Beaucoup de pratiquants de sport (ou système) de combat pensent pratiquer un art martial. J´aimerais ici vous expliquer ce qu´est un art martial ou plutôt ce qu´était au Japon le BUJUTSU (en chinois WUSHU) dans les temps anciens.
Le BUJUTSU ou technique de guerre était un ensemble de plusieurs disciplines de combat étudiées pour les champs de bataille.
Ces disciplines comprenaient des arts de combat à mains nues : YOROI KUMI UCHI, JUJUTSU, YAWARA, et diverses armes de différentes longueurs :
Les armes courtes
JUTTE
WAKIZACHI
TANTO
Éventail de guerre
Les armes moyennes
KATANA
HANBO
NAGAMAKI
Les armes longues
NAGINATA
BO
YARI
Les armes de jet
Arc
TEPPO (arquebuse)
SHURIKEN (couteau de lancer)
... ainsi que l´art des chaînes, faucille à chaînes, et l´art de monter et combattre à cheval. En dehors de ces disciplines, inclus l´art de la stratégie, les japonais ne reconnaissaient pas d´autre BUJUTSU.
Ces BUJUTSU disparurent sous leurs formes guerrières avec l´ère MEIJI (1867), le perfectionnement des armes et la dissolution de la caste privilégiée des BUSHI (guerriers), plus connus sous le nom de SAMURAI.
Quelques années plus tard, en 1899, un universitaire japonais Inazo NITOBE écrivit un livre, intitulé BUSHIDO, qui devint très célèbre et inspira nombre de romanciers, qui le décrivirent comme le code d´honneur des Samourai. L´histoire officielle nous indique donc que ce livre ayant été écrit 32 ans après la disparition des Samourai, il ne pouvait être connu de ces derniers.
Le NINJUTSU, art utilisé par les anciens espions japonais, fut gardé intact, dans le secret le plus absolu. Sous l´occupation américaine, certains japonais ont cru bon de leur enseigner quelques techniques modernes de combat tirées des arts anciens.
Bien entendu, les vrais secrets ne furent pas divulgués à ces envahisseurs !
Le NINJUTSU quant à lui fut enseigné en secret au Docteur HATSUMI par le Ninja TAKAMATSU Toshitsugu, garde du corps du dernier empereur chinois (PU HI) lorsqu´il résida en Mandchourie, appelée alors MANCHUKUO. A la mort de ce dernier ninja, en 1972, le Docteur Hatsumi hérita des neuf écoles de son professeur, qu´il avait lui-même héritées de son grand-père Ninja MASAMITSU TODA, ainsi que de deux autres professeurs Ninja, ISHITANI TAKEKAGE et MIZUTA TADAFUSA. Le Dr Hatsumi réunit ces neuf écoles et créa ainsi le BUJINKAN DOJO.
Contrairement aux Samourai pour qui il était un grand honneur de mourir au combat pour son seigneur, la règle d´or des Ninja était de rester en vie par tous les moyens afin de rapporter à leur chef les renseignements récoltés pendant leur mission. C´est pour cela que les techniques de NINJUTSU sont aujourd´hui enseignées pour la sécurité de ceux qui les pratiquent. Techniques de survie plus que de combat, l´art des Ninja a traversé les siècles pour nous être livré comme un moyen extraordinaire de survie, un art où le destin de l´être humain est reconu comme étant lié à celui de son environnement. Les Ninja tiraient leur pouvoir interne de l´étude des secrets de la Nature, c´est pour cela qu´ils lui portaient un respect quasi religieux.
Pour eux, le plus important était de vivre en harmonie avec la Nature en respectant toute forme d´existence. C´est pour cela que le NINJUTSU en tant qu´art martial est plus une pratique de sauvegarde de la vie qu´un mode de destruction.
D´un point de vue plus technique, il existe une différence fondamentale entre les arts martiaux dont fait partie le NINJUTSU et les sports de combat.
Les sports de combat et de préhension sont liés à la notion de conquête :
Conquête d´un objet (JU-JITSU moderne)
Conquête d´un territoire (SUMO)
Conquête d´un statut (lutte, SAMBO, JUDO).
Selon P. PARLEBAS, il s´agit de "Pratiques individuelles d´affrontement, face à face, dans lesquelles il y a constamment contre-communication entre les adversaires. Ces pratiques se distinguent par un certain rapport de distance d´individu à individu, médié ou non par un engin"
(P. Parlebas : Lexique commenté en science de l´action motrice, 1981)
Il s´agit donc d´une mise en jeu codifiée de la violence dans un affrontement individuel face à face, afin d´évaluer, par rapport à une structure codifiée, lequel répond le mieux aux caractères d´efficacité établis par les règlements.
Les Arts Martiaux sont en partie en accord avec la définition précédente, à quelques détails près : ils ne sont pas assujettis à une réglementation compétitive. Ils restent essentiellement une pratique individuelle où chacun est amené par une recherche personnelle. Cette recherche se définit par une approche différente des activités de combat, l´envie de se mesurer, de se comparer aux autres de façon régulière disparaît, pour laisser place à un travail centré sur soi. Ce travail d´introspection ne peut être réalisable que dans un climat approprié où ne règne aucune compétitivité et où le seul trophée est une victoire sur soi-même. Ma démarche ne consiste en aucune façon à discréditer les sports de combat, elle tente simplement de souligner les différences fondamentales qui font qu´ils diffèrent dans leurs intentions. Mon objectif principal est fondé sur l´ensemble des richesses que peut apporter le NINJUTSU en sa qualité d´Art Martial.
APPROCHE SOCIOPSYCHOLOGIQUE DE L´ACTIVITÉ
Le contexte social originel des Arts Martiaux est né d´un besoin des hommes de se défendre de tous types d´agressions pouvant mettre en péril leur intégrité physique, affective ou sociale. Ils ont ainsi créé et codifié un type de combat afin de pouvoir le transmettre à leur descendance. Cette situation nous oblige à nous interroger sur ce qui peut bien pousser l´homme à vouloir apprendre à se défendre.
L´homme est de "nature" belliqueuse, et ce constat fait depuis fort longtemps "l´homme est un loup pour l´homme" trouve sa source dans deux éléments fondamentaux de l´activité martiale : la peur et la violence. C´est le rapport existant entre ces deux éléments qui constitue une part importante de l´entraînement. La peur engendre la crainte et l´insécurité, principalement parce qu´il y a méconnaissance, l´insécurité engendre le besoin de se sentir protégé, lequel pousse les gens à s´ "armer".
Cet armement est général matériel, car il paraît bien souvent le moyen le plus rapide de résoudre le problème. Cependant, il existe une alternative beaucoup plus sûre et beaucoup plus efficace, l´apprentissage d´un art martial. Cet apprentissage permet aux pratiquants de comprendre les mécanismes de leur peur, face à une violence qui les effraie.
Il existe deux façons de gérer une situation conflictuelle, la prévention ou la répression. La prévention me paraît la méthode la plus efficace à court, moyen et long terme. Le NINJUTSU se propose donc d´éduquer les gens à la violence afin qu´ils en comprennent bien toute l´ampleur. Cette éducation permet aussi de lutter contre l´ignorance et la peur de l´inconnu. Elle apprend aux pratiquants à adopter à leur tour un comportement tourné vers la prévention de la violence par sa compréhension. Cet apprentissage doit être protégé par certaines garanties, qui se manifestent pour le NINJUTSU par la présentation d´un certificat médical d´aptitude à la pratique des Arts Martiaux et d´un casier judiciaire devant être vierge, car il ne s´agit en aucune façon d´armer des individus "à risques".
Cette volonté reste aussi présente dans le règlement du BUJINKAN, qui précise que toutes les personnes ayant des comportements asociaux et n´étant pas en mesure d´avoir un contrôle suffisant d´elles-mêmes ne peuvent suivre cet enseignement. Notre intention reste de préserver la population des actes de violence commis par des individus sans foi ni loi : nous ne souhaitons pas former des assassins mais plutôt des citoyens qui ne soient plus des victimes impuissantes. C´est en éduquant des enfants qui deviendront à leur tour des parents que perdurera la sécurité à laquelle tout être humain a droit.
APPROCHE PÉDAGOGIQUE
Notre action de pédagogue et d´enseignant nous incite à construire et proposer une démarche didactique adéquate. L´apprentissage de l´activité est basé sur une restructuration de l´ "image de soi" et de la représentation de ce que chacun pense être. Cette démarche est mise en application par une redécouverte de son corps, de ce fait l´esprit et le corps travaillent ensemble, le corps devient le "miroir de l´âme" (une personne obtue aura une mobilité très rigide alors qu´une personne plus ouverte aura une mobilité plus naturelle, plus souple).
Concrètement, nous apprenons aux pratiquants à redécouvrir des sensations telles que l´équilibre, le transfert du poids du corps sur ses appuis. C´est par l´intermédiaire de sciences bien établies telles que la psychologie, la sociologie, la physiologie, l´anatomie, la biomécanique, que se justifie notre action d´enseignant.
Dans un second temps nous orientons notre enseignement vers l´apprentissage de principes martiaux visant à se préserver (c´est l´apprentissage des différents types de postures et de déplacements qui permettent de parer les attaques). Parallèlement le travail acrobatique permet l´apprentissage de repères kinesthétiques (savoir se repérer et se situer dans l´espace), nécessaire à une aisance gestuelle et très formatrice pour l´apprentissage des chutes et des projections.
Ce n´est que dans la phase suivante que viendra l´apprentissage de l´attaque et de la contre-attaque. Cet ordre permet à l´étudiant d´entrer à son rythme dans le vif du sujet, et ne le contraint pas à suivre l´évolution du groupe. Cette démarche forme ainsi des citoyens préparés à la violence, qui ne la vivent plus comme une persécution mais comme une détresse de l´agresseur, et la comprennent sans pour autant la justifier.
Ainsi l´étudiant en Arts Martiaux retrouve par sa formation sa tranquilité intérieure, et ne vit plus dans la peur et l´ignorance, mais dans la tranquilité et la sécurité