Merde ! J’sais même pas où j’suis. On dirait le bâtiment de tout à l’heure mais c’est plus spacieux et j’ai l’impression que c’est vraiment vide cette fois. Enfin, ça a l’air spacieux, je suis dans le noir, depuis un petit bout de temps, ça en a l’air aussi. Il me semble avoir été inconscient durant tout ce temps. J’ai soif et j’ai la dalle. Puis, je tente de me lever avec appréhension, j’ai peur de déchirer ma chaire, trouée par balles, mais bizarrement je ne sens plus rien. Par contre, je n’ai jamais eu aussi soif. Je me fait peut-être des idées mais ça n’a pas l’air normal. Je ne dirais même pas que j’ai soif, mais que je suis desséché. Ma peau est rauque et sèche, ainsi que ma gorge. La faim, je n’en parle même pas. Je suis donc debout, et essaie de trouver un interrupteur pour allumer la lumière. Si je me fie à ma montre, il est trois heures du matin, autrement dit, le soleil n’est pas levé. Je ne trouve pas d’interrupteur mais après un choc confrontant mon bras à une serrure, j’ai compris qu’il y avait une porte. Une chance, la serrure ne tenait plus, j’ai donc pu pousser la porte pour arriver sur une sorte de balcon, habité par de nombreux corbeaux. Plus loin, une terrasse, avec un amas de corbeaux se précipitant chacun son tour sur une sorte de table.
J’ai tout de suite compris que quelque chose n’allait pas chez ces corbeaux. Je rebrousse donc chemin, le cœur battant à toute allure, mais m’arrêtant devant la porte, les jambes tremblotantes. Si je franchis à nouveau cette porte, je me condamne à rester dans le noir, pendant un sacré bout de temps je pense. J’ai toujours l’estomac dans les talons. Tout à l’heure, de mon côté, j’ai vu une passerelle qui menait tout droit dans une chambre, je pourrais peut-être l’escalader, mais je crois qu’il y avait un petit groupe de corbeaux. Bon tant pis, je vais quand même tenter ma chance. Je fais demi-tour et me dirige vers la passerelle. Elle est un peu haute, mais en sautant, je pourrais peut-être l’atteindre. C’est fait, je me suis agrippé à celle-ci à l’aide de mon bras gauche, pose mon pied en appui sur le mur, et me hisse jusqu’à arriver debout sur la passerelle. Je n’ai plus qu’à escalader le seuil de la fenêtre maintenant, j’ai de la chance, elle est ouverte. Je passe une jambe d’abord, puis l’autre, et me voilà dans une chambre éteinte aussi. J’ai l’impression qu’on l’a ouverte pour aérer la pièce, car ça pue vraiment. Tâtonnant quelques secondes, je trouve enfin un interrupteur. La lumière a grillé, mais elle a quand même éclairé, pendant une fraction de seconde, une image subliminale macabre, et une porte juste devant moi. Je suis effrayé. Si j’en crois mes yeux, il y avait quelqu’un de pendu avec en dessous un amas de chaire putréfiée. Ca m’a carrément retourné l’estomac. Je tourne la serrure et me voilà dans un couloir, aussi désert que le cerveau de ces enfoirés qui sont en train de foutre une merde pas possible dans notre petite ville.
Une fois dans le couloir, qui avait lui la lumière qui grésillait et qui allait bientôt s’éteindre, je m’aperçois qu’il est en construction. La tapisserie n’est pas encore terminé, quelques poutres en bois sont étalées par terre, et ça sent la peinture. Hey mais … Merde ! C’est le manoir …
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Voilà la suite.