je viens de lire une interview de pascal Laugier (martyrs) fort interessante:
http://www.cine-directors.net/interview7.htm
"J’ai quand même la douloureuse impression que la France n’a pas été une terre de contre-culture depuis très très longtemps. Je veux dire, prenons le Rock and Roll, par exemple. Il a juste profondément changé la face du monde, rien de moins, ça a été une pierre d’achoppement de véritables révolutions sociétales et esthétiques partout sur la planète… Mais pas en France. Le monde se shootait aux Rolling Stones et nous on préférait les yéyés, la variétoche… On préférait Franck Alamo aux versions d’origine. En gros, c’est Claude François qui a triomphé. Aujourd’hui, cette culture “clo-clo” continue de nous faire chier. Et c’est sûr que c’est assez cruel pour nous qui avons kiffé sur Argento, Carpenter et tous les autres chevelus qui inventaient quelque chose dont on se sentait proches… Quelque chose qui était si moderne, si excitant… On croyait que ça allait tout éclater, que ça allait invalider tout le reste pour très longtemps… Le magazine Métal Hurlant arrivait, mettant à jour une imagerie qui était la notre, Dionnet et Manoeuvre à la télé balançaient des images nouvelles, Starfix déboulait à son tour… Y’avait de quoi s’exciter… Et tout ça, chez nous, n’a à peu près rien donné… Quelques court-métrages, quelques trucs cultes vus par cinq mille personnes, aujourd’hui bien oubliés, putain, ça fait pas lourd… Je me souviens du double programme Le Bunker de la dernière Rafale – Eraserhead, à minuit… C’était chouette… C’était la promesse d’un territoire nouveau qui s’ouvrait… Le cinoche français allait enfin nous ressembler… En fait, on était totalement minoritaires… Et on l’est toujours aujourd’hui. Même si la pop-culture a triomphé partout dans le monde, pour le meilleur et pour le pire, la France n’a quasiment pas bougé. Elle reste un pays fondamentalement conservateur, ancré dans une idée de l’art national en tant que patrimoine établi. Un truc à peu près immuable. Crispé sur sa propre survie. Un art de papa pour papa. Le musette repris par Patrick Bruel. L’horreur totale, en ce qui me concerne. Et il me semble que la France n’a jamais eu aussi peur de sa jeunesse qu’aujourd’hui… Cette jeunesse qui lit massivement des mangas, veritable phénomène d’édition nationale mais qui ne fait l’objet d’aucun article ni reportage sérieux dans les medias. Et quand ceux-ci, constraints, se mettent à parler de ce qui leur échappe, c’est toujours avec paternalisme et condescendence. En gros, je ne vois pas le bout du tunnel pour demain. Mais peut être suis-je un brin désabusé… En même temps, je me dis qu’il suffit qu’un petit génie débarque, qu’il fasse un film qui mette tout le monde d’accord pour que l’espoir renaisse. Faut jamais tout enterrer, même si mon pessimisme me pousse volontiers vers cette facilité. Parce que, fondamentalement, ma passion est intacte. J’y crois encore. Parce que l’amertume ne saurait être une option. Et qu’Alexandrie Alexandra n’aura jamais ma peau, faut quand même pas déconner."