Scandale du patinage artistique: le clan français nie en bloc
ARLES (AP) - Les amateurs de nouvelles sensationnelles seront forcément déçus. A Arles, où ils avaient choisi de s´exprimer publiquement pour la première fois depuis les derniers rebondissements du scandale du patinage artistique aux Jeux olympiques de Salt Lake City, les Français Marina Anissina et Gwendal Peizerat ont livré lundi une prestation sans anicroche, qui leur aurait certainement valu un 6.0 en compétition.
Actuellement en tournée de gala dans le Sud de la France, le couple médaillé d´or en danse sur glace aux Jeux olympiques de Salt Lake, accompagné du président de la Fédération française des sports de glace (FFSG) Didier Gailhaguet, a formellement démenti toute implication française dans le plus grand scandale de l´histoire de leur sport, qui a resurgi la semaine dernière avec l´arrestation d´un membre présumé de la mafia russe accusé d´avoir manipulé les résultats des épreuves de patinage aux JO.
Après une brève introduction millimétrée de Didier Gailhaguet visant à présenter l´affaire, les patineurs français, aux côtés des Russes Elena Berezhanaya et Anton Sikharulidze, ont à tour de rôle fait part de leur indignation sur les enquêtes des polices américaine et italienne, qui soupçonnent des représentants français d´avoir manigancé avec leurs homologues russes un échange de voix à Salt Lake City.
"Marina et Gwendal ont gagné leur médaille sur la glace, a affirmé Gailhaguet. Tous les experts ont été unanimes, y compris les détracteurs les plus féroces des athlètes et de la fédération. Gwendal et Marina le disent: ´nous n´avons eu besoin de personne pour gagner"´, a-t-il poursuivi aux côtés des deux patineurs, dont Peizerat, qui portait sur son T-shirt l´inscription "Not Guilty" (non coupable).
Alimzhan Tokhtakhounov, actuellement en détention à Venise et considéré comme l´un des hommes les plus influents d´une organisation moscovite de plus de 3000 membres, est accusé d´avoir tenté de persuader la juge française Marie-Reine Le Gougne de voter pour la paire russe engagée dans l´épreuve des couples, et une juge russe de voter en faveur des Français en lice en danse sur glace.
Les enquêteurs italiens, qui travaillent main dans la main avec le FBI, soupçonnent également les patineurs français et leur entourage d´avoir coopéré avec le suspect. Selon eux, Anissina a été en contact avec Tokhtakhounov après les Jeux, et sa mère s´est entretenue avec lui à Salt Lake.
"Je connais bien sûr M. Tokhtakhounov, a commenté lundi Anissina. On s´est parlé au téléphone de temps en temps. Je l´ai rencontré en 1999 au cours d´une réception où il était honoré. Mais je ne lui ai jamais rien demandé. Tout ça n´est pas vrai du tout. C´est une affaire ridicule, je n´ai vu ça que dans les films américains. Après les Jeux, je n´ai jamais téléphoné, je suis sûre que ce n´est pas ma voix. Je ne sais pas à qui téléphone ma maman, mais je suis sûre qu´elle ne l´a pas fait non plus", a poursuivi la championne, qui a ensuite laissé entendre que les enregistrements de la police italienne et du FBI pouvaient avoir été montés.
Gailhaguet, qui a dénoncé "un complot", s´est par ailleurs étonné du manque d´empressement du FBI, qui selon lui n´a pas souhaité interroger Peizerat et Anissina pendant qu´ils étaient en tournée aux Etats-Unis à partir du mois de mai.
"Une tournée de trois mois, non-stop", a déclaré Gailhaguet, qui a indiqué avoir été approché "10 minutes par un agent du FBI à Salt Lake".
"Ils n´ont jamais été inquiétés. Marina n´a jamais été interrogée. L´affaire Tokhtakhounov n´a été annoncée que lorsque Marina et Gwendal sont retournés en France, le jour-même. Quand on connaît les méthodes du FBI, particulièrement efficaces, je vous laisse apprécier le timing."
Selon Gailhaguet, les "dés ont pu éventuellement être pipés d´avance. (...) J´ai compris que s´il fallait des coupables, eh bien on en trouverait, et de préférence au bas de l´échelle. Mais cette affaire ne concerne en rien la fédération et ses athlètes."
Au mois de février à Salt Lake, les Russes Berezhanaya et Sikharulidze avaient remporté l´épreuve des couples devant les Canadiens Jamie Salé et David Pelletier. Le lendemain, la juge Le Gougne avait affirmé avoir subi des pressions de Gailhaguet pour voter en faveur des Russes; elle s´était ensuite rétractée. Les Canadiens avaient eux aussi obtenu une médaille d´or, sur tapis vert.
La semaine suivante, les Français Anissina et Peizerat avaient remporté la danse sur glace.
Mais Gailhaguet, qui a affirmé donner "une présentation des faits et non pas un récapitulatif à la sauce FBI italiano-new-yorkaise", estime que la thèse du marchandage franco-russe ne tient pas debout, car la juge russe de la danse sur glace n´a pas voté pour les Français.
"La juge russe a voté contre les patineurs français. Où est l´alliance, où est le deal? Il n´y a pas d´axe franco-russe, comme des imbéciles le disent."
Le président du Comité international olympique (CIO) Jacques Rogge a laissé entendre ce week-end qu´en cas de corruption avérée les résultats des épreuves de patinage à Salt Lake pourraient être révisés.
Peizerat, qui affirme avoir appris l´existence de Tokhtakhounov la semaine dernière en Angleterre, où le couple se produisait en gala, n´envisage pas une telle possibilité.
"On ne pourra pas nous retirer la médaille. Elle est là, dans notre coeur", a-t-il dit.
En avril, la Fédération internationale de patinage (ISU) avait condamné Le Gougne et Gailhaguet à trois ans de suspension pour "mauvaise conduite", plus une interdiction d´oeuvrer pour l´ISU lors des JO d´hiver de Turin en 2006. Les deux Français, qui dans un premier temps avaient indiqué leur intention de faire appel de cette décision, ont finalement accepté la sentence. Par souci "d´apaisement", selon le président de la FFSG.
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