-Ils sont là !
Link se réveilla et scruta le vide. Il lui était impossible de savoir si ces paroles étaient réelles ou faisaient partie de ses rêves. Il regarda autour de lui, ses compagnons dormaient paisiblement, le bruit des éléments ne les gênait plus, c’était devenu un son habituel, comme un orchestre symphonique, le tout donnant un ensemble harmonieux. Ce dernier s’apprêta à se rendormir quant il entendit des voix. Elles provenaient de dehors.
Il rejeta sa couverture, posa ses pieds sur le parquet, puis descendit l’escalier en essayant le moins possible de faire grincer les marches.
Le seigneur du Malin était toujours endormi sur la table, ronflant légèrement. Le héros vert regarda par la fenêtre et vit avec effroi que des guerriers de l’ombre se préparaient silencieusement dans la nuit en enfilant des armures !
Il bloqua fermement la porte avec une fourche, s’empressa de sortir Ganondorf de ses songes et fit de même avec tous les autres.
-On peut même plus dormir tranquillement… ronchonna Marth.
-Vous ne comprenez pas ! Les cow-boys ont alertés des soldats de l’empire !
-Ah les enfoirés ! s’écria Ganondorf. Je savais bien que l’on ne pouvait pas faire confiance à ces lascars.
Link balaya du regard la pièce à la recherche d’une issue et décida d’évacuer par le toit. Ils sortirent un par un jusqu’à ce qu’il reste le Malin.
-Cette fenêtre est trop petite ! rugit-il.
-Ouvrez ! tonitrua une voix venant d’en bas.
Samus l’aida en le tirant par dehors. Ils eurent l’heur que le toit n’était pas glissant car il était fait de chaume.
« C’est bon on va s’en sortir, se soulagea Roy »
Le héros vert constata avec horreur que son cheval était toujours au ranch. Un guerrier les repéra et hurla à ses comparses de bander leurs arcs. Link se résigna à contrecoeur d’abandonner sa monture plutôt que ses compagnons, s’affirmant qu’il la retrouvera, ou même, qu’elle le retrouvera. Une volée de flèches tenta de transpercer quelques proies mais les fugitifs furent bien heureux d’être hors de portée. Ils sautèrent par dessus la palissade qu’entourait la ferme et se mirent à courir dans la plaine.
-Ils vont faire le tour, lâcha Zelda.
-Princesse ! interpella Ganondorf. Toi qui sais faire des tours de magie, fais quelque chose !
Elle répondit :
-Et pourquoi tu n’invoquerais pas ta superbe sorcellerie des ténèbres ?
-Parce que nous sommes dans les ténèbres, et le seul moyen de contrer ce pouvoir, c’est de…
-Oui ?
-De faire appel à la magie blanche, avoua le Malin en grommelant.
Zelda leva les bras et invoqua le vent de Farore.
-Qu’est que tu f…
Ils disparurent et réapparurent instantanément ailleurs.
-Nous sommes toujours au même endroit, se moqua Ganondorf.
-Non, contredit Zelda, nous sommes à un autre emplacement de la plaine, seulement, le mauvais temps obstrue notre vision.
La pluie sembla s’être calmée mais elle retomba de plus belle, trempant le groupe jusqu’à la moelle.
-Nous sommes sûrement loin des guerriers de l’ombre ! lança Link pour réconforter les autres, en espérant lui-même que ces paroles s’avéraient être justes.
-Et maintenant, dit Samus, vers où allons-nous nous orienter ?
-La tempête semble moins ravageuse qu’avant, remarqua Roy, il y a moins de vent et peu de tonnerre, nous nous trouvons sûrement aux abords de la plaine.
- Moins ravageuse… je n’ai jamais vu une pluie comme ça ! rétorqua Marth en crachotant de l’eau de sa bouche.
-Regardez ! Nous pouvons apercevoir le château d’Hyrule ! s’exclama Zelda.
Ils marchèrent pendant cinq minutes et furent horrifiés de découvrir que les dizaines de maisons qui avaient toujours reposé au pied de la citadelle étaient rasées, témoignant de leur disparition avec quelques poutres cramoisies et des volutes de fumée s’échappant des tas de cendres, comme si le carnage s’était produit hier. Les ruines étant disposées au bord d’un précipice, la forteresse noire lévitait à quelques kilomètres plus loin au dessus d’un océan de lave, la rendant injoignable. Pire encore, un gigantesque champ de force doré l’entourait littéralement, écartant toute intrusion.
Ils penchèrent leurs têtes et reculèrent brusquement en voyant un jet de flammes incandescent grimpant dans les hauteurs, tentant de laper les quelques voyageurs qui auraient l’audace d’oser s’aventurer en pareil lieu. Le même phénomène se répétait à plusieurs endroits de l’océan qui s’étirait à perte de vue.
-Bon eh bien… au moins on sait ce qui nous attend, plaisanta Ganondorf.
-C’est bizarre… la lave devrait être durcie par la pluie incessante, s’interrogea Roy.
-C’est l’oeuvre de la sorcellerie de Ganondark, expliqua Zelda.
-J’ai faim, se plaignit Samus. Je n’ai pas mangé depuis hier.
-Je, je, je, répéta Marth, je… euh nous te signalons que nous n’avons pas non plus mangé. Et ce depuis peut-être même plus longtemps, le jour et la nuit n’ont pas de différences visibles à l’œil nu ici.
-Alors, dit Link, je suppose que nous devons nous rendre au temple du temps.
-La forêt dans laquelle il est bâti est à l’opposée de la plaine… commença Zelda.
-Pas question de la traverser ! coupa Samus.
Ils réfléchirent un moment. Le Malin finit par dire :
-Nous pouvons contourner la plaine, mais ça prendra deux fois plus de temps.
-Deux fois plus de temps, mais deux fois moins de dangers, espéra Roy.
-Il me faut absolument une épée, répéta le héros vert.
-Nous t’en trouverons une, lui assura Marth.
Ils commencèrent à errer, en prenant bien soin de ne pas trop s’enfoncer dans les étendues herbeuses. Les bouts de leurs doigts étaient tous bleus, gelés par le froid, la pluie battait leurs visages, tels des éclats de verres, leurs jambes qui traînaient, leurs bras qui pendaient, tous engourdis. L’espoir que les portes du village Cocorico puissent apparaître devant eux d’une seconde à l’autre était la seule force qui les faisait encore tenir debout. La faim ainsi que la fatigue les taraudait affreusement.
Alors qu’ils perdirent toute espérance, les contours d’une vague lueur lumineuse se dessinèrent petit à petit, une lueur qui se balançait deçà delà au gré du vent.
C’était une lanterne, éclairant ces lettres grossièrement tracées sur une planche de bois cloutée à un arbre : UiIlage C0corico.
Le célèbre arbre qui surplombait l’entrée de Cocorico, sauf qu’il paraissait moins impressionnant qu’il l’eut toujours été.
-… Il a un siècle de moins, se réjouit la voix de Zelda, à peine audible.
Cette découverte rendit une vague de vigueur au groupe, qui poussa les battants de la grande porte construite avec des maigres troncs d’arbres.
Le village était presque le même qu’à l’époque qu’ils connaissaient, manquant seulement quelques maisons de ci de là.
Samus tourna lentement une poignée et le groupe entra sans même frapper à la maison qui était la plus proche.
Un jeune garçon qui lisait un grand livre avec des lunettes ne parut pas effrayé des inconnus qui arrivèrent chez lui. Il devait avoir environ 14 ans.
-De quel droit entrez-vous chez moi ? demanda t-il.
L’inconnu leva son nez et eut enfin l’air d’être surprit.
-Est-ce donc un défilé ?
-Au lieu de servir de belles paroles, dit Ganondorf, essoufflé, apporte nous de la nourriture, je crève la dalle !
Le garçon ne répondit rien, partit farfouiller dans une autre pièce et revint les bras chargés de diverses victuailles.
Les voyageurs avalèrent goulûment la nourriture, sous l’œil paterne et bienveillant du petit homme et Link, reput, s’enquit :
-Merci, comment tu te nommes mon ami ?
-William Richard Darta. Mais vous pouvez m’appeler Will.
Les yeux de Zelda s’écarquillèrent.
-C’est un nom noble, murmura le héros vert.
-C’est surtout mon arrière grand père… susurra Zelda.