Le recueil.
...Je me suis assise et j´ai pleuré,les yeux focalisés sur cette photo prise il y a deja de ça quelques années avec Ryo Hazuki mon amour de toujours.Je me languirai de te revoir, j´ai tant pensé à toi...
Ah !que donnerais-je pas pour pouvoir arracher mon cœur de ma poitrine et le jeter dans le courant...Il n´y aurait alors plus de douleur, plus de regret,plus de souvenirs.
Sur les bords du sinistre « New Yokosuka harbor »,je me suis assise et j´ai pleuré.Le froid de l´hiver a fait que j´ai senti les larmes sur mon visage,et elles se sont mêlées aux yeux glaciales qui coulent devant moi.Quelque part,cette rivière en rejoint une autre ,puis une autre,jusqu´au moment où,bien loin de mes yeux et de mon cœur , toutes ces eaux se confondent avec la mer.
Nous avions passé ensemble notre enfance et notre adolescence.Puis il partit,animé d´une vengeance que rien ni personne ne pouvait raisonner.La mort de son père avait été le déclic de sa vie,il plaqua tout,quitta Yokosuka,et partit à la conquête de Hong-Kong la ville promise.
Sa fougue, sa fierté,sa classe,sa noblesse d´esprit,sa beauté physique étaient autant d´éléments qui me faisaient craquer en lui ,quelque fois même exploser d´amour, mais d´un amour passionnel, démentiel j´entends.Il me quitta donc me laissant en souvenir qu´une triste photographie aux couleurs passées ,jaunie par le nombre des années...Je me rappelle encore très bien du dévouement dont il me faisait preuve,un coup de fil suffisait pour qu´il se précipita à mon secours ,quelque fut l´heure,quelque fut l´endroit.Nous discutions beaucoup ensemble le soir assis cote à cote sur le rupestre et inconfortable banc du petit parc à la balançoire.Il me disait qu´il voulait connaître le monde,que ses rêves allaient bien au delà des terres nippones .Il me narrait ses peines et sa frustration de n´avoir pas mieux connue sa chère et tendre mère,il me faisait part aussi de son admiration envers son père et de la l´impressionante quiétude dont il avait fait preuve et ce malgré la mort de sa femme.Le maître a su canaliser sa haine contre la vie et se remobiliser pour donner la meilleure éducation possible à son fils unique,une éducation digne telle que l´aurait souhaité madame Hazuki.Il aimait se confier à moi peut-être étais-je à ses yeux la touche féminine qui lui manquait,une mère qui n´avait jamais eu.Cette sensibilité d´âme,cette tristesse cachée en lui m´ont boulversé.
Pendant quelques années,je n´ai jamais eu de nouvelles et ce n´est pas faute d´avoir fait sans cesse les premiers pas...je lui écris tant de lettres qu´a la longue l´attente de ses réponses m´était insuportable.Toutefois de temps à autres je recevais une lettre,mais c´était tout,car il ne revint jamais sur les traces de notre enfance.
Quand j´eus terminé mes études au Canada,j´allai réhabiter Yokosuka la ville qui m´a vue naître et grandir,et je découvris qu´il avait raison !Yokosuka était une petite ville sinistre, peu acceuillante à l´atmosphère étouffante,et ma grand-mère m´avait toujours dit que « c´était en marchant que se fait le chemin. ».J´entrai à la faculté et trouvait un fiancé et je me suis mise à préparer un concours dans l´administration publique.Je trouvai un emploi de vendeuse pour payer mes études,échouai au concours,renonçai au fiancé.Ses lettres,alors,devinrent peu à peu plus fréquentes,avec des timbres de différents pays.J´étais jalouse .Il était l´ami plus âgé, celui qui savait tout ,qui parcourait le monde,laissait grandir ses ailes,tandis que moi je cherchais à m´enraciner .
Que mes larmes coulent ainsi très loin afin que que mon amour ne sache jamais qu´un jour j´ai pleuré pour lui.Que mes larmes coulent très loin alors j´oublierai le lycée,Yamanose,Sakuragaoka et Dobuita,tout ces chemins qui ont défilé sous nos yeux et que nous avons parcourus ensemble.
C´est sur les rives du port du « New Yokosuka » que nous avons immortalisé cet instant volé de notre vie ,cet instant auquel chaque nuit je repense.Je me souviens de ces nuits passées au pied du lit les mains gelées,mes jambes repliées qui s´engourdissaient,et je devais sortir au dehors pour évacuer , prendre l´air,oublier.
Essaie simplement de vivre me martelais-je au plus profond de mon subconscient.Se souvenir n´est que l’apanage des vieux...essaie seulement de l´oublier une fois pour toute.
C´est pour cette raison que j´écris que je me suis laissée prendre au jeu du carnet intime ,pour transformer la tristesse en nostalgie,la solitude en souvenirs.Pour que lorsque j´aurai fini cette histoire je puisse la jeter à la mer .
Alors pour employer les mots que m´avait confié ma grand-mère : « les eaux pourraient éteindre ce que le feu avait écrit ».
Toutes les histoires d´amour sont semblables...reste qu´il faut que je tourne la page définitivement.
Okéanos le sémillant.