Possible Spoil de Mulholland Drive et, dans une moindre mesure, de Virgin Suicide.
Je vais être franc, ce n'était que pure provocation, je n'avais encore vu aucun des deux films.
Autant s'engager avec des a priori pour ne pas être déçu.
Totalement emporté par Mulholland Drive, a défaut d'avoir pu comprendre tout ce qui défilait sous mes yeux. A ce stade, je ne pense même pas que l'on puisse parler de narration labyrinthique, tant il est difficile de cerner les ficelles du récit et les individus qui les tirent. Pour autant, les personnages de Lynch m'ont totalement séduit, des plus limpides aux plus énigmatiques, et ils sont nombreux! Le couple de vieux, le clochard, tous les cols blanc qui encadrent la réalisation du film de Kesher, sans parler du Cow-boy. 
Bel entrelacement d'intrigues et de genre cinématographiques, l'absurdité des situations dont Kesher est prisonnier m'a fait penser à la façon dont les frères Coen traitent leurs personnages.
Le plus sidérant c'est quand même ce basculement qui a lieu au 2/3 du film. Toutes les cartes scrupuleusement disposés sur la table sont redistribués. Effectivement, il n'y a rien de mieux pour déclencher une bonne migraine que de modifier l'identité des personnages, réécrire leur histoire et se jouer des quelques paradoxes créés pour l'occasion.
D'après moi, ce chapitre en roue libre est le plus envoûtant, les transitions entre les scènes sont purement délirantes, et maintiennent le cerveau en ébullition pendant plus d'un demi-heure. Mais c'est surtout pour Naomi Watts que je retiendrai ce film, c'est par le biais de toutes les identités dont elle s'empare, de ses multiples visages, et de toutes les émotions qu'elle dégage que la mise en abîme du cinéma fait sens.
C'est intéressant de voir que même quand le récit se brouille, ou s'attaque à notre mémoire en corrigeant brutalement le destin de certains personnages, et leurs liaisons, un élément perdure comme un souvenir à moitié effacé : l'amour et l'attirance charnelle de Betty pour la belle inconnue. Il est difficile d'affirmer que cet amour ait été partagé un jour, l’ambiguïté qui accompagne chaque regard vire quasiment à la psychose, les éclairs de complicité entre les deux femmes semble être le fruit de rencontres hallucinées et dénote totalement avec la cruauté dont fait preuve Camilla en public.
Difficile de rester insensible à la déchéance de Betty, incarnée dans la personne de Diane. Tout lui a été dérobé, sa vie d'actrice, et l'objet de ses désirs. Je pense que c'est aussi de cette injustice que traite le film, en nous plongeant dans une réalité (?) chamboulée, oppressante, où le personnage le plus stable (au sens où elle est émotionnellement et historiquement liée à son "rôle" précédent) est victime d'un acharnement pour le moins déstabilisant tant il semble gratuit.
Lynch ne déroge pas à sa réputation, on en ressort mystifié. Cette apparition fantomatique des deux femmes qui conclut le film fait jaillir tant de mélancolie. Érigées en véritables objets de fascination, leur disparition échappe à toute interprétation possible. D'un point de vue émotionnel, ça me fait beaucoup penser à la conclusion de Virgin Suicide.
D'autres ont-ils apprécié ? (mes deux prédécesseurs n'ont pas été très emballés visiblement, même avec toutes ces pairs de nichons outrageusement dévoilés
)