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Sinon je viens d'écrire un texte post-défaite de Barcelone. C'était ça ou le gros bad d'une soirée
Bon ça suinte la tristesse d'un Barcelonix mais je poste quand même
Sport. Un mot qui signifie beaucoup, en ce soir du 24 avril 2012.
Sport. Un mot qui implique euphorie, stress, angoisse, frustration, déception, colère, tristesse. On aura eu tout ça en 90 minutes. Une heure et demie qui fait passer par toutes les émotions possibles. Qui les décuple.
Sport. Le sport, c’est peut-être avant tout l’incertitude. Et c’est encore plus vrai dans le cas du football.
L’incertitude, c’est de voir Léo Messi seul face à Petr Cech, qui obtient un pénalty à la 49ème.
L’incertitude, c’est de savoir que le joueur d’1m69 qui laissera une trace indélébile dans le sport moderne peut échouer. Oui, Messi a la balle qualification pour la finale de la C1 au bout du pied mais il PEUT rater une telle occasion.
L’incertitude, c’est donc de savoir que rien n’est joué. Que si Messi rate son occasion, on est parti pour 45 minutes insoutenables. 45 minutes à la sauce Barca/Inter 2010. Une mi-temps totalement frustrante, mais qu’on veut regarder en entier, même si l’écoulement du temps paraît insoutenable.
Oui, on veut regarder cette mi-temps parce qu’on VEUT être présent si quelque chose se passe. On sait que c’est possible. Encore une fois, l’incertitude, c’est de savoir qu’Iniesta peut propulser un missile dans le but de Cech à la 93 ème.
Mais non. Rien de tout ça ne se produit. Les 96 000 spectateurs du Camp Nou sont glacés d’effroi. Et c’est en fait toute l’équipe de Barcelone qui déjoue, au lieu de jouer. On pourra autant qu’on veut qualifier cette double-confrontation de hold-up, c’est vrai. On pourra parler de Barcelone qui touche les montants 4 fois ( !!), de ces dizaines d’occasions vendangées (cette sublimissime passe à l’aveugle de Xavi en première mi-temps !)… Oui, c’est vrai. On pourra aussi reconnaître que c’est finalement cette part de réussite qui fait du sport ce qu’il est. Evidemment que ce n’est pas l’équipe la plus talentueuse, technique ou offensive qui a gagné.
On peut même aller jusqu’à dire que ce match était purement manichéen. C’est ça qui fait la force des grands affrontements. On avait pris l’habitude de voir un Barca gagner envers et contre tout, même contre un Real obstiné à jouer l’affrontement physique à outrance (remember printemps 2011 !). Aujourd’hui, c’était Chelsea qui jouait le rôle du coupeur de têtes. Si les Blues n’ont jamais eu un état d’esprit détestable, ils ont pourtant usés de tous les moyens –légitimes, certes, mais ô combien frustrants- pour enrayer ce Barca qu’on a pris l’habitude de qualifier de superbe, de magique.
Le Grand Barca pose donc un pied à terre. Je vois déjà tous les journalistes tourner autour de la carcasse de cette superbe équipe. Je les entends déjà parler d’une fin d’ère, pointer du doigt les lacunes de Messi… Messi, un joueur qui va d’ailleurs cristalliser les critiques. Pourtant, on sait tous que le Barça va revenir. Qu’il a TOUJOURS eu du mal à maîtriser la période surchargée du mois d’avril. Mais on ne parle pas de n’importe quelle « très bonne équipe » là. On parle d’une équipe qi a/va marquer l’histoire, menée par un vrai génie. Certes éteint ce soir, mais qui peut lui en vouloir après avoir planté plus de 60 buts en une saison ?
C’est finalement ça qui est beau. Tous ces joueurs sont humains. Messi, malgré son nom, ses qualités hors normes, son talent inépuisable, peut lui aussi marquer le pas et ne pas tenir ce rythme infernal. Le génie, aussi infini soit-il, reste humain. Et le génie ne peut rien contre quelque chose de plus fort encore. Donnez-lui le nom que vous voulez : certains parleront des dieux du foot, d’autres de chance, de réalisme, de réussite…. Après tout, peu importe.
La vérité, c’est que Barcelone a perdu une double-confrontation éclairée par son génie. La passe de Xavi dos au but ou la passe millimétrée d’Iniesta pour Fabregas, c’est ça le football dans toute sa pureté. Une équipe historique a cédé son titre européen, et c’est le football qui y perd, en un sens, puisque « le meilleur » ne se qualifie pas.
Mais paradoxalement, c’est le sport dans toute sa globalité qui ressort grandi de cette confrontation. Ces deux matches (déjà historiques ?) viennent nous rappeler ce que Barcelone avait justement réussi à détruire : la glorieuse incertitude du sport existe bel et bien.
C’est à travers cette défaite de Barcelone (cette double défaite, si on ajoute le match contre le Real) qu’on comprend à quel point cette équipe est inoubliable, fantastique : Barcelone avait réussi à instaurer une routine effroyable et magistrale. La routine d’une équipe qui ne perd JAMAIS, qui humilie Manchester United, qui atomise le Real Madrid, qui surmonte une défaite au match aller contre Arsenal. Barcelone semblait avoir vaincu le symbole même du sport : l’incertitude.
Aujourd’hui, les Catalans apparaissent plus vulnérables, et c’est le sport qui vient rappeler sa terrible logique : le meilleur, le plus beau, le plus talentueux, n’est jamais assuré de battre son adversaire. C’est bien ça qui constitue toute la beauté et la cruauté de ce mot.