Concernant Shutter Island (attention,
)
Par où commencer ? Certes Shutter Island, c'est un thriller, ouais c'est psy, mais c'est un film de scorsese, donc un film pas fait à moitié, où chaque plan = une idée, et où la symbolique est ultra-importante ... je vais noter ici le rôle des différents éléments (pas au sens eau, terre, feu, etc, même si bon ...) et les recoupements avec les effets dans le film ...
Comme pour Jurassic Park, on a le droit à l'île, domaine de l'esprit en quelque sorte, sauf qu'au lieu que ça soit le ÇA qui nous attaque, on a le droit à Di Caprio qui se fait sa propre psychanalyse. Je pars bien sûr du fait que tout le monde en est arrivé à la même conclusion évidente, c'est à dire que le héros n'est pas fou (je reviendrais là-dessus).
On peut facilement lister des éléments récurrents au film :
- fumée
- eau
- feu
- Lumière
Que note-t-on pour la fumée, quand voit-on de la fumée ? Et bien d'abord, on nous en parle au début du film, la femme d'Edward est morte par la fumée, pas par le feu ... on nous annonce dés le début qu'il faut se méfier de la fumée ...
De la même manière, amusons-nous à remarquer qu'à chaque fois qu'un mensonge, qu'un passage trouble ou qui tente à se faire passer pour vrai apparaît (rêves hallucinatoires notamment), quelqu'un allume sa pipe, sa cigarette, il y a de la fumée dans la salle (choquant au moment où Edward demande où est son coéquipier, le psychiatre allume sa pipe et lui réponds "vous n'en avez pas") De même, les clopes qu'on file à Edward, clopes au neuroleptiques, productrices de fumée ... la fumée n'est cependant pas le feu, il se fait tout du moins passer pour lui ...
Le feu, lui, apparaît comme vérité, feu qui luit dans la caverne où Edward rencontre la vraie Rachel Solando (feu de la connaissance peut-être), le même feu qui se produit dans l'explosion de la voiture, où souvenirs vrais et modifiés se font passer pour une réalité (notez à ce propos la différence chromatique entre la petite fille et la femme d'Edward, la fille est grise, la femme en couleur : on essaye de nous faire assembler des choses qui n'ont aucun rapport), le même feu qui, à nouveau apparaît dans le rêve d'Edward après que sa femme soit tombée en poussière, oui, elle est morte, il faut s'y faire ... Cependant, le feu dans un bureau rouge avec des nazis, on ne nous y prendra pas, c'est un feu diabolique ...
L'eau maintenant, qui entoure l'île, qui empêche d'aller au phare, qui sali tout, notamment les souvenirs d'Edward, la fin du rêve, la femme d'Edward quand celui-ci confond réalité et rêve (au moment où elle entre par une porte, trempée) ... cette même eau du mensonge où Edward va repêcher ses enfants, ceux qu'il aurait voulu sauver des camps ... Edward affronte cette eau pour aller jusqu'au phare, c'est à dire ...
La lumière. Source de chaleur n'est pas forcément vérité, ainsi le phare est l'endroit où l'on sait tout, où l'on sait combien on nous manipule, c'est d'ailleurs sur le plan du phare, avec une musique particulièrement lourde que le film se termine, là où Edward accepte son destin, devenir un fantôme ...
C'est bien beau une telle symbolique, mais si on est pas sûr qu'il soit pas fou ?
Ben on est pas attentif. Le film est parsemé de détrompeurs, quand Edward commence à rêver des camps, la seule musique qu'on entendait jusqu'alors (classique) est remplacée par de sons stridents et désaccordés ... cette même musique qui revient dans la vision de fin, là où Edward tue sa femme ...
musique à partir de laquelle Edward commence à revoir les mêmes scènes que la veille, personnes changés cependant, on commence donc à modifier sa pensée ... normal d'un côté, la première clope qu'on lui a filé au début du film venait de son "coéquipier".
On peut parler aussi de la cravate de Edward, su laquelle on insiste pas mal, et bien elle n'apparaît pas dans cette vision fausse, elle est bizarrement classe ...
De même, Edward est armé à nouveau, comme pendant la guerre, à l'époque où il tuait des nazis (d'autant que les psys et le directeur ont de sacrées têtes qui y font bien penser ...)
Que dire de plus, ah si, dans la prison, l'endroit où apparaît la femme d'Edward, des signes cabalistico-diaboliques sont largement visibles quand celle-ci disparaît ... on ne peut pas être plus clair (j'ai été surpris en le revoyant) ...
Et puis bien sûr, la réplique de fin qui interpelle largement le psychiatre d'Edward "que préférez-vous, vivre en monstre ou mourir en homme de bien ?" ... comme on connaît le sort d'Edward, alors on donne facilement le rôle à l'autre ...
Bon, Pavay tout ça, ok, mais franchement, que Scorsese ne sorte qu'un film tout les 2 ans, je suis d'accord, si c'est pour nous faire des chez d'oeuvre comme ceux-là ... et encore, un pro du plan par plan se régalerait niveau lecture du film, moi j'y capte quasi que dalle ...
Bref, quelle bombe ce film, on en apprend plus à chaque fois qu'on le voit ...