- La légende - tome 2
"Au milieu des nuages dansants, s´étendaient les terres de Han, le Royaume du Dragon.
Les paysages étaient verdoyants et luxuriants, les couleurs chatoyantes, et les fleuves chantants.
Au coeur du Royaume, et de la cité blanche d´Hor, se dressait le monument ancestral, l´Assemblée.
Là, se rassemblaient les magistrats de toute la comté, afin de discuter des problèmes éventuels et d´en opter les solutions appropriées. Tout se décidait dans l´Asemblée. Les lois étaient votées, les décisions réflêchis. Les sages de tout le pays siégeaient et se conseillaient.
Mais aujourd´hui, l´heure était grave.
Aux portes du Royaume, la bataille était à son apogée. L´Obscure repoussait davantage l´armée blanche. Ses sinistres bataillons s´apprétaient à envahir les territoires de Han, pour y déverser leurs rangs de frayeur.
Au milieu de l´Assemblée, le Haut Commandant s´évertuait de modérer le conseil.
Daon Li s´était révélé aux yeux de tous. Il désirait l´alliance. Mais le Dragon blanc n´épouserait jamais les sombres desseins du Démon Chi You. L´intendant Tsui Chik avait parlé en son nom.
Daon Li était parti, vexé, la rancune au coeur.
Dans l´arène de verre, Tsui Chik réflêchissait. Il caressait sa longue barbe grise de ses maigres doigts. Il ne savait que faire, l´Obscure se révélait extrèmement puissant. Le tyran noir était en passe de réaliser ses plans de conquète et d´invasion.
Dans l´Assemblée, chacun pensait, comme si la solution pouvait venir d´elle-même.
Tous semblaient abbatus, mais une voix éveilla les consciences :
- Il reste encore un espoir.
Tsui Chik se retourna, et tous accompagnèrent son regard.
Depuis le début du conseil, Boddhi Sathva s´était tu. Il écoutait attentivement.
Tsui Chik observa le vieux bouddhiste. Ses cheveux étaient coupés ras, sa peau était brune, tannée comme un vieux cuir et semblait forte. Dans sa vieille étoffe grise, Boddhi Sathva avait parlé calmement.
- Explique toi, mon ami, réagit Tsui Chik.
- Deux mirroirs de jade, clés des cieux, seront les geôliers du Démon Obscure, souffla le moine.
- Mais qu´est ce que c´est que ce charabia, s´énerva le Haut Commandant.
- En son coeur, ils dorment, puis scelleront l´Ombre et son invasion, continua t-il.
- En quel coeur ? tenta Tsui Chik.
- Dans le coeur de la montagne sacrée, dans le coeur de Zu, répondit boddhi Sathva.
- Zu ? s´étonna le Haut Commandant.
Tsui Chik s´interrogea, pensif. La montagne de Zu et ses dangers, pouvaient elle avoir son rôle dans ce conflit.
- Au coeur même de Zu, deux mirroirs reposent sur l´équilibre naturel, ils sont la quintessence du Yin et du Yang. Essence des royaumes flamboyants, du Phoenix et du Dragon, ils terrasseront le Démon, révéla Boddhi Sathva.
- Ainsi, il nous faut aller chercher ces mirroirs sur Zu ? demanda Tsui Chik.
- C´est ainsi, répondit le mystèrieux moine. Mais il faut agir vite. Le Démon sera térassé quand les mirroirs s´uniront et que les astres s´aligneront.
- Mais c´est dans cinq jours ! s´exclama le Haut Commandant.
- Il nous faut essayer, intimma l´intendant Tsui Chik.
- Mais cinq jours, c´est trop long ! Tiendrons nous assez longtemps face à l´ennemi ? C´est impossible ! s´excita le Haut Commandant.
- C´est pourquoi, nous devons suivre les conseils de Boddhi Sathva, c´est notre dernière chance, notre salut ultime, et il nous faut agir dés maintenant.
- Mais qui charger de cette mission périlleuse ? se risqua le Haut Commandant.
- J´ai bien ma petite idée, lui répondit Tsui Chik.
- Mon lieutenant ! Derrière vous !
Chen Zhen se retourna, fit une roulade sur le coté, esquivant de justesse le fil acéré de la hache qui s´abbattait sur lui. Il se releva, para les coups de son adversaire. Maître des armes, le Lieutenant Chen Zhen, combattait fièrement pour le Royaume.
Aux portes de Han, le combat était intense. Les troupes de l´Obscure se faisaient de plus en plus destructrices. L´armée du Dragon pliait sous la marée noire qui s´écoulait sur elle.
La défaite était proche, et la bannière atroce de l´Obscure flottait dans le vent puissant.
Le lieutenant fendait l´air et l´ennemi. Il trancha le bras de son adversaire, mais aucun sang ne versa.
- Mais de quoi sont faits ces démons ! cria t-il.
Personne ne l´entendit. Le bruit était incessant. Les épées s´entrechoquaient, les cottes de mailles cliquetaient.
Sa voix fut couverte de cet assourdissement meurtrier.
L´homme s´avérait d´une dextérité rare. Son sabre de lumière était comme le prolongement de son bras. Nul ne pouvait l´approcher sans être faucher de son arme lumineuse.
Chen Zhen était passé maître dans l´art guerrier. Il était l´émanation corporelle même du Qi, qui concentré en un point libérait toute la puissance en un seul coup, ultime et fatale. La conception du combat du lieutenant, résidait dans l´idée que le corps se devait d´être souple et dur, car l´équilibre entre le Yin et le Yang, devait permettre d´acquérir le style pur. Ainsi, il pouvait prendre toutes formes pour se tendre d´un coup et frapper aussi sêchement qu´un fouet.
L´Obscure avait beau être puissant, son infanterie pouvait bien être immense, les sinistres soldats n´étaient que de piètres combattants face à sa science meutrière.
Il regarda autour de lui. Le combat faisait rage. Des hordes de mercenaires déferlaient de nulle part.
Chen Zhen était vêtu d´une tunique nacrée. Une cotte de mailles d´or blanc le protégeait des flêches. Ses longs et noirs cheveux battus par les vents, semblaient s´animer d´une force supérieure. Ses traits étaient fins et jeunes. Seules quelques mêches grisonnantes trahissaient son âge déjà avancé. Ses yeux étaient noirs et scintillaient d´une flamme cuivrée, révélation même de sa force.
Il était lieutenant de l´armée blanche.
Jamais, il ne s´allierait à l´Obscure, son coeur était pur. Il aimait bien trop les jardins, les champs et les eaux du Royaume, pour les voir s´assombrir sous l´emprise perfide du démon Chi You.
Il protégerait le Royaume de l´ignominie noire, il protégerait sa famille, son village Kun Lun.
Il reprit le combat et pourfendait de sa lame les soldats obscures. Mais plus il lui semblait combattre ce mal, plus leur nombre paraissaît croître.
L´espoir le quittait. Et les cieux, jadis clairs et azurés, se teintaient de noirceur.
IL chercha du regard ses semblables, mais dans ce brouillard de violence, il ne vit que de nombreux corps jonchant les terres sacrées.
L´Obscure progressait.
Il soupira et ferma les yeux, attendant inéxorablement que la mort le fauche.
- Lieutenant ! interpella une voix atténueé.
Un des rares survivants se présenta à lui :
- Nous sommes perdus, mon lieutenant ! Il nous faut quitter cet endroit infernal ! Le haut Commandant vous demande de toute urgence ! Vous devez rejoindre Hor au plus vite !
Chen Zhen acquiesa, et embrassa une dernière fois les environs dévastés, où les cadavres s´entassaient.
Il n´y avait plus rien à faire sinon fuir.
- Je te suis, dit-il. Conduis moi au palais, poursuivit-il d´une voix ferme et triste.
Et le lieutenant suivit l´homme. Ils prirent leurs montures et chevauchèrent jusqu´à Hor.
L´Obscure avait écrasée l´armée blanche, et avançait doucement mais assurément.
Et dans les cieux, le soleil semblait suffoquer..."
A suivre.
L´axiomatique.