- La légende - tome 4
"Sous la pénible brûlure du soleil, la foule hurlait, excitée, frénétique et sauvage.
Un homme était accrouppie. Son visage saignait.
De nombreuses plaies encourraient son corps meurtrie.
Il descendit sous les moqueries du peuples cruel, et disparut, honteux.
Encore pouvait-il rendre grâce aux dieux, à l´issue du combat, d´avoir la vie sauve.
Au coin du ring, assis sur un tabouret de paille, Ting Lao souriait.
Les sourcils froncés, il fixait la vaste foule. Son visage était fin mais dur. Seuls ses yeux rieurs témoignaient de la joie de vivre qui emplissait le jeune homme. Une légère cicatrice zébrait sa joue gauche, et ses cheveux noirs et courts étaient humides.
Il se leva.
Ting Lao était vêtu d´un pantalon noir bouffant et de petits chaussons gris. Au dessus du foulard soyeux qui encerclait sa taille, il demeurait nu. Son corps était longiligne mais robuste.
Mais ce qui surpprenait le plus était sans conteste, l´immense tatouage du garçon. Un magnifique dragon blanc voyageait sur son corps. Il parcourait son échine, son torse et sa nuque aussi. Le dragon semblait l´enserrer comme pour mieux le protéger. Artistiquement, la bête fabuleuse était fantastique.
Touts les regards étaient rivés sur le jeune phénomène.
Tous applaudissaient l´extraordinaire combattant qu´était le jeune Ting Lao.
Dans la bourgade Hu-Shi, au nord, les combats et autres tournois étaient fréquents.
Aux confins des profondeurs rurales, encastrée aux creux des montyagnes, la ville de Hu-Shi demeurait le haut-lieu de la contrebande. Elle regorgeait de crapules, malfrats et autres racailles. Aucune loi ne régissait le hameau dangereux. C´était en quelque sorte, le repère des exclus, délaissés, et autres résidus du Royaume ; comme une concentration de misère et de délinquance.
Et au milieu de la grande place, Ting Lao corrigeait ces bouseux.
Personne ne croyait en son potentiel, mais lorsqu´il dégraffait sa chemise, tous assistaient à l´incroyable talent du jeune homme. Et celui qui avait eu la vaillance ou l´inconscience de le défier, le regrettait amèrement.
Les mains dans le dos, il s´adressa à la population :
- Alors ? Plus personne ? Le valeureux qui me vaincra sera riche ! Regardez touts les taels que j´ai amassé en quelques victoires ! Ma bourse est pleine ! Elle sera à celui qui parviendra à me défaire !
- Moi ! fit une voix grave dans la foule.
Les gens s´écartèrent et un véritable colosse emmergea de la marée humaine.
Son crane était chauve et sa barbe, rousse, semblait crépiter comme quelque feu rougeoyant. Ses bras étaient de deux fois ceux de Ting Lao. Il souriait, découvrant une rangée de dents gatées et pourries.
Son torse imposant, était nu et velu. L´homme paraissait dément et son regard était vide.
- Enfin ! s´écria Ting Lao à l´approche du géant.
- Prépares toi à rentrer chez ta maman ! cria la voix insultante du barbu.
- Si tu réussis à me battre, ou si je descends du ring avant toi, ma bourse sera tienne, proposa le jeune homme.
Mais à peine avait il achevé sa phrase, que son adversaire bondit sur lui. Il l´aggrippa de ses énormes mains, le souleva et le jeta par dessus les cordes.
Ting Lao vola et échoua sur le sol dur et ferme, sous les regards éffarés des curieux.
Il était hors du ring.
- J´ai gagné ! vociféra le barbu. J´ai vaincu le marmot ! Je suis le grand champion !
Et il s´agitait sur le ring, sautant comme un furieux.
Et déjà Ting Lao se relevait, observant son adversaire, une flamme brûlant dans ses yeux.
La blancheur du dragon étincelait sur son corps et se faisait aveuglante comme un versant de montagne enneigée sous un soleil puissant.
Il ne souriait plus. Un filet de sang noir coulait le long de ses lèvres minces.
Sans mot dire, il remonta sur le ring.
La foule assistait, spectatrice, aux évènements. On entendait les oiseaux chanter au loin, l´air était pesant et oppressant.
Amusé, l´immense carcasse humaine cessa ses aboiements :
- Tu as perdu, gamin ! Files moi ta bourse et déguerpis avant que je devienne vraiment méchant !
- Ce n´est pas encore terminé, dis calmement Ting Lao.
- Et bien, on va terminer, nabot ! Mais je détestes les mauvais joueurs, tu vas t´en mordre les doigts !
Et alors le barbu réitéra sa grossière attaque. Il se jeta sur le garçon, mais cette fois-ci le dragon déploya ses ailes.
Dans un salto arrière, Ting Lao parut s´envoler. Ses jambes déssinèrent un cercle et vinrent succéssivement heurter la machoire de l´homme, qui sous le double impact, voltigea sous le regard de chacun.
Un instant, l´image sembla se figer, où un monstre de chaire était comme suspendue dans les airs, et où un jeune homme s´élevait et dansait dans le vent, plus souple et léger que le souffle du matin.
Puis, l´énorme masse s´écroula sur le ring dans un nuage de poussière. Il gisait, inerte, la nuque brisée.
Ting Lao retomba sur ses pieds, plus agile qu´une panthère.
La foule était en admiration. L´espace d´un instant, tous avait vu un dragon se déchainer.
Il remit lentement sa chemise, puis descendit du ring, et se fraya un chemin au travers les nombreux badauts.
Une larme coulait doucement sur sa joue.
Tout n´était que violence, fuite, cris et sang. Une fois de plus, il avait oté la vie de l´un de ses frères, l´un de ses semblables.
Il marchait sous le soleil mourrant.
Cela faisait maintenant deux longues et tristes années, que Ting Lao arpentait les chemins, en recherche de son passé, de son enfance oubliée. Il enchainait combats et autres jeux d´argent, inlassablement, toujours errant.
Il y a douze ans, Ting Lao naquit. Il naquit lorsqu´il se réveilla dans les montagnes du nord, le corps ensanglanté, le visage écorché, la mémoire délaissée. Il était amnésique.
Un immense dragon marquait son corps jeune, seul et cruel héritage de son passé.
Il fut recueilli par les bonzes et élevé dans un monastère taoïste. On le baptisa et on évalua son âge qui atteignait désormais vingt ans, peut-être plus.
On lui éduca touts styles de combat. Wushu, Tae Kwon Do, Jujitsu, Kendo, Viet Vodao et même Muay Thaï. Toutes les disciplines guerrières de diverses latitudes, n´avaient plus de secrets pour lui.
Puis, il avait quitté le temple, voilà deux ans maintenant.
Il sortit de Hu-Shi. Cette ville commençait à le révulser à l´excès, et mieux valait pour lui, ne pas trop s´attarder parmi ces sauvages. Il y avait eu beaucoup d´agitation aujourd´hui, et il en était le catalyseur principal. Il lui fallait fuir, une fois encore.
Il marcha donc le long de la route principale, en direction du sud.
Le soleil disparaissait derrière les collines à l´horizon. Sur les terres de Han, les contrastes s´affirmaient à mesure que l´ombre grandissait.
Il était seul.
Soudain, des bruits de galop se firent entendre. Deux cavaliers blancs apparurent alors. Ils cessèrent leurs chevauchée, lorsqu´ils virent le garçon.
Ils l´observèrent en silence.
Après un bref instant, Ting Lao dit :
- Puis je vous aider, seigneurs ?
Il avait reconnu les uniformes conformes à ceux de l´armée royale. Mieux valait faire preuve de respect.
- Es-tu Ting Lao ? interpella le premier soldat.
- Non, répondit celui-ci, je devrais ?
- Otes ta chemise ! ordonna le soldat.
- C´est qu´il fait un peu frisquet ce soir, répondit Ting Lao.
- Ne me forces pas à mettre pied à terre, mon garçon ! s´énerva le cavalier.
- Et pourquoi le ferais-je ? interrogea le jeune homme.
- Milles taels pour toi, si tu enlèves ton veston ! soupira le soldat éxcedé.
- Il suffisait de négocier, plaisanta le garçon. Mais l´argent avant tout !
Le soldat lui lança une bourse pleine :
- Bon et maintenant, enlèves ta chemise !
- Oui mon caporal ! fit Ting Lao amusé.
Il retira sa chemise et au contact des lumières douces et cuivrées du soleil couchant, le dragon sembla s´éveiller.
- C´est lui, murmura le second cavalier.
- Tu vas nous suivre ! reprit le premier.
- Ah ça ! fit le jeune homme surpris. J´en serais grandement étonné !
Le soldat sortit une autre bourse, beaucoup plus volumineuse que la précédente.
- Mais on peut s´arranger, continua Ting Lao.
Ses yeux s´enflammèrent et il tendit sa main vers le soldat, mais jamais il ne vit la lourde massue qui s´abbattit sur sa tête, le plongeant dans une fosse d´inconscience.
Il eut tout juste le temps de sentir les lourdes chaînes que les cavaliers lui passèrent aux poignets, avant de sombrer dans un sommeil forcé."
A suivre...
L´axiomatique.