Le réveil sonne, sur la petite table de métal lustré, à côté du lit. Inutilement, comme chaque fois : ses yeux sont déjà ouverts. Il a l´habitude d´être déjà éveillé quand la sonnerie se fait entendre ; d´ailleurs, il ne dort plus, ou presque. Il se dépêtre maladroitement de ses couvertures, constatant avec une brève lueur de surprise que, cette fois encore, elles sont aussi froides que si personne ne s´était blotti dedans. Il se dirige vers la douche ; ah, non, d´abord, démarrer l´ordinateur. Presqu´un rituel, immuable. En chemin, il s´arrête pour jeter un coup d´oeil à son miroir, qui lui renvoie l´image grise d´une figure grise. Reflet sans couleurs, un peu flou. La faible lumière, sans doute.
Il détache son regard du miroir. Ça ne veut rien dire, il le sait bien. Il a la vie dont il rêvait, un travail stable. Il est quelqu´un d´important, à l´abri du besoin. Il a des responsabilités, de l´argent. Des filles aussi, parfois - des filles interchangeables, belles, désirables ; rarement longtemps la même, depuis qu´elle est partie. Non, ne pas y penser, pas à elle. Il a une voiture, un bel appartement, il donne des ordres. Il n´a pas de soucis. Il a ce qu´il voulait.
Mais il s´ennuie, un peu.