CHAPITRE 1 : Le portail de l’inconnu
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Partie 3 : La promesse
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Lorsque Ageha eut fini de lire la lettre, elle la remit dans l’enveloppe bleue claire qu’elle posa dans l’herbe haute et fraîche devant elle. Ses mains étaient tremblantes, son estomac noué, son cœur faisait des bonds. Lentement, elle tourna son visage vers celui du garçon qui était assis à côté d’elle, puis elle plongea son regard dans le sien.
- Edge ? murmura-t-elle d’une toute petite voix.
- Oui ?
- Qu’est-ce qu’on va devenir ?
Il hésita longuement avant de répondre. Lui-même ne savait pas tellement ce qu’il était en train de leur arriver. Intérieurement, il se sentait la force de se battre pour trouver un moyen de rentrer chez lui, même si cela devait lui prendre beaucoup de temps et d’énergie. Mais il percevait bien que c’était loin d’être le cas d’Ageha. Elle paraissait totalement bouleversée et inapte à dominer ses émotions. Il emprunta son ton le plus rassurant possible et déclara :
- Je ne suis pas actuellement en position de te dire ce qu’on va devenir… Je n’en ai moi-même aucune idée, malheureusement… Mais fais-moi confiance : je trouverai une solution, je nous ramènerai tous les deux chez nous…
Il n’eut pas le temps de mener sa phrase à terme que la jeune fille éclata en sanglots. La vision de cet innocent visage souillé par le désespoir était terrible pour Edgemaster. Il voulait la réconforter, la tranquilliser, l’apaiser, lui donner le sourire. Mais les mots ne venaient pas.
- Je suis désolé, balbutia-t-il.
- Tu n’as pas être désolé, Edge… Tu n’y es pour rien…
Pour combler ses paroles inexistantes, il se rapprocha doucement d’Ageha et lui ouvrit ses bras. Elle apprécia ce geste attentionné, et enfouit son visage inondé de larmes contre le torse du jeune homme.
- C’est horrible, hoqueta-t-elle, sa voix à demi étouffée par le pull en laine dans lequel elle venait de trouver refuge
Il se mit à lui caresser doucement le dos. A travers l’épaisse chemise de nuit, il pouvait ressentir la chaleur émanant de son corps fébrile contre sa main bienveillante. Cette sensation était bien plus agréable que celle procurée par le froid environnant.
- Ageha… Je veux te faire une promesse.
Elle ne répondit pas, attendant qu’il veuille bien approfondir sa pensée.
- Je ne suis pas un homme parfait, et je ne le serai sans doute jamais. Mais malgré ça, je ferai tout, tout ce qui est en mon pouvoir pour te sortir de cette misère. Même si, pour cela, je dois donner ma propre vie…
- Ne dis donc pas de bêtises…
- Ce ne sont pas de bêtises… Toi et moi, nous nous connaissons peu. Très peu, même. Mais tu me touches énormément. La pureté est une noble qualité que tu as la chance de posséder. Et si je dois mourir au nom de la pureté, je n’hésiterai pas une seule seconde : je mourrai, sans aucun regret.
- Je n’en vaux pas la peine…
- Je pense que si… Je te promets, Ageha, je te promets que partout où tu iras, je serai là pour te protéger et t’offrir mon aide en cas de besoin.
Elle resta muette, mais ses pleurs s’affaiblirent un peu. Edge continua :
- Là, maintenant, tout de suite, nous allons faire ce que toi tu as envie de faire. Et si tu veux rester ici à te reposer toute la journée, nous resterons ici à nous reposer toute la journée.
Ils s’étaient tous les deux réveillés dans cette immense plaine verte, il y avait maintenant quelques heures, sans bien sûr comprendre où ils étaient. Derrière eux s’étendait une monstrueuse forêt d’arbres nus à l’aspect plus qu’effrayant. Devant eux, de l’herbe à perte de vue.
- Je n’ai aucune envie de m’aventurer dans cette horrible forêt, dit Ageha en se dégageant doucement de l’étreinte protectrice de son nouvel ami.
Ses dernières larmes étaient en train de mourir, elle commençait à reprendre ses esprits.
- Et bien nous partirons dans la direction opposée, quand tu le voudras, fit Edgemaster.
- La lettre parlait bien d’armes censées nous revenir, non ?
- Oui… Mais je ne sais pas vraiment si cette lettre est à prendre au sérieux…
- Qui aurait intérêt à nous faire une blague de ce style alors que nous nous trouvons dans une époque historique ?
Edge prit une profonde inspiration.
- Pour tout t’avouer, je ne pense pas que nous soyons vraiment à la Renaissance. Les voyages à travers le temps n’existent pas. Nous sommes au vingt-et-unième siècle. Du moins, j’espère…
- C’est ce que je pensais aussi avant de trouver cette lettre… Mais plus je regarde le paysage qui nous entoure, plus je me dis qu’il ne faut pas que je me fasse d’illusions : nous sommes bel et bien au seizième siècle…
- C’est un tableau austère, c’est vrai. Mais même de nos jours, il existe encore des coins de nature comme celui-ci qui donnent la chair de poule.
- Ce qui me donne la chair de poule, murmura Ageha, c’est surtout le ciel… Il est tout blanc, c’est vraiment triste… Et il fait très froid…
- Pas étonnant, nous sommes au mois de décembre…
- C’est vrai… Mais il y a un truc qui cloche… Un truc vraiment malsain… D’ailleurs, je ne préfère pas rester plus longtemps ici : levons-nous et commençons à marcher.
Ils se mirent debout. Edge s’étira en plaçant ses mains derrière sa nuque.
- Si tu as froid, je peux te donner mon pull…
- Mais non ! Je ne suis pas en sucre !
- Tu es sûre ?
- Sûre et certaine que je suis faite d’os, de chair et de sang !
Ils rirent un peu, même si ils n’en avaient pas vraiment le cœur, et se mirent en route.
- Allez ! Partons découvrir qui est l’auteur de cette sale blague ! plaisanta le garçon.
Ageha ne faisait plus attention à ce qu’il disait. Elle était accroupie, en train d’examiner ce qu’elle venait de trouver dans les brins d’herbe géants.
- Heureusement que mon pied a butté là-dedans, dit-elle pour attirer l’attention d’Edgemaster. Sinon nous nous penserions toujours victimes d’un coup monté…
Edge s’approcha d’elle et se dit qu’en effet, le vingt-et-unième siècle devait être bien loin…
A leurs pieds gisaient non seulement deux chemises et deux pantalons en épais coton blanc, mais aussi une paire de tonfas et deux épées de taille différente. Les lames des armes étaient bleues.
- Merde… La lettre disait vrai…
- Alors je suppose qu’on va devoir enfiler ces vêtements et s’armer de ces trucs…
- Tu penses que ça a une importance capitale ? interrogea Edgemaster.
- Je ne sais pas vraiment… Mais j’imagine qu’il vaut mieux qu’on s’équipe au plus vite… Si ces objets se trouvent ici, c’est qu’on risque d’en avoir besoin. Alors dépêchons-nous, habillons-nous, prenons ces épées, et filons.
- Je suis d’accord.
Ageha toussota, gênée. Elle se mit à bredouiller :
- Euh… Tu pourrais te… Te… Enfin, je veux dire…
- Qu’est-ce qu’il y a ?
- Tu… Tu pourrais pas te retourner… Juste le temps que je me change ?
Edge eut un petit rire étouffé.
- Tu pouvais me le demander sans gêne, dit-il en ramassant un pantalon et une chemise.
Il lui tourna le dos, s’éloigna d’elle, et commença à se changer.
- Putain ! gueula-t-il. Il fait froid !
- C’est sûr que quand tu te retrouves en sous-vêtements au beau milieu de la nature en plein hiver, tu risques pas vraiment d’avoir chaud, lui répondit-elle en aboutonnant sa chemise. Surtout qu’à l’époque à laquelle on se trouve, la pollution n’existe pas encore, et le réchauffement de la planète n’est pas encore commencé.
- Comme quoi la pollution n’a pas que des mauvais côtés…
- Ose me dire que tu te mets tous les jours en caleçon dehors, et je ne te croirai pas !
- Tu aurais raison de ne pas me croire ! L’exhibitionnisme ne fait pas encore partie de mes péchés mignons.
- Parce que les mecs comme toi ont des péchés mignons ?
- Oui. Comme je te le disais tout à l’heure, je suis loin d’être parfait…
Ageha s’esclaffa. Elle commençait à beaucoup apprécier la compagnie de ce charmant garçon.
- Je serais curieuse de connaître ton côté obscur !
- C’est bon, je suis habillé ! Je peux me retourner ?
- Oui.
- Qu’est-ce que je fais de ça ? lui demanda-t-il en lui montrant son pull, son jean, ses chaussettes et ses baskets.
- Abandonne tout ça ici. Je crois que ça va pas gêner grand monde…
Il lâcha ses vêtements et rejoignit Ageha devant les armes qui allaient bientôt être les leurs.
- C’est bizarre de marcher pieds nus…
- Très bizarre… Je le constate depuis notre arrivée, n’ayant pas la chance d’être apparue ici habillée correctement.
- Je ne connais pas la signification de ces vêtements blancs, fit-il, mais ils te vont très bien.
- Bof… Le design est pas très recherché, je trouve… Mais bon… Je suis pas ici pour un défilé de mode…
- La dernière chose dont je me souviens de notre époque, c’est d’être sorti boire un verre avec des potes de l’aviron… Je me demande si ils m’ont vu disparaître d’un seul coup…
- A mon avis, c’est le genre de détails qu’il vaut mieux ne pas connaître, dit-elle en s’emparant de la paire de tonfas.
Leurs lames en forme de croissant de lune n’étaient pas très longues, mais semblaient parfaitement aiguisées.
- Talim a des armes comme les tiennes, si je ne me trompe, remarqua Edgemaster en récoltant les deux épées.
La plus petite mesurait à peu près soixante centimètres, sa lame était laide et de forme irrégulière. Il la plaça dans sa main gauche. L’autre était plus grande, mais aussi plus lourde, très droite et brillante. Il la plaça dans sa main droite.
- Et toi, tes épées ressemblent beaucoup à celles de Cervantes, fit Ageha. Tu as la classe !
Peu à peu, elle fut prise d’une indescriptible sensation de bien-être. Une douce flamme chaude embrassait ses entrailles et renforçait un à un tous ses muscles. Son corps entier brûlait d’un inextinguible feu de bravoure euphorique.
- « Et elles empliront vos coeurs et vos âmes de valeurs saines et positives telles que le courage, la fierté et le sens de la justice. »… Edge ? Ressens-tu ce que je ressens ?
Il la regardait en souriant.
- Oui… C’est la première fois que je me sens aussi bien…
- C’est intense… Plus jamais je ne me séparerai de ces tonfas… Je suis presque heureuse de me trouver ici et d’avoir à me battre pour la bonne cause…
Edgemaster hocha la tête de manière affirmative.
- Et bien allons-y ! Allons défendre cette force lumineuse qui nous protège !