Pour les joueurs européens ( et a fortiori pour les français), ce principe rappelle énormément un autre jeu sorti en 1992 sur PC : Alone in the Dark de Frédérick Raynal. L’évidence s’impose alors à tous : Resident Evil serait en quelque sorte un remake déguisé du jeu d’Infogrames. Pourtant, interrogé sur la genèse de Resident Evil, Shinji Mikami cite Sweet Home à tout bout de champ mais jamais un mot concernant Alone in the Dark. Sachant que les PC n’ont véritablement percé en masse au Japon que depuis quelques années, osons l’hypothèse improbable : Mikami n’a peut-être jamais entendu parler d’Alone in the Dark lorsqu’il commence à travailler sur Resident Evil. Comme dans les autres arts, les grands esprits du jeu vidéo se croisent… Mais certaines ressemblances restent vraiment troublantes pour se contenter d’une simple coïncidence, à commencer par le choix de personnage au début de l’aventure, le schéma du manoir dont on ne peut sortir, les architectures ( horloges, serre d’intérieur, couloirs étroits, pièces typiques)…
Destins parallèles
Dans les deux titres, le déroulement de l’aventure suit le même principe. En lisant des carnets, journaux, notes qui traînent un peu partout, le joueur assemble peu à peu les pièces du puzzle et comprend progressivement l’origine du chaos qui règne dans les lieux visités. Cette idée était si bien exploitée dans Alone in the Dark que la découverte de certains écrits suffisait à terrifier littéralement le joueur par leur simple pouvoir de suggestion, rendant d’éventuelles cinématiques totalement superflues.
Ce concept se retrouve dans Resident Evil et fonctionne avec plus ou moins de bonheur. Bien mise en scène, l’apparition de certaines créatures provoque une répulsion chez le joueur qui, comprenant que tel zombie n’était auparavant qu’un homme avec ses doutes, faiblesses et sentiments, réfléchit plus souvent qu’il n’y paraît à ses actes destructeurs.
Alone in the Dark se déroule au XIXe siècle et son scénario s’inspire très largement de l’œuvre de l’écrivain Howard Philips Lovecraft, créateur d’une mythologie démoniaque articulée autour de Dieux maléfiques attendant dans une dimension parallèle leur retour sur Terre. De son côté, Shinji Mikami prétend n’accorder que peu d’importance au scénario. Pourtant, une grande habilité de Resident Evil réside dans la modernisation du genre survival horror initié par Frédérick Raynal. L’action prend place en 1998 et les monstres rencontrés résultent d’expériences biologiques malheureuses.
A cet égard, intéressant de constater que Resident Evil et Alone in the Dark se terminent en sous-sols, mais là encore de façon différente. Une caverne aux airs d’enfer pour Alone, un laboratoire high-tech abandonné pour Resident.
Dans la série «une coïncidence, sans doute», notons quelques similitudes amusantes entre les suites des deux séries.
Au début d’Alone in the Dark 2, Edward Carnby fait sauter la grille du nouveau manoir qu’il va explorer, tandis que Resident Evil 2 débute juste après l’explosion provoquée par un camion.
D’entrée de jeu, Carnby récupère une mitraillette et des munitions, donnant le ton du titre plus orienté vers l’action que son prédécesseur, un peu comme Resident Evil 2 ( beaucoup moins complexe que le premier opus). Par la suite, le début d’Alone in the Dark 2 se déroule en extérieur, autour du manoir, à la manière de Resident Evil 2 qui vous promène un peu dans les rues de Raccoon City avant de pénétrer dans le commissariat.
Plus tard dans le titre d’Infogrames, le joueur prend le contrôle d’une petite fille afin de porter secours au héros prisonnier. Plus tard dans celui de Capcom, le joueur dirige Sherry, une petite fille pouvant se faufiler dans certains passages trop étroit pour Claire Redfield, l’héroïne du jeu.
Enfin, le détective Carnby revêt cette fois-ci un costume bleu… justement la couleur de l’espèce de pyjama que porte Léon S. Kennedy, l’autre héros de Resident Evil 2.
Alone in the Dark 3 Ghosts in Town, quant à lui, propose de visiter les rues d’une ville fantôme, également le postulat de départ de Resident Evil 3 Nemesis. L’entrée en scène de Jill Valentine, héroïne sur le retour de Resident Evil, arrive tout de suite après une explosion… phénomène que Carnby ne tarde pas à rencontrer dans Ghosts in Town. Et vestimentairement parlant, le détective de l’étrange est plus légèrement vêtu qu’à l’accoutumée ( pas de veste, juste une chemise) et toujours en bleu. Jill, de son côté, opte pour une minijupe ( qui, comme chacun sait, constitue la tenue idéale pour affronter ce genre de situation) et un haut… bleu.
c´est tout les clins d´oeil à alone in the dark.