Avec 10 millions de Wii vendues, Nintendo fait un retour fracassant dans le secteur du jeu vidéo. Doublée dans les années 1990 par Sony et Microsoft, l´ancienne gloire des eighties refait surface. Mieux : elle domine les ventes de consoles et dicte à nouveau sa loi.
Elle devait s´appeler «Revolution» avant d´être baptisée «Wii», plus représentatif de sa volonté d´attirer un public plus large. Pourtant, c´est bien une révolution que Nintendo a imposée au marché du jeu vidéo actuel.
La console Wii est en effet celle qui se vend le mieux, devant les machines super-sophistiquées de Microsoft et Sony. Rien qu´au dernier trimestre aux Etats-Unis, Nintendo a écoulé largement plus de consoles que tous ses concurrents réunis. Son bénéfice net a été multiplié par cinq au premier trimestre 2007, par rapport à 2006, pour atteindre 486 millions d´euros.
Cela fait de la firme japonaise l´une des success stories du moment, alors que certains la croyaient rangée parmi les challengers... voire les loosers.
Il était loin, le temps où Nintendo maîtrisait 90 % du royaume des jeux vidéo. A cette époque - les années 1980 - la firme est présente dans des millions de foyers avec sa NES et des jeux tels que Super Mario Bros. Elle est même l´une des entreprises japonaises les plus rentables, au coude à coude avec Toyota.
Ce succès se prolongera d´ailleurs de manière phénoménale dans l´univers nomade lorsque débarque la GameBoy, qui reste la console portable la plus vendue au monde (118 millions).
Les ingrédients du succès à l´époque sont clairs : l´innovation et l´ouverture à un large public. «Nintendo a été le premier à avoir lancé une vraie console de salon, analyse David Kauffman, responsable du site de location de jeux Gameloop. Son coup de génie était déjà d´innover en proposant une expérience de jeu simple et accessible.»
Arrivée de Sega puis Sony et Microsoft : la fin d´un règne
Les choses se compliquent lorsqu´arrivent de nouveaux concurrents. Sega, tout d´abord, qui s´empare d´une partie importante du marché des consoles avant de s´incliner quelques années plus tard pour se limiter à la création de jeux.
Dès 1994, Sony entre dans l´arène. Sa PlayStation bouleverse l´ordre du marché, et la Nintendo64 de Nintendo ne peut rivaliser. «La stratégie de la Nintendo64 a été un gros échec, souligne David Kauffman. Pour la première fois, Nintendo s´était concentré sur les joueurs plus avertis. Cela n´a pas été concluant.»
Les ventes des consoles ne cessent de diminuer à chaque nouveau modèle. Après les 60 millions de NES, la GameCube n´est vendue qu´à 20 millions, alors que sa rivale, la PlayStation 2, dépasse les 100 millions d´unités, ce qui en fait - aujourd´hui encore - la console la plus vendue dans le monde.
La PS2 atteindra 70 % de part de marché. En 2001, Microsoft, le géant des logiciels, entrera au rayon jeux avec sa Xbox.
Ventes en berne, mais 23% de rentabilité au minimum
Pas de quoi affoler Nintendo : «S´il est vrai qu´en nombre, le succès de la GameCube n´a pas été énorme, il faut remarquer que notre firme n´a jamais perdu le moindre centime sur ses consoles», souligne Franck Le Serrec, responsable du service consommateurs de Nintendo Belgique.
C´est l´une des forces du père de Super Mario : ses recettes ne cessent d´augmenter alors qu´il vend de moins en moins de machines. Même au plus bas de sa cote de popularité, il affiche une rentabilité de 23 %. Certains estiment même les gains de Nintendo à 1,5 million de dollars par personne employée depuis la création de la firme !
Pourquoi ? Simplement parce qu´à l´inverse de ses concurrents, Nintendo refusera toujours de perdre de l´argent sur la fabrication de ses consoles. Son but : gagner de l´argent sur les deux plans, machines et jeux.
Nintendo cartonne, Sony vire, Microsoft répare
En 2002 débarque un nouveau personnage chez Nintendo : Satoru Iwata. Sa fonction ? Président. La mission qu´il se fixe ? Reconquérir un public plus large. Outre une gestion des coûts efficace et le refus de dépenses excessives, l´homme développe une stratégie gagnante.
Il commence avec sa console portable, la DS, qui innove dans les techniques avec un stylet et une série de jeux d´un genre nouveau : entraîner son cerveau, élever un chien virtuel, etc. Résultat ? 48 millions de DS vendues, contre 25 millions pour la PlayStation Portable (PSP) de Sony.
La révolution continue avec le succès de la Wii qui, aidée de sa manette sensorielle, s´engouffre dans cette brèche. Nintendo prévoit ainsi le lancement en 2008 de Wii Fitness, un programme d´entraînement physique.
De quoi faire garder le sourire à Nintendo, tandis que ses concurrents broient du noir. Lors de son exercice fiscal clôturé en mars, Sony affichait une perte de près de 2 milliards. Dans le même temps, la firme annonçait des suppressions d´emplois dans sa division jeux et sa volonté de réduire le prix de vente de sa PS3 ou de créer des packs «console + jeux gratuits». La Xbox 360 de Microsoft, de son côté, fait face à un problème technique massif obligeant la firme à provisionner 1,15 milliard de dollars pour assurer les réparations.
Il est donc clair que Nintendo a, pour le moment, un round d´avance. Attention, cependant : Sony et Microsoft affûtent leurs armes pour éviter le game over.
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