oirée Virgin/PS2 : comment en est-on arrivé là ?
24/11/2000 20:00:00
Au coeur du Virgin Megastore des Champs-Élysées, des centaines de fidèles à Sony se sont réunis dans un seul but : acheter une Playstation 2.
Sony a choisi le célèbre Virgin Megastore des Champs-Élysées pour amplifier l´événement médiatique que représente le lancement de sa nouvelle console de jeux. Deux heures et demi avant l’heure du lancement officiel, une bonne centaine d’acheteurs potentiels est déjà en train d’attendre patiemment autour d’un énorme pain de sucre aux couleurs métallisées, placé au centre de la salle principale du magasin.
La distribution se ferait par tirage au sort. Ce serait logique étant donné le monde présent, et le peu de consoles disponibles ( entre 100 et 200 selon les sources). Il n’en sera rien. Le bain de foule devient à ce moment là obligatoire pour rejoindre l’autre bout du magasin. Cela n’empêche pas les nombreux médias, qu’ils appartiennent à la télévision, radio, presse écrite ou internet, d’être omniprésents dans chaque recoin, en quête d’interviews originales et d’images représentatives du grand engouement que suscite la Playstation 2.
Le speaker n’a de cesse d’haranguer la foule et d’échauffer les esprits : " La Playstation 2 sera bientôt à vous, plus qu’une petite demi-heure à patienter ! ". On dénombre plusieurs centaines de personnes agglutinées, visiblement prêtes à ne pas se laisser voler leur rêve. Sur fond de musique techno, la chaleur ambiante et la tension montent, la trentaine de membres du service d’ordre doivent réellement faire un solide barrage pour contenir la foule. Placés devant la seule sortie annexe du Virgin Megastore, ils empêchent désormais toute sortie en force par qui que ce soit. Tout le monde est quasiment enfermé à l’intérieur, désormais. Les modalités de l’organisation nous paraissent de plus en plus clair et commencent à nous inquiéter.
L’hystérie et les cris sont à leur maximum quand le dôme se soulève. Visiblement désemparés par le peu de consoles présentes, les premiers rangs exercent alors une pression irrésistible et inévitable. Le barrage du service d’ordre, formé en cercle autour de la marchandise ne peut plus résister. Tout se déroule alors très vite. En moins de deux secondes, la ruée est immédiate et sauvage. Les employés du Virgin sont impitoyablement balayés, éparpillés parmi la foule obsédée par un but capital à cet instant précis : attraper coûte que coûte une console.
La bousculade est violente, les premières personnes servies sont obligées de se réfugier sur le socle de l’étalage, autour de la PS2 géante. Toute sortie paraît alors impossible, car le risque de se prendre des coups et se faire arracher la console est réellement présent. Malgré les tentatives quasi désespérées du speaker, appelant au calme, les boites de jeux commencent à voler dans tous les sens. Certains agents de sécurité essayent tant bien que mal de protéger les plus faibles de cette mêlée violente, mais la loi du plus fort l’emporte sur toute forme de civilité. Un deuxième point de vente au premier étage, plus petit, est également pris d’assaut par des clients prêts à se battre pour être parmi les premiers à s’essayer aux " soi-disantes" nouvelles sensations ludiques.
Le vide ainsi laissé nous permet de contempler des piles de jeux dévastés et éparpillés partout sur le sol. Ce n’était pas qu’une impression, le chaos a bien eu lieu. Pendant ce temps, les acheteurs qui avait réservé leur console, et qui n’ont pas eu à participer à cette guérilla, allaient retirer leur PS2, effarés par ce spectacle, inélégamment offert aux yeux de tous. Pourquoi les autres ne l’ont-ils pas réservés, s’ils tenaient tellement à l’acquérir ?
Le calme est revenu dans l’enceinte du Virgin Megastore. Les acheteurs quittent le magasin, entourés jusqu’à la sortie par les agents de sécurité. Au dehors, la police est également là pour prévenir d’éventuelles agressions. Et ces précautions ne semblent pas superflues, tant le nombre de déçus, repartant les mains vides est important. Le speaker promet d’autres consoles le lendemain matin, mais l’écœurement l’emporte sur tout le reste. La morale qu’ils retiendront ce soir est que pour avoir la chance de dépenser 2990 F et aller s’amuser chez soi dans la foulée, il fallait être bagarreurs, voleurs ou très chanceux. Finalement, le prix à payer pour posséder une Playstation 2 ce soir-là s’est révélé être encore plus élevé que prévu…