Voilà où j'en suis :
« Je ne connais qu’un seul devoir et c’est celui d’aimer » (Albert Camus). Le mot « amour » a diférentes significations : l’union instinctive entre les êtres humains, l’amour de soi ou encore le sentiment amoureux. Un devoir est par définition une obligation morale ; ces deux termes paraissent antinomiques. « L’amour est l’acte par lequel une pensée se fait libre en pensant liberté » disait Gabriel Marcel dans le Journal Métaphysique (1914-1923). Ainsi, pour aimer, nous devons avoir la liberté de ne pas aimer ; or le devoir ne semble pas nous laisser ce choix. Sommes-nous par essence amenés à aimer nos semblables ; l’amour repose-t-il sur des instincts primaires ? On entend souvent qu’il faut s’aimer soi-même pour être heureux. Mais peut-on vraiment considérer l’amour de soi ou d’autrui comme un devoir, puisqu’à première vue, l’amour semble subjectif et incontrôlable ? Ainsi, dans quelle mesure pouvons-nous considérer l’amour comme un devoir ?
Les normes de notre société présentent l’amour d’autrui – c’est-à-dire vouloir du bien à quelqu’un -, comme un devoir. Il paraît en effet évident qu’aimer autrui soit socialement nécessaire. Ainsi, l’amour pourrait être un devoir afin de vivre en communauté ; l’amour d’autrui serait une obligation morale. L’amour de soi peut aussi être considéré comme un devoir, à titre personnel ; s’aimer semble être nécessaire afin de vivre heureux. L’amour de soi est par exemple présenté comme un devoir sacré dans l’Evangile selon Matthieu : « Aime ton prochain comme toi-même ».S’aimer soi-même serait ainsi la base de l’amour d’autrui. De plus, les dix commandements ayant pour but de guider la vie des croyants, l’amour bienveillant entre les êtres humains semblerait être nécessaire à notre existence.
Nous savons intérieurement ce que nous devons faire, ce qui est bien ou mal. L’amour ne serait-il pas un sentiment instinctif, inné ? Rousseau dit dans son Discours sur l’inégalité que les hommes sont animés par une pitié naturelle les empêchant de se nuire ; cette pitié ne serait-elle pas une forme d’amour bienveillant entre les individus ? Or, si l’amour est un instinct primaire, il serait donc commun à chaque individu et par conséquent universel et objectif. Cela semble contradictoire avec l’apparente subjectivité de l’amour ; ceci provient probablement de la polysémie de l’ « amour ». L’union instinctive entre les hommes serait objective alors que le sentiment amoureux pourrait quant à lui être subjectif.
III – Subjectivité du sentiment amoureux -> pas un devoir
Et à la fin je dis que l’amour d’autrui est un devoir, que le sentiment amoureux ne l’est pas et que l’amour de soi est en un sens une obligation morale (s’aimer pour aimer les autres) mais reste subjectif... qu'en pensez vous ?