Salut
Texte 1
Le Sphinx : Inutile de fermer les yeux, de détourner la tête. Car ce n’est ni par le chant, ni par le regard que j’opère. Mais, plus adroit qu’un aveugle, plus rapide que le filet des gladiateurs, plus subtil que la foudre, plus raide qu’un cocher, plus lourd qu’une vache, plus sage qu’un élève tirant la langue sur des chiffres, plus gréé, plus voilé, plus ancré, plus bercé qu’un navire, plus incorruptible qu’un juge, plus vorace que les insectes, plus sanguinaire que les oiseaux, plus nocturne qu’un œuf, plus ingénieux que les bourreaux d’Asie, plus fourbe que le cœur, plus désinvolte qu’une main qui triche, plus fatal que les astres, plus attentif que le serpent qui humecte sa proie de salive ; je sécrète, je tire de moi, je lâche, je dévide, je déroule, j’enroule de telle sorte qu’il me suffira de vouloir ces noeuds pour les faire et d’y penser pour les tendre ou pour les détendre ; si mince qu’il t’échappe, si souple que tu t’imagineras être victime de quelque poison, si dur qu’une maladresse de ma part t’amputerait, si tendu qu’un archet obtiendrait entre nous une plainte céleste ; bouclé comme la mer, la colonne, la rose, musclé comme la pieuvre, machiné comme les décors du rêve, invisible surtout, invisible et majestueux comme la circulation du sang des statues, un fil qui te ligote avec la volubilité des arabesques folles du miel qui tombe sur du miel.
Œdipe : Lâche-moi !
Texte 2
à toute vitesse, une grande quantité de cornes de rhinocéros à la file. Bérenger remonte le plus vite qu'il peut et regarde un instant par la fenêtre.) Il y en a tout un troupeau maintenant dans la rue ! Une armée de rhinocéros, ils dévalent l'avenue en pente !... (Il regarde de tous les côtés.) Par où sortir, par où sortir !... Si encore ils se contentaient du milieu de la rue ! Ils débordent sur le trottoir, par où sortir, par OÙ partir ! (Affolé, il se dirige vers toutes les portes, et vers la fenêtre, tour à tour, tandis que la porte de la salle de bains continue de s'ébranler et que l'on entend Jean barrir et proférer des injures incompréhensibles. Le jeu continue quelques instants : chaque fois que, dans ses tentatives désordonnées de fuite, Bérenger se trouve sur les marches de l'escalier, il est accueilli par des têtes de rhinocéros qui barrissent et le font reculer. Il va une dernière fois vers la fenêtre, regarde.) Tout un troupeau de rhinocéros ! Et on disait que c'est un animal solitaire ! C'est faux, il faut réviser cette conception ! Ils ont démoli tous les bancs de l'avenue. (Il se tord les mains.) Comment faire ? (Il se dirige de nouveau vers les différentes sorties, mais la vue des rhinocéros l'en empêche. Lorsqu'il se trouve de nouveau devant la porte de la salle de bains, celle-ci menace de céder. Bérenger se jette contre le mur du fond qui cède; on voit la rue dans le fond, il s'enfuit en criant.) Rhinocéros ! Rhinocéros ! (Bruits, la porte de la salle de bains va céder.)
Texte 3
Concierge, concierge, vous avez un rhinocéros dans la maison, appelez la police ! Concierge ! (On voit s’ouvrir le haut de la porte de la loge de la concierge ; apparaît une tête de rhinocéros.) Encore un ! (Bérenger remonte à toute allure les marches de l’escalier. Il veut entrer dans la chambre de Jean, hésite, puis se dirige de nouveau vers la porte du Petit Vieux. À ce moment la porte du Petit Vieux s’ouvre et apparaissent deux petites têtes de rhinocéros.) Mon Dieu ! Ciel ! (Bérenger entre dans la chambre de Jean tandis que la porte de la salle de bains continue d’être secouée. Bérenger se dirige vers la fenêtre, qui est indiquée par un simple encadrement, sur le devant de la scène, face au public. Il est à bout de force, manque de défaillir, bre- douille
Ah mon Dieu ! Ah mon Dieu ! (Il fait un grand effort, se met à enjamber la fenêtre, passe presque de l’autre côté, c’est-à-dire vers la salle, et remonte vivement, car au même ins- tant on voit apparaître, de la fosse d’orchestre, la parcourant à toute vitesse, une grande quantité de cornes de rhinocéros à la file. Bérenger remonte le plus vite qu’il peut et regarde un ins- tant par la fenêtre.) Il y en a tout un troupeau maintenant dans la rue ! Une armée de rhinocéros, ils dévalent l’avenue en pente !... (Il regarde de tous les côtés.) Par où sortir, par où sortir !... Si encore ils se contentaient du milieu de la rue ! Ils débordent sur le trottoir, par où sortir, par où partir ! (Affolé, il se dirige vers toutes les portes, et vers la fenêtre, tour à tour, tandis que la porte de la salle de bains continue de s’ébran- ler et que l’on entend Jean barrir et proférer des injures incom- préhensibles. Le jeu continue quelques instants : chaque fois que dans ses tentatives désordonnées de fuite, Bérenger se trouve devant la porte des Vieux, ou sur les marches de l’escalier, il est accueilli par des têtes de rhinocéros qui barrissent et le font recu- ler. Il va une dernière fois vers la fenêtre, regarde.) Tout un troupeau de rhinocéros ! Et on disait que c’est un animal solitaire ! C’est faux, il faut réviser cette conception ! Ils ont démoli tous les bancs de l’avenue. (Il se tord les mains.) Comment faire ? (Il se dirige de nouveau vers les différentes sorties, mais la vue des rhinocéros l’en empêche. Lorsqu’il se trouve de nouveau devant la porte de la salle de bains, celle-ci menace de céder. Bérenger se jette contre le mur du fond qui cède ; on voit la rue dans le fond, il s’enfuit en criant.) Rhinocéros ! Rhinocéros ! (Bruits, la porte de la salle de bains va céder.)
Texte 4
Le succès public de Rhinocéros à New York me réjouit, me surprend et
m'attriste un peu, à la fois. J'ai assisté à une répétition seulement, à peu près
complète, avant la générale, de ma pièce. Je dois dire que j'ai été tout à fait dérouté.
J'ai cru comprendre qu'on avait fait d'un personnage dur, féroce, angoissant, un
5 personnage comique, un faible rhinocéros : Jean, l'ami de Bérenger. Il m'a semblé
également que la mise en scène avait fait d'un personnage indécis, héros malgré lui,
allergique à l'épidémie rhinocérique, de Bérenger, une sorte d'intellectuel lucide,
dur, une sorte d'insoumis ou de révolutionnaire sachant bien ce qu'il faisait (le
sachant, peut-être, mais ne voulant pas, nous expliquer les raisons de son attitude).
10 J'ai vu aussi, sur le plateau, des matches de boxe qui n'existent pas dans le texte et
que le metteur en scène y avait mis, je me demande pourquoi. J'ai souvent été en
conflit avec mes metteurs en scène : ou bien ils n'osent pas assez et diminuent la
portée des textes en n'allant pas jusqu'au bout des impératifs scéniques, ou bien ils «
enrichissent » le texte en l'alourdissant de bijoux faux, de pacotilles sans valeur
15 parce que inutiles. Je ne fais pas de littérature. Je fais une chose tout à fait
différente; je fais du théâtre. Je veux dire que mon texte n'est pas seulement un
dialogue mais il est aussi « indications scéniques ». Ces indications scéniques sont à
respecter aussi bien que le texte, elles sont nécessaires, elles sont aussi suffisantes.
Si je n'ai pas indiqué que Bérenger et Jean doivent se battre sur le plateau et se
20 tordre le nez l’un à l'autre c'est que je ne voulais pas que cela se fît
Et la question est
Vous comparerez les moyens utilisés dans les différents textes pour faire vivre au spectateur la confrontation du héros avec un être monstrueux ( environ une page et demie )
Alors voilà, bien sûr je ne vous demande pas de me rédiger une page et demi là dessus, mais si vous pouviez m'aider, m'indiquer car vraiment je bloque là..
bonne journée et merci d'avance 