Aujourd´hui, il y a beaucoup de vent. Il ne fait pas très froid, juste doux. Dans le square, il ne semble y avoir personne. On entend rien d´autre que les bourrasques qui viennent de temps à autre balloter les arbres nus, et soulever quelques feuilles mortes dans un petit crissement. Personne sur le toboggan, pas de rire dans le bac à sable, ni sur les cheveaux à ressort. Le tourniquet bercé par le vent, couine en émettant une plainte monotone, et pas d´enfant. Il faut dire que c´est l´hiver, que les enfants sont tous devenus grands dans le quartier, et qu´il n´y a que les bébés qui s´amusent à ça. Personne ne joue plus ici. Personne ne s´amuse à tournoyer sur la plate-forme métallique à s´en donner mal au coeur. On ne prend plus le goûter sur les bancs en bois avec les copains. On ne déterre pas les petits vers de terre visqueux pour les regarder bouger sur le sol. On ne les découpera pas non plus en morceaux par simple cruauté enfantine.
Non, plus personne ne joue, pas même lui recroquevillé dans la cabane en bois. Les vacances durent trop longtemps pour lui, Maman lui conseille de sortir au parc, histoire de jouer avec les autres. Pourtant, il ne s´amuse pas. Il attend seulement que les sanglots s´arrêtent, il ne veut pas que Maman le voit triste en rentrant à la maison. Il n´aime pas quand elle s´inquiète pour lui.