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- Prologue, An 986 -
Les cieux étaient obscurcis.
Dans le palais sombre, la lumière avait fuit devant les ténèbres.
Plus rien ne préservait l´immense cité du chaos et de l´effroi.
La forteresse dominait, inquiétante. Elle présidait dans cette contrée dévastée et ravagée par l´horreur. Elle reposait sur une base rocailleuse, où la seule végétation était constituée de ronces et de cyprès agonisants.
La joie était exclue.
Depuis longtemps, le soleil ne se levait plus sur les champs d´Omeï.
La nuit était éternelle et souveraine. Seuls de violents éclairs risquaient déchirer cette obscurité permanente.
Dans la salle principale, un trône accueillait une silhouette étrange. Les nombreuses colonnes noires soutenaient la voute sombre de cette triste architecture. Les murs étaient sales, tachés de sang sêché. Le sol était comme vivant, comme une peau infectée d´immondices démoniaques. Des peintures écaillées ornaient les façades inquiétantes. Et de nombreux soldats rasaient ces murs maléfiques.
Un homme entra dans la salle, il semblait de grade superieur, car son uniforme différait des autres légionnaires. Un heaume recouvrait son visage, mais on pouvait voir ses cheveux noirs s´échapper de ce casque d´airain. A sa ceinture, un grand cimeterre dormait dans son fourreau de jais. Sa tunique était d´une soie élégante. De nombreuses médailles y étaient accrochées, évoquant de grands actes. Il semblait dévoué. Il s´inclina, puis dit :
- La victoire est acquise, Votre Emminence.
Chi You ne répondit pas.
Seul son souffle lent assurait son existence. On aurait pu aisément le confondre avec une statue.
Ses traits demeuraient mystèrieux. Le lourd capuchon recouvrait la moitié de son visage, laissant entrevoir des lèvres minces et closes. Ses mains étaient fines et reposaient sur les accoudoirs de pierre. Sa longue robe ne révélait aucune autre partie car elle dissimulait l´intégralité de son corps. Sa couleur était unique et assombrie.
Nul ne pouvait prétendre avoir vu son visage et pouvoir en témoigner. Ceux qui perçaient le secret de son regard l´emportait avec eux aux cités des ombres.
- Nous avons vaincu, Maître, reprit le soldat. Le Royaume du Phoenix est défait. Celui du Dragon résiste, mais ce n´est qu´une question de temps.
- Voilà qui est appréciable, répondit le Démon.
Sa voix était incroyablement douce, inspirait la confiance et évoquait la bonté.
Cependant, il n´avait pas bougé. Il conservait toujours la même position statique.
En retrait du trône, de part et d´autre, deux gardes impériaux accompagnaient la silhouette effrayante. Leur uniforme était d´un noir complet et brillant, leur ceinture d´un rouge pourpre. Leurs mains gantées, empoignaient de lourds sabres aux lames luisantes.
Puis, le soldat se retira.
La pièce recouvra son silence oppressant.
Chi You ôta sa capuche. Les deux gardes purent voir une chevelure plus noire que la nuit elle-même, elle reluisait dans les ténèbres de reflêts surnaturels. Cependant son visage restait indistinct de cet angle.
Il souriait.
Bientôt, les cieux s´ouvriraient. La conquète pourrait s´accomplir et la cruauté se déverser au royaume du Soleil.
Il fallait attendre désormais...
- Hor -
- Seigneur !
L´homme tomba sur les dalles blanches. Il se tenait le ventre d´où s´écoulait abondemment un sang frais. La plaie était profonde, il était perdu. Il sentait ses sens se dérober à mesure que le froid glacial l´envahissait.
Le Haut Commandant descendit de son siège de velours et s´approcha du blessé :
- Parles mon ami. Hâtes toi de me révéler ton secret, je ne puis te mentir, ton souffle est le dernier. Révèles moi ce qui te pèses.
L´homme toussa dans une gerbe de sang et déclara avec peine :
- Nos confrères du Sud ont péri. L´Obscur a envahit les territoires de Hen. Ce fléau immonde se répand comme la peste...
Ce furent ses dernières paroles, étouffées d´une toux sanglante.
Le liquide rouge se déversait sur le sol immaculé.
Il y eut un silence, puis dans l´assemblée, un magistrat s´écria :
- Nous sommes tous perdus ! Chi You a vaincu !
- Ne prononces jamais son nom ici-bas, tu entends ! L´élocution même de son être peut corrompre nos esprits. Ne sous estime jamais son influence, encore moins sa puissance ! En aucun cas !
Le Haut Commandant s´était exprimé.
- Ecoutez moi, reprit-il. Notre destinée est serieusement compromise. Le Royaume du Phoenix est tombé. Nous sommes le dernier rempart contre l´apocalypse de l´Obscur. Il nous faut réagir contre ce despote et au plus vite. Han et la Terre ne doit échouer entre les cerres du Démon.
- C´est un peu facile, s´énerva un second magistrat. Le Sud est vaincu et les légions sinistres sont à nos portes. Le Phoenix à péri et le Dragon subira bientôt le même sort. Que préconisez vous donc ?
- L´alliance !
Tout le monde se retourna.
Mais ce n´était pas la voix du Haut Commandant mais celle de Daon Li, conseiller suprême, qui venait de résonner.
- Notre reigne s´achève, la défaite nous accable. Qu´allons nous faire ? Attendre l´opposant et combattre en vain ? Dans l´attente d´une mort probable ? La puissance contre laquelle nous nous dressons est immense et échappe à notre conception. Allions nous avec l´Obscur et conquierons le monde ensemble ! L´espoir est oublié, collaborons dans un futur heureux et prospère. Je vous le dis à tous, pensez à l´avenir, au devenir de vos enfants. Allions nous pendant qu´il en est encore temps. Viendra l´instant où nous ne pourrons faire machine arrière et là, les conséquences de notre obstination seront désastreuses.
L´assemblée fut plongé dans un mutisme collectif. Tous ou presque savait que la fin était proche et les dires de Daon Li transpiraient de vérité, de fatalité aussi. Mais une voix trancha ces réflexions :
- Pauvre imbécile ! interpella Tsui Chik. Crois tu réellement que l´Obscur nous tendra sa main corrompue ? Penses tu que son trône puisse nous consacrer une place au sein même de sa politique de terreur ? Es tu assez naïf pour le croire, Daon Li ? Il nous détruira comme il a détruit nos frères du Sud !
Puis, il s´adressa à l´assemblée toute entière :
- Avez vous eu vent des exactions perpétrées par ce démon ? Les hommes du royaume voisin furent massacrés jusqu´au dernier, les femmes violées puis tuées, les enfants déportés. La seule place que vous aurez en joignant sa cause sera celle des nombreux esclaves qui nourrissent son armée, ou au fond même de l´obscurité, dans ses cachots immondes où vous moisirez comme des insectes !
L´intendant, et ami du Haut Commandant, avait toujours été un orateur exemplaire. Il savait captiver les foules. Il gagnait les faveurs du peuple en quelques phrases. Son élocution n´avait d´égale que sa bonté et sa loyauté envers le Royaume.
Dans sa grande toge blanche, il avait défait les pitoyables arguments de ce collaborateur sans scruppules.
Daon Li se figea. L´insulte l´avait blessé mais il rétorqua :
- Ce seront vous les imbéciles, bandes de crétins aveugles et vieillissants, quand vous comprendrez quelle fut votre fatale erreur ! Lorsque votre dernier souffle expirera, vous vous souviendrez de mes conseils, pendant que moi, je me prélasserais dans le confort et la luxure !
Puis, il se tut soudainement, rougissant, comme si la honte lui fit prendre conscience de ce qu´il disait.
- Voilà donc toute ta noblesse, Daon Li ! Ton masque tombe enfin, révélant ton affreux visage.
Va ! Tu n´es plus digne de sieger dans cette assemblée.
Daon Li, éberlué et épris de colère dit :
- Si tel est ton souhait Tsui Chik le sage, je m´en vais, mais saches que nos destins se croiseront bientôt et tu regretteras les propos que tu me tînt aujourd´hui. Tu les regretteras quand tu verras l´armée Obscure déferler sur vos terres saintes, sur vos petites réunions et sur ta demeure. Tu regretteras et tu comprendras...
Sur ce, Daon Li quitta les lieux sous les regards abbasourdis.
Tsui Chik, lui aussi savait qu´ils se reverraient et il en eu un léger frisson.
Et le temps pressait, il fallait trouver une solution, il réflêchit...
- Un nouvel espoir -
Sous la coupole spléenétique du ciel, au milieu des nuages dansants, s´étendaient les terres de Han, le Royaume du Dragon. Les paysages étaient verdoyants et luxuriants, les couleurs chatoyantes et les fleuves chantants. Au coeur du Royaume, et de la cité blanche de Hor, se dressait le monument ancestral, l´Assemblée. Là, se rassemblaient les magistrats de toute la comté, afin de discuter des problèmes éventuels et d´en opter les solutions appropriées. Tout se décidait dans l´Assemblée. Les lois étaient votées, les décisions réflêchies. Les sages de tout le pays siégeaient et se conseillaient.
Mais aujourd´hui, l´heure était grave.
Aux portes du Royaume, la bataille était à son apogée. L´Obscur repoussait davantage l´armée blanche. Ses sinistres bataillons s´apprétaient à envahir les territoires de Han pour y déverser leurs rangs de frayeur.
Au milieu de l´Assemblée, le Haut Commandant s´évertuait de modérer le conseil.
Daon Li s´était révélé aux yeux de tous. Il désirait l´alliance. Mais le Dragon blanc n´épouserait jamais les sombres desseins du Démon Chi You. L´intendant Tsui Chik avait parlé en son nom.
Daon Li était parti, vexé, la rancune au coeur.
Dans l´arène de verre, Tsui Chik réflêchissait. Il caressait sa longue barbe grise de ses maigres doigts. Il ne savait que faire, l´Obscur se révélait extrèmement puissant. Le tyran noir était en passe de réaliser ses plans de conquète et d´invasion.
Dans l´Assemblée, chacun pensait, comme si la solution pouvait venir d´elle-même.
Tous semblaient abbatus mais une voix éveilla les consciences :
- Il reste encore un espoir.
Tsui Chik se retourna, et tous accompagnèrent son regard.
Depuis le début du conseil, Boddhi Sattva s´était tu. Il écoutait attentivement.
Tsui Chik observa le vieux bouddhiste. Ses cheveux étaient coupés ras, sa peau était brune, tannée comme un vieux cuir et semblait robuste. Dans sa vieille étoffe grise, Boddhi Sattva avait parlé calmement.
- Explique toi, mon ami, réagit Tsui Chik.
- Deux miroirs de jade, clés des cieux, seront les geôliers du Démon Obscur, souffla le moine.
- Mais qu´est ce que c´est que ce charabia ?! s´énerva le Haut Commandant.
- En son coeur, ils dorment, puis scelleront l´Ombre et son invasion, continua t-il.
- Expliquez vous mieux, vieux moine ? tenta Tsui Chik.
- Dans le coeur de la montagne sacrée, dans le coeur de Cyao, répondit Boddhi Sathva.
- Cyao ? s´étonna le Haut Commandant.
Tsui Chik s´interrogea, pensif. La montagne de Cyao et ses dangers pouvaient elle avoir son rôle dans ce conflit.
- Au coeur même de Cyao, deux miroirs reposent sur l´équilibre naturel, ils sont la quintessence du Yin et du Yang. Essence des royaumes flamboyants, du Phoenix et du Dragon, ils terrasseront le Démon, révéla Boddhi Sattva.
- Ainsi, il nous faut aller chercher ces mirroirs sur Cyao ? demanda Tsui Chik.
- C´est ainsi, répondit le mystèrieux moine. Mais il faut agir vite. Le Démon sera térassé quand les miroirs s´uniront et que les astres s´aligneront.
- Mais c´est dans exactement quarante-neufs jours ! s´exclama le Haut Commandant.
- Il nous faut essayer, intimma l´intendant Tsui Chik.
- Mais quarante-neufs jours, c´est trop long ! Tiendrons nous assez longtemps face à l´ennemi ? C´est impossible ! s´excita le Haut Commandant.
- C´est pourquoi, nous devons suivre les conseils de Boddhi Sattva, c´est notre dernière chance, notre salut ultime, et il nous faut agir dés maintenant.
- Mais qui charger de cette mission périlleuse ? se risqua le Haut Commandant.
- J´ai bien ma petite idée, lui répondit Tsui Chik...
- Loyauté -
- Mon lieutenant ! Derrière vous !
Chen Zhen se retourna, fit une roulade sur le coté esquivant de justesse le fil acéré de la hache qui s´abbattait sur lui. Il se releva, para les coups de son adversaire. Maître des armes, le Lieutenant Chen Zhen combattait fièrement pour le Royaume.
Aux portes de Han, le combat était intense. Les troupes de l´Obscur se faisaient de plus en plus destructrices. L´armée du Dragon pliait sous la marée noire qui s´écoulait sur elle.
La défaite était proche, et la bannière atroce de l´Obscur flottait dans le vent puissant.
Le lieutenant fendait l´air et l´ennemi. Il trancha le bras de son adversaire mais aucun sang ne versa.
- Mais de quoi sont faits ces démons ! cria t-il.
Personne ne l´entendit. Le bruit était incessant. Les épées s´entrechoquaient, les cottes de mailles cliquetaient. Sa voix fut couverte par cet assourdissement meurtrier.
L´homme s´avérait d´une dextérité rare. Son sabre de lumière était comme le prolongement de son bras. Nul ne pouvait l´approcher sans être faucher de son arme lumineuse.
Chen Zhen était passé maître dans l´art guerrier. Il était l´émanation corporelle même du Qi, qui concentré en un point libérait toute la puissance en un seul coup, ultime et fatal. La conception du combat du lieutenant résidait dans l´idée que le corps se devait d´être souple et dur, car l´équilibre entre le Yin et le Yang, devait permettre d´acquérir le style pur. Ainsi, il pouvait prendre toutes formes pour se tendre d´un coup et frapper aussi sêchement qu´un fouet.
L´Obscur avait beau être puissant, son infanterie pouvait bien être immense, les sinistres soldats n´étaient que de piètres combattants face à sa science meurtrière.
Il regarda autour de lui. Le combat faisait rage. Des hordes de mercenaires déferlaient de nulle part.
Chen Zhen était vêtu d´une tunique nacrée. Une cotte de mailles d´acier blanc le protégeait des flêches. Ses longs et noirs cheveux battus par les vents, semblaient s´animer d´une force supérieure. Ses traits étaient fins et jeunes. Seules quelques mêches grisonnantes trahissaient son âge déjà avancé. Ses yeux étaient noirs et scintillaient d´une flamme cuivrée, révélation même de sa force et de sa détermination.
Il était lieutenant de l´Armée Blanche.
Jamais, il ne s´allierait à l´Obscur, son coeur était pur. Il aimait bien trop les jardins, les champs et les eaux du Royaume, pour les voir s´assombrir sous l´emprise perfide du démon Chi You.
Il protégerait le Royaume de l´ignominie noire, il protégerait sa famille, son village Kun Lun.
Il reprit le combat et pourfendait de sa lame les soldats obscurs. Mais plus il lui semblait combattre ce mal, plus leur nombre paraissaît croître.
L´espoir le quittait. Et les cieux, jadis clairs et azurés, se teintaient de noirceur.
Il chercha du regard ses semblables mais dans ce brouillard de violence, il ne vit que de nombreux corps jonchant les terres sacrées.
L´Obscur progressait.
Il soupira et ferma les yeux, attendant inéxorablement que la mort le fauche.
- Lieutenant ! interpela une voix atténuée.
Un des rares survivants se présenta à lui :
- Nous sommes perdus, mon lieutenant ! Il nous faut quitter cet endroit infernal ! Le Haut Commandant vous demande de toute urgence ! Vous devez rejoindre Hor au plus vite !
Chen Zhen acquiesa et embrassa une dernière fois les environs dévastés, où les cadavres s´entassaient.
Il n´y avait plus rien à faire sinon fuir.
- Je te suis, dit-il. Conduis moi, poursuivit-il d´une voix ferme et triste.
Et le lieutenant suivit l´homme. Ils prirent leurs montures et chevauchèrent jusqu´à Hor.
L´Obscur avait écrasé l´armée blanche et avançait doucement mais assurément.
Et dans les cieux sanglants, le soleil suffoquait...
- Toujours errant -
Sous la pénible brûlure du soleil, la foule hurlait, excitée, frénétique et sauvage.
Un homme était accrouppie. Son visage saignait.
De nombreuses plaies parsemaient son corps meurtrie.
Il descendit sous les moqueries du peuple cruel, et disparut, honteux.
Encore pouvait-il rendre grâce aux dieux, à l´issue du combat, d´avoir la vie sauve.
Au coin du ring, assis sur un tabouret de paille, Ting Lao souriait.
Les sourcils froncés, il fixait la vaste foule. Son visage était fin mais dur. Seuls ses yeux rieurs témoignaient de la joie de vivre qui emplissait le jeune homme. Une légère cicatrice zébrait sa joue gauche, et ses cheveux noirs et courts étaient humides.
Il se leva.
Ting Lao était vêtu d´un pantalon noir bouffant et de petits chaussons gris. Au dessus du foulard soyeux qui encerclait sa taille, il demeurait nu. Son corps était longiligne mais fort.
Mais ce qui surpprenait le plus était sans conteste, l´immense tatouage du garçon. Un magnifique dragon blanc voyageait sur son corps. Il parcourait son échine, son torse et sa nuque aussi. Le dragon semblait l´enserrer comme pour mieux le protéger. Artistiquement, la bête fabuleuse était fantastique.
Touts les regards étaient rivés sur le jeune phénomène.
Tous applaudissaient l´extraordinaire combattant qu´était le jeune Ting Lao.
Dans la bourgade Hu-Shi, au nord, les combats et autres tournois étaient fréquents.
Aux confins des profondeurs rurales, encastrée aux creux des montagnes, la ville de Hu-Shi demeurait le haut-lieu de la contrebande. Elle regorgeait de crapules, malfrats et autres racailles. Aucune loi ne régissait le hameau dangereux. C´était en quelque sorte, le repère des exclus, délaissés, et autres résidus du Royaume ; comme une concentration de misère et de délinquence.
Et au milieu de la grande place, Ting Lao corrigeait ces bouseux.
Personne ne croyait en son potentiel, mais lorsqu´il dégraffait sa chemise, tous assistaient à l´incroyable talent du jeune homme. Et celui qui avait eu la vaillance ou l´inconscience de le défier, le regrettait amèrement.
Les mains dans le dos, il s´adressa à la population :
- Alors ? Plus personne ? Le valeureux qui me vaincra sera riche ! Regardez touts les taels que j´ai amassé en quelques victoires ! Ma bourse est pleine ! Elle sera à celui qui parviendra à me défaire !
- Moi ! fit une voix grave dans la foule.
Les gens s´écartèrent et un véritable colosse emmergea de la marée humaine.
Son crane était chauve et sa barbe, rousse, semblait crépiter comme quelque feu rougeoyant. Ses bras étaient de deux fois ceux de Ting Lao. Il souriait, découvrant une rangée de dents gatées et pourries.
Son torse imposant, était nu et velu. L´homme paraissait dément et son regard était vide.
- Enfin ! s´écria Ting Lao à l´approche du géant.
- Prépares toi à rentrer chez ta maman ! cria la voix insultante du barbu.
- Si tu réussis à me battre, ou si je descends du ring avant toi, ma bourse sera tienne, proposa le jeune homme.
Mais à peine avait il achevé sa phrase, que son adversaire bondit sur lui. Il l´aggrippa de ses énormes mains, le souleva et le jeta par dessus les cordes.
Ting Lao vola et échoua sur le sol dur et ferme, sous les regards éffarés des curieux.
Il était hors du ring.
- J´ai gagné ! vociféra le barbu. J´ai vaincu le marmot ! Je suis le grand champion !
Et il s´agitait sur le ring, sautant comme un furieux.
Et déjà Ting Lao se relevait, observant son adversaire, une flamme brûlant dans ses yeux.
La blancheur du dragon étincelait sur son corps et se faisait aveuglante comme un versant de montagne enneigée sous un soleil puissant.
Il ne souriait plus. Un filet de sang noir coulait le long de ses lèvres minces.
Sans mot dire, il remonta sur le ring.
La foule assistait, spectatrice, aux évènements. On entendait les oiseaux chanter au loin, l´air était pesant et oppressant.
Amusé, l´immense carcasse humaine cessa ses aboiements :
- Tu as perdu, gamin ! Files moi ta bourse et déguerpis avant que je devienne vraiment méchant !
- Ce n´est pas encore terminé, dis calmement Ting Lao.
- Et bien, on va terminer, nabot ! Mais je détestes les mauvais joueurs, tu vas t´en mordre les doigts !
Alors le barbu réitéra sa grossière attaque. Il se jeta sur le garçon, mais cette fois-ci le dragon déploya ses ailes.
Dans un salto arrière, Ting Lao parut s´envoler. Ses jambes déssinèrent un cercle et vinrent succéssivement heurter la machoire de l´homme, qui sous le double impact, voltigea sous le regard de chacun.
Un instant, l´image sembla se figer, où un monstre de chaire était comme suspendue dans les airs, et où un jeune homme s´élevait et dansait dans le vent, plus souple et léger que le souffle du matin.
Puis, l´énorme masse s´écroula sur le ring dans un nuage de poussière. Il gisait, inerte, la nuque brisée.
Ting Lao retomba sur ses pieds, plus agile qu´un jaguar.
La foule était en admiration. L´espace d´un instant, tous avait vu un dragon se déchainer.
Il remit lentement sa chemise, puis descendit du ring, et se fraya un chemin au travers les nombreux badauts.
Une larme coulait doucement sur sa joue.
Tout n´était que violence, fuite, cris et sang. Une fois de plus, il avait oté la vie de l´un de ses frères, l´un de ses semblables.
Il marchait sous le soleil mourrant.
Cela faisait maintenant deux longues et tristes années que Ting Lao arpentait les chemins, en recherche de son passé, de son enfance oubliée. Il enchainait combats et autres jeux d´argent, inlassablement, toujours errant.
Il y a douze ans, Ting Lao naquit. Il naquit lorsqu´il se réveilla dans les montagnes du nord, le corps ensanglanté, le visage écorché, la mémoire délaissée. Il était amnésique.
Un immense dragon marquait son corps jeune, seul et cruel héritage du passé.
Il fut recueilli par les bonzes et élevé dans un monastère taoïste. On le baptisa et on évalua son âge qui atteignait désormais vingt ans, peut-être plus.
On lui enseigna touts styles de combat. Wushu, Tae Kwon Do, Jujitsu, Kendo, Viet Vodao et même Muay Thaï. Toutes les disciplines guerrières de diverses latitudes n´avaient plus de secrets pour lui.
Puis, il avait quitté le temple, voilà deux ans maintenant.
Il sortit de Hu-Shi. Cette ville commençait à le révulser à l´excès, et mieux valait pour lui ne pas trop s´attarder parmi ces sauvages. Il y avait eu beaucoup d´agitation aujourd´hui, et il en était le catalyseur principal. Il lui fallait fuir, encore.
Il marcha donc le long de la route principale, en direction du sud.
Le soleil disparaissait derrière les collines à l´horizon. Sur les terres de Han, les contrastes s´affirmaient à mesure que l´ombre grandissait.
Il était seul.
Soudain, des bruits de galop se firent entendre. Deux cavaliers blancs apparurent alors. Ils cessèrent leurs chevauchées, lorsqu´ils virent le garçon.
Ils l´observèrent en silence.
Après un bref instant, Ting Lao dit :
- Puis je vous aider, seigneurs ?
Il avait reconnu les uniformes conformes à ceux de l´armée royale. Mieux valait faire preuve de respect.
- Es-tu Ting Lao ? interpella le premier soldat.
- Non, répondit celui-ci, devrais-je ?
- Ôtes ta chemise ! ordonna le soldat.
- C´est qu´il fait un peu frisquet ce soir, répondit Ting Lao.
- Ne me forces pas à mettre pied à terre, mon garçon ! s´énerva le cavalier.
- Et pourquoi le ferais-je ? interrogea le jeune homme.
- Mille taels pour toi, si tu enlèves ton veston ! soupira le soldat éxcedé.
- Il suffisait de négocier, plaisanta le garçon. Mais l´argent avant tout !
Le soldat lui lança une bourse pleine :
- Bon et maintenant, enlèves ta chemise !
- Oui mon caporal ! fit Ting Lao amusé.
Il retira sa chemise et au contact des lumières douces et cuivrées du soleil couchant, le dragon sembla s´éveiller.
- C´est lui, murmura le second cavalier.
- Tu vas nous suivre ! reprit le premier.
- Ah ça ! fit le jeune homme surpris. J´en serais grandement étonné !
Le soldat sortit une autre bourse, beaucoup plus volumineuse que la précédente.
- Mais on peut s´arranger, continua Ting Lao.
Ses yeux s´enflammèrent et il tendit sa main vers le soldat, mais jamais il ne vit la lourde massue qui s´abbattit sur sa tête, le plongeant dans une fosse d´inconscience.
Il eut tout juste le temps de sentir les lourdes chaînes que les cavaliers lui passèrent aux poignets, avant de sombrer dans un sommeil forcé...
- L´évasion -
Lorsque Ting lao recouvra ses esprits, la douleur lui déchira les poignets. Les menottes glaciales et rouillées mordaient sa chaire et déjà, les plaies s´infectaient.
Egaré dans un cachot sombre et humide, il se réveilla.
Au coeur d´une cellule où la lumière s´interdisait, les lourdes chaînes le séquestraient aux ombres, le soumettant aux infernales puanteurs qui étouffaient l´oxygène. Dans cette densité, contraint à inhaler ces odeurs rances et putrides, il baignait dans les miroirs d´eaux sales qui tapissaient le sol. Sans cesse, la lente mélodie hypnotisante des gouttes perlant sur la terre, dénotait la cadence insultante du temps qui s´écoulait.
Il ne savait depuis combien de jours il moisissait dans l´exiguë cage de rocaille. Les murs semblaient suinter tant l´accablante chaleur devenait acre et corrosive. Il suffoquait.
A sa droite, gisait une écuelle en argile cuite où refroidissait un gruau dessêché, qui lui enleva toute faim éventuelle.
Puis, malgré les maux qui assaillaient son crâne, il se souvînt.
Le combat contre le barbu. La fuite. Les soldats. Sa capture. Tout revînt.
Se jouant de sa confiance, les deux légionnaires l´avaient assommé. Il palpa sa bosse sur son front, elle héritait de ces instants. Brides abattues, ils avaient chevauché durant la nuit. Ils l´avaient ensuite escorté jusque dans cette infecte prison. Il ne savait si le meurtre du barbu justifiait son arrestation.
Il essaya d´appeler, mais sa gorge aride, tarie comme un vieux puit, lui brûla. Seule une plainte rauque et étouffée s´en échappa.
Puis, un bruit attira son attention et s´ensuivit un cri léger ainsi qu´une sensation étrange contre sa cuisse courbaturée. Un rat venait de l´effleurer, ajoutant à la répugnance croissante de ces lieux crasseux. Dégouté, et quelque peu effrayé, il se leva mais les liens d´acier le retinrent. Epuisé, il s´affala au pied de la paroi rocheuse.
Le temps parut s´éteindre et les minutes s´étirer, augmenter sans jamais rompre. La loi temporelle était abolie et tout sembla se crisper, se figer dans la noirceur et l´opacité qui régnaient.
Le silence assourdissait sa conscience, devenait insoutenable.
Soudain, les gonds grincèrent et gémirent. L´énorme porte de fonte s´ouvrit doucement et la lumière s´y engouffra, chassant les ombres. Les rayons lumineux vinrent griffer ses yeux avec férocité. Il enfouit son visage au creux de ses mains, et au travers celles-ci, un homme approchait. De sa démarche éclopée, le geôlier avançait péniblement. Il pencha sur le jeune homme un faciès vultueux et ravagé, libérant une haleine avinée. Il empestait la sueur et l´alcool.
- Amène toi ! cracha-t-il. On te demande !
Mais Ting lao ne bronchait pas. Encore étourdie par le contraste soudain qu´infligeait la lumière, il n´entendait pas. Le garde vociféra quelques insultes gratuites. L´oeil torve, il considéra son prisonnier puis lui décocha un furieux coup de botte dans la machoire. Lao sembla s´évanouir et ses gencives entamées commencèrent à saigner. Le geôlier, froissé, s´énerva de plus belle, mais, sous l´inconscience de son detenu, décida de lui retirer ses fers. Le dragon, aussi torpide parraissait-il, veillait prudemment.
Lorsque l´ultime chaîne lui fut ôtée, Ting Lao s´éveilla et s´envola au dessus de l´homme, lui fracturant l´épaule d´un mouvement rapide et efficace. Le garde hurla de douleur mais cessa lorsque sa nuque fut rompue par le talon meurtrier du garçon. L´imposante masse ivre et imbibée, chu, inerte, avec fracas. Lao était libre mais révolté. Il pris soin de se saisir d´une lance qui ornait les murs fissurés, puis s´empressa de quitter la cellule nauséabonde.
Il marcha quelques instants puis déboucha sur un large corridor semblable à l´allée principale d´un bâtiment où les appartements étaient substitués par de sombres cachots. A son extremité, une persienne invitait le soleil. Les parois érigées de lourdes pierres liées d´un ciment rudimentaire, s´éclairaient de lumières tamisées par l´air chaud et brûmeux. Il progressa et arriva au pied d´un escalier qui serpentait en colimaçon. Il entreprit de le gravir. Ce qu´il fit fit prestement. Au terme des nombreuses marches, deux soldats surprirent son évasion et se jetèrent à son encontre, brandissant de longs glaives. Mais Lao était vif. Il dessina de grandes courbes de sa lance et désarma ses opposants en un laps de temps prodigieusement bref. Ses adversaires envisagèrent la fuite, mais, craignant que son évasion ne s´ébruite, les contraignit au silence par la force des choses. Il continua, toujours aux aguets, mais une nouvelle escouade rencontra son chemin. Hurlants et furieux, les hommes du Royaume bondirent vers le garçon, mais aucun ne parvînt à destination. Ting Lao isola chacun de ses ennemis. Tous furent défaits car le jeune homme frappaient vite et fort. Ces piètres guerriers ne pouvaient soutenir la comparaison et ils en subirent la sanction.
Lorsque Lao poursuivit sa route, il délaissa une demi-douzaine de corps gémissants derrière lui.
Il arriva ensuite dans une grande salle pareille à un autel. De larges dalles de marbres blancs s´étendaient sur le sol. Il traversa la pièce, mais arrivé à son centre, de part et d´autre, un groupe de soldats entra, cimeterres aux poings. Lao considéra avec inquiétude sa situation lorqu´il vit qu´un géant accompagnait le bataillon. Les soldats occuppèrent la salle et en gardèrent les deux entrées.
- Ting Lao, je vous somme de vous rendre sur le champ ! lui cria l´un des gardes.
- Viens-y, si tu l´oses, répliqua-t-il.
Puis, devant le refus catégorique mais prévisible du garçon, il apostropha le géant :
- C´est à toi, Kato. Fais entendre raison à ce jeune et rétif renégat, qu´il comprenne qu´on ne fait pas attendre impunément le Haut Commandant.
Il n´eut en aucun cas besoin de se répéter. Le géant s´exécuta, se dirigeant vers le jeune Lao.
Kato était vraiment très grand, mesurant presque de deux fois la taille de Lao, avoisinant sans mal les trois mêtres. Ses bras étaient également immenses et musclés. Son torse était dénué de toutes pilosités. De son visage simiesque, une longue et abondante chevelure sombre tombait sur ses larges épaules. Le nez épaté et les yeux noirs, il avançait, souriant. Un haillon beige enserrait son bassin, et de grandes boucles argentées étincelaient à ses oreilles effilées. Kato n´avait pas grand chose d´humain, en réalité.
Il progressait vers le garçon, l´oeil menaçant.
Lao décida de le prendre de vitesse et sauta, pied tendu vers son visage. Mais Kato attrappa sa jambe et le retourna. Puis, toujours aussi calmement, lui assena un violent coup de son énorme poing dans le ventre. Lao hurla, toussa. Mais déjà le géant s´acharnait avec véhémence sur le jeune Lao. Il le rossait délibérément, sans retenue, et le sang coulait.
Avant qu´il ne soit trop tard, le soldat intervînt :
- Ca suffit Kato ! Il s´agirait de ne pas trop nous l´esquinter tout de même. Le Haut Commandant le réclame, finit-il en s´esclaffant.
Alors le géant arrêta et le déposa soigneusement à terre, lui murmurant :
- J´agis sous les ordres, uniquement sous les ordres. Ne m´en veut pas.
Mais Lao n´entendit pas ou peu. Il était inconscient, une fois encore…
- Le Coeur du Dragon -
Dans l´épaisse nuit noire qui noyait les territoires de Han, une jeune fille, les yeux étincelants et la chevelure dansante, précédée d´un fier et blanc soldat, galopait vers la cité de lumière. Elle suivait son destin, empreintant les sentiers hasardeux de l´existence.
Le vent soufflait, rugissait comme un fauve. Elle contemplait le ciel constellé de diamants éternels, songeant au passé. Elle se remémorait son enfance sage et tranquille dans la ville qui l´avait vu naître, Biao. Elle se rappelait sa jeunesse, où elle étudiait, souhaitait et soupirait ; à l´amour de ses parents également. Elle avait tant rêver partir, voyager, s´impregner des moeurs étrangers et sentir le parfum des contrées éloignées. Sa destinée avait mué. On l´avait appelé. L´enjeu était celui des hommes. Elle n´avait pu refuser.
- Mademoiselle ? fit le soldat.
- Oui, répondit Wei, arrachée à ses pensées.
- Nous arrivons bientôt.
Elle acquiesça et accéléra son galop d´un violent coup de cravache sur le robuste étalon. C´est alors que la brume se dissipa comme par enchantement, et l´imposante cité s´éleva majestueusement. La grande capitale était incomensurablement vaste et encerclée par de hautes fortifications surveillées par de nombreuses sentinelles, perpetuellement aux aguets.
Devant la stupéfaction qui naissait sur le visage de la jeune fille, le soldat jugea nécéssaire de lui fournir une petite explication :
- Comme vous le savez déjà, mademoiselle, nous sommes en période de guerre. Aussi, la plupart de nos terres, au sud, près de la frontière du Phoenix, sont désormais sous le joug de la dictature Obscure. Par conséquent et logiquement, la vigilance est décuplée à son apogée. En outre, un royaume quel qu´il soit, et à plus forte raison celui qui est le nôtre, se doit de protéger sa métropole. C´est pourquoi Hor ne doit tomber aux griffes de l´Ennemi. L´inverse s´accompagnerait de la défaite. Et même si le régime en vigueur parvient à migrer en des lieux plus sûrs, le sentiment de défaite serait approuvé et consommé par notre peuple. Dans l´esprit de chacun, abandonner le palais, révelerait un consentement de notre part, même si en vérité, cette idée est erronée. Nous ne pouvons perdre Hor car la symbolique est trop évidente. Hor est le Royaume. Si la ville, l´Assemblée, le Haut Commandant demeurent préservés, c´est toute la nation qui l´est aussi ; même si en pratique il peut en être tout autre. Comprenez nous, mademoiselle Wang, nous éprouvons un désir essentiel que chacun continue la lutte, et ce, même au sein de son village, champ ou ferme. De cette manière, nous maintiendrons la résistance et feront face à l´Obscur. L´erreur de notre frère du Phoenix, s´expliqua du fait que Reïs, leur capitale, fut envahi avant même que la guerre à proprement parler, n´éclate sur leur sol. Dés ce sombre et triste instant, chacun du accepter et se résigner à souffrir. L´espoir a fuit leurs âmes. Autant le fermier que le légionnaire n´a désormais plus foi en le salut de son pays. Avant que les conflits ne déchirent les territoires de Hen, le gouvernement fut dissout, l´armée absorbée et l´insignifiante resistance happée par le gouffre Obscur. Tout le pays est à présent désorienté, abandonné, sans aucune aide superieure et exterieure. S´ajoute à cela l´apparition de plusieurs groupuscules et factions sévissant à travers le royaume, composés de démunis, hors-la-loi divers et bandits de mauvais chemin. L´anarchie est totale et abreuve ce chaos. En cela, nous tenterons d´éviter qu´une telle situation vienne à se reproduire. La cité de Hor doit rayonner, l´Assemblée continuer de siéger, car elle constitue le poumon du Royaume, le foyer de tous les espoirs, le coeur du Dragon. Nous permettrons à tous d´esperer en la victoire, même si au regard de notre position actuelle, elle se révèle bien lointaine.
Wei avait écouté avec beaucoup d´attention sans intervenir inutilement durant le long plaidoyer. Son expression était devenue grave, ses sourcils s´étaient froncés. Le soldat l´avait perçu. Aussi ajouta-t-il :
- Mais ne vous tourmentez point, mademoiselle. Tant qu´il y a de la vie, il y a de l´espoir, dit-on.
- Si vous le dîtes alors, fit la jeune fille.
- Qui plus est, poursuivit le soldat, la mission qui vous est confiée représente ce nouvel espoir et autant de raisons de croire en la victoire.
- Nous verrons bien, dit Wei à elle même, nous verrons bien…
Peu après, ils arrivèrent au pied de la grande et forte muraille qui ceinturait la cité. Une immense porte close attendait de s´ouvrir. Au sommet de son beffroi, un soldat interpela le couple de cavaliers :
- Qui va là ? Déclinez identité, rang et matricule !!
- Ishiin Che, répondit le soldat qui accompagnait Wei, 24ème régiment des forces Blanches, matricule 2378.
La sentinelle considéra son répertoire puis annonça :
- Permission accordée. Votres venue m´était indiquée. La jeune fille qui vous suit se nomme...
- Wang, Wei Wang, interrompit celle ci.
- C´est cela même, reprit la sentinelle. Passez !
L´énorme porte grinça, trembla et finit par s´ouvrir sur Hor. Ils pénètrèrent en son sein. Wei emmerveillée, fut réellement stupéfaite par l´incroyable densité qui peuplait la capitale. Une agitation incroyable animait les ruelles, embrasait les nombreuses places colorées. La circulation, considérablement dense, captivait son attention. Les carioles et charues se bousculaient. Les chevaux et boeufs assourdissaient les conversations marchandes. La faune citadine rugissait. Son regard voyageait tantôt sur les boutiques envahies, les édivices bravant les cieux, quelques édicules isolés. De grandes avenues perforaient la métropole du Soleil. Le coeur du Dragon palpitait. Tous semblaient joyeux, ignorants du danger qui menaçait. La magnifique et cosmopolite cité ennivrait la jeune fille. Le soldat trancha cependant son admiration :
- Il faut se hâter désormais. Je comprends votre stupéfaction, mais nous devons gagner le Palais au plus vite.
- Je vous suis, consentis Wei.
Alors le soldat redoubla de vitesse et galopa vers le centre de Hor, en son noyau. Wei le suivait, le regard égaré par toutes cette nouveauté étrange et mystèrieuse. Fascinée aussi par ces merveilles promises. Ils chevauchèrent ainsi à toute allure le long de l´artère palatine bordée de saules florissants et de cerisiers blancs. Les sabots résonnaient dans un rythme effréné sur les dalles usées de la chaussée. Les quelques promeneurs se retournaient, capturant le regard de Wei, curieux de surprendre une fille si jeune escortée par telle compagnie. La cadence diminua, ils arrivaient.
Deux bâtiments éminemment différents composaient ce que tous appelaient le Monument. Le premier regroupait les appartements du Haut Commandant, de la lignée royale et du conseiller suprême. Tour immense, d´une blancheur immaculée, l´aile gauche du Monument s´élevait, priant le soleil, caressant les cieux. A sa cime, comme perchée en équilibre, une gigantesque coupole renversée, pareille à une bassine de verre, accueillait un vaste parc, des jardins parfumés, quelques fontaines chantantes. C´était un véritable Eden parmi les nuages, secret et esseulé. De la cité, la Blanche Tour scintillait de mille reflêts. Et les grandes baies vitrées qui zèbraient sa stature fuselée, semblaient de glace et de cristal.
A une centaine de mêtres de la Tour, démarquée d´une grande place dénudée de verdure, un bloc imposant, sombre et complexe établissait l´aile droite du Monument, le Quartier. En son sein, quelques appartements. Officiers, domestiques et assimilés etaient concentrés. Le Quartier se distinguait par de nombreuses branches, chacune affectée à un département bien particulier. Parmi ceux-ci, on comptait l´Armée, la Justice, la Trésorerie, les Relations Interieures et bien encore. En vérité, le Quartier demeurait le réel centre gouvernementale du Royaume. Le Haut Commandant ne s´y rendait que très rarement. Une visite annuelle tout au plus. Seul son conseiller suprême arpentait les grandes allées du Quartier, informant sa majesté des présentes réalités, de l´actualité et de l´évolution de sa politique engagée.
Arrivé aux écuries du Quartier, le soldat confia sa monture aux écuyers royaux, imité de près par la jeune fille. Ils prirent le chemin de la Blanche Tour. Une grande allée dallée de marbre vert joignait les deux ailes du Monument. Quelques cyprès fleuris longeaient la route. Au loin, un étang et quelques passants amoureux.
- Où allons nous à présent ? questionna la jeune fille.
- A la Blanche Tour. Vous y serez conduite aux appartements de sa majesté, tout comme ceux qui vous suivront dans l´entreprise à laquelle vous répondrez, lui révéla le soldat.
- Serons-nous nombreux ? interrogea Wei.
- Non évidemment, répondit le soldat. Nous comptons sur la discrétion. Une trop grande communauté alerterait l´Ennemi. C´est pourquoi je suis moi-même quelquepeu ignorant des détails de cette mission. Je ne peux même pas vous dire quels seront vos compagnons. Mes confrères et moi fûmes mandés pas les hautes autorités d´escorter les personnes requises pour cette expédition. Je peux simplement présumer que la coterie dont vous ferez partie, ne comprendra que peu d´individus. Ne vous attendez donc pas à une armée, préparez vous seulement à vivre dans la promiscuité. Bien sûr, ce ne sont que des présomptions de ma part...
Wei conserva le silence. Qui accompagnerait le dur labeur auquel elle serait soumise ? Elle n´en savait rien. La tâche qui lui incombait demeurait floue et mystèrieuse.
Ils arrivèrent au pied de la Blanche Tour...
L´axiomatique…
Hé, mais c´est ta Légende!!!
ho mais c´est un livre?
..............
Faites un effort quoi!!! Ca vaut trop le coup d´être lu en plus!
le plaisir de la lecture se perd ...dommage ! ce post va pas s´envoler ,alors prenez le temps de lire les textes ! ou imprimez les
Personne n´est tenu de lire. Lirons qui désirent…
Mais merci quand même pour le soutien, Anthracite et Thanathos…
Depuis le temps que j´attendais une suite!!!
Ca va te prendre un sacré bout de temps si tu veux finir cette histoire!!!!
Félicitations Gui-Zhang!
Tu es un remarquable narrateur! Ton texte est super intéressant! Je rejoins un peu Kilick, il mériterait d´être un livre (son intérêt est bien supérieur à la majorité de ceux que j´ai lus)! Je sais pas trop comment retranscrire les sentiments que m´ont procuré cette lecture, mais ça ne m´arrive assez peu souvent d´être littéralment scotché à un texte...
Le monde que tu décris dans ces écrits et très fouillé, tu rend très bien la scène telle qu´on pourrait la voir, c´est vraiment une fiction étonnante!
De plus, ton texte me fait penser un peu à Star Wars par moment: la description de Chi You, les pouvoirs de Wang Wei...Ting Lao me fait penser un peu à Kilick de Soul Calibur (surtout quand tu parle de lance,lol!), j´aime bien ce personnage...
Et puis il y a quelques phrases terribles! Moi j´ai bien aimé ces quelques lignes:
"Elle se retourna, observant une dernière fois sa maison où ses parents la regardaient s´éloigner.
Elle se sentait triste, mais l´excitation la gagnait.
Elle avait tellement souhaité épouser l´aventure, et à présent elle était entendue. Son attente touchait à sa fin.
Elle galopait droit vers son destin, le visage souriant... "
Vraiment puissant du coté des émotions! Et je pourrai en citer d´autres...
En tous cas, giga-bravo, ton texte est vraiment bon, je n´ai qu´une hâte, c´est de lire la suite, et je conseille à tout le monde de commencer cette lecture, on ne le regretter!
Moi 223: oui, toute l´histoire est là, mais elle n´est pas finie!
une fois n´es pas coutume, rien de trancendant dans ce texte.... j´ai vu mieux, j´ai aussi vu bien pire, mais au moins, il as le mérite d´exister... saluons l´effort de l´auteur quand même
Pourquoi n´essairais tu pas d´en faire autant Vincent, qu´on rigole un peu!!!
mais je n´ai jamais dit que je pouvais en faire autant! et loin de moi l´envie d´essayer!