme ça ? appréhenda l’un d’eux.
-L’Elite nous pourchasse, haleta Ganondorf.
-Le maître bachelier, il est ici ? interrogea l’autre.
-Oui lui et ses guerriers ne vont pas tarder à arriver, confirma Link.
Les hommes poissons portèrent leurs mains à la bouche.
-Nous allons avertir notre roi, Jabu-Jabu.
Ils montèrent un long escalier sinueux et disparurent de la caverne.
Will sortit son calepin et fit des croquis.
La grotte était très haute, des stalactites pointaient dangereusement vers le bas, les mares d’eaux reflétées par une source lumineuse inconnue donnaient des teintes bleutées aux murs, des petits canaux avaient été percés en hauteur dans la roche pour laisser passer des cours d’eaux. Malheureusement, un seul perdurait encore et les autres avaient été pris par le froid de l’extérieur.
Les gardiens leur firent signe de monter, le groupe s’empressa de gravir les marches qui les séparaient de la salle du trône et s’arrêta devant le roi : un énorme poisson pataugeant dans une piscine.
-Etrangers, le temps vous est compté, celui de mon peuple occupant cette caverne y comprit. Vous avez amené l’ennemi à nos portes, et le plus terrible des ennemis à ce qu’on me dit, la quasi-totalité de notre armée s’en est allée à la guerre…
-Vous n’êtes pas en danger ! coupa Will. L’Elite ne s’en prendra pas au peuple, le maître bachelier ne fait que suivre à la lettre les ordres de Ganondark.
Le roi enfonça un œil dans son orbite et éternua, ses interlocuteurs s’écartèrent de la vague provoquée par son expiration brusque.
-Veuillez m’excuser, dit-il.
-Y a-t-il une autre sortie dans ces cavernes ? demanda Zelda.
-Oui, derrière moi, ce passage conduit au plus grand lac des monts du P…
Une explosion retentit, les parois de la grotte tremblèrent, les voyageurs prirent les jambes à leur cou et sortirent.
La rive du lac était complètement gelée, quelques blocs de glace flottaient mollement en son centre, les fugitifs le contournèrent. Ganondorf se figea et constata avec horreur qu’ils laissaient des profondes traces de pas dans la neige, l’Elite n’avait qu’à les suivre !
Le groupe accéléra le pas et s’engagea sur un sentier qui montait en hauteur, au fur et à mesure de leur escapade, la neige tombait de plus en plus, elle leur montait presque aux genoux.
-Nos ennemis se déplacent en chevaux, manifesta Will, ce terrain ne leur est pas favorable, ils seront ralentis.
Les voyageurs étaient épuisés, ils n’avaient pas dormi depuis leur départ au village Cocorico. Ils perdirent le peu d’espoir qui leur restait en découvrant qu’un autre éboulement obstruait le chemin.
-Je peux encore invoquer le vent de Farore, lâcha Zelda.
-La vigueur te manquent, rétorqua Link, tu risques de mourir.
-Nous n’avons pas le choix.
Ganondorf agita ses bottes pour dégager la neige et déclara :
-Je peux t’aider, nous sommes ni dans les ténèbres, ni dans la lumière.
La princesse acquiesça.
-Je ne pense pas que réunir ces deux forces paradoxales soit une bonne idée, s’inquiéta Will.
-Nous n’avons PAS le choix, répéta Zelda.
Les paysages alentours défilèrent dans un maelström d’images floues et multicolores.
La souveraine se rendit compte trop tard de son erreur.
Link apparut quelques mètres au dessus du sol : il s’écroula.
Ganondorf se manifesta juste après et lui tomba dessus.
-Sors de là ! Tu m’écrases !
-Oh… pardon.
Le héros du temps jeta des coups d’œil de tous les cotés :
-Où sont les autres ?!
-Tu veux dire, où sommes nous, nous ?
Ils étaient dans la plaine, celle-ci toujours aussi sombre. Seulement le temps était plus que calme, pas un souffle de ventre, pas une goutte de pluie, le silence total, la lune reflétait doucement sa clarté sur les nuages qui recouvraient le ciel.
-Regarde, désigna Link, il y a une ville fortifiée là-bas.
-Elle est très grande, je n’ai jamais ouïe dire qu’une cité de cette taille eût été bâtie.
-Allons-y, j’ai grand besoin de repos.
Ils marchèrent paisiblement, heureux que les éléments ne les tourmentaient pas une fois de plus. Plusieurs questions trottaient dans leurs têtes, en partie celle de Link : comment ont-ils pu se retrouver à une telle distance des montagnes ? Comment ont-ils pu se séparer des autres ? Etaient-ils en sûreté, loin de l’Elite qui les traquaient sans cesse ? Mais ils n’eurent pas la force de trop approfondir leurs remémorations, la fatigue les accablait affreusement.
Arrivés, devant la muraille, ils désespérèrent en découvrant que les portes était fermées.
Une patrouille de soldats impériaux les interpella, des heaumes noirs recouvraient leurs visages, des fines armures du même métal les enveloppaient de toutes parts, chacun de leurs pas étaient entremêlés de divers cliquetis. Un d’eux, décoré par des bandes rouges sur son poitrail, s’avança d’une démarche autoritaire :
-Je peux savoir ce que vous faites ?
-Nous…
Link écrasa le pied de Ganondorf et déclara :
-Nous n’aurions pas du nous promener dans la plaine, nous demandons à regagner nos maisons, à l’intérieur de cette ville.
-Très bien, accepta le commandant, soldat, ouvrez les portes. Vous, qu’on ne vous reprenne plus dehors.
Ils passèrent l’entrée et entendirent les portes se refermer dans leurs dos avec un bruit sourd.