L´impression de marcher depuis une éternité, depuis toujours, même. Pourquoi marchait-il encore ? Dans quel but ? Son esprit défaillait. Plus de leitmotiv, seule une aveugle volonté le poussait à continuer. Il ne souffrait pas la faim, ni la soif… il souffrait le silence. Le regard vide, absent, il laissait affluer ses pensées les plus extravagantes au rythme de chacun de ses pas. Pas de " filtre" humain, les idées demeuraient libres, n´étaient pas corrompues par cette réalité, prostrant l´homme dans sa seule certitude. Il jouissait de cette indépendance d´esprit, sans l´influence infectieuse des autres, il n´était guidé que par son âme. Il entrevoyait alors la vérité toute nue, la plus pure et la plus noble. Cette faculté toute trouvée le consolait de sa solitude, prétextant le fait de développer son génie au gré de sa personne. En traversant les pays, il observait les ethnies et les peuplades et pouvait, de sa clairvoyance comprendre qu´elles étaient dans l´erreur. Il laissait pourtant les choses ainsi, leurs aberrances se chargeant de les précipiter vers la décépitude. Le voyageur apatride allait, se renfonçant dans la confortable solitude. Pourtant, avec le temps, au sein de sa conscience, les idées se répercutaient, les schémas ressassant se présentaient à lui avec des traits de plus en plus grossiers et affaiblissaient l´itinérant. Se pourrait-il que son intelligence plafonne ? Il n´arrivait plus à interpréter le flux. Le monde qui l´entourait ne faisait plus que l´oppresser. Il essayait alors d´oublier le désagréable, et chassait toute ébauche pénible de sa tête. Il s´efforçait de rester dans une béatitude qu´il savait détournée. Puis il arriva aux falaises immenses… Etape décisive.